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Il y a 73 ans, le 18 mai 1944, la totalité de la population des Tatars de Crimée a été déportée en Asie. Contrairement à la plupart des autres nations déportées de leurs régions autonomes et républiques de l’ex-URSS par Staline, les Tatars de Crimée n’ont pas été autorisés à revenir sur leur terre et à obtenir leur autonomie, ni sous Khrouchtchev ni sous Brejnev. Malgré cela, les Tatars de Crimée ont fait preuve d’une remarquable cohésion et organisation dans leur lutte pour retourner dans leur patrie. À la fin des années 1960, ils ont été le point de mire du mouvement de défense des droits de l’homme en URSS. Andrei Sakharov, Piotr Grigorenko, Alexey Kosterin ont pris la défense des Tatars de Crimée. Aider les Tatars de Crimée qui étaient prisonniers politiques, tels que Mustafa Dzhemilev, était devenu une cause commune des défenseurs des droits de l’homme.
Aujourd’hui, les Tatars de Crimée sont à nouveau persécutés et ont besoin à nouveau d’un soutien actif du public. Les Tatars de Crimée, qui ne veulent pas prendre la citoyenneté russe imposée avec l’annexion de la Crimée, sont persécutés. Les militants sont harcelés. Il est symbolique que le mot « déportation » sonne à nouveau dans le langage juridique russe. Nedim Khalilov est né de parents déportés en Ousbékistan. Il refuse la nationalité russe et ukrainienne et proclame son droit de vivre en Crimée. Il a été condamné à être déporté en Ouzbékistan, son « pays natal ».
Il convient de ne pas oublier les Ukrainiens qui subissent la répression des forces d’occupation russes en Crimée. Nikolay Semena, journaliste de « Krym.Realy » est jugé actuellement. Il est accusé d’« appel public à l’atteinte à l’intégrité territoriale de la Fédération de Russie ». Que la Crimée ukrainienne puisse devenir russe, cela est légal en Russie. Par contre, que la Crimée russe puisse devenir ukrainienne, cela est passible de cinq ans de prison selon le Code pénal de Poutine. Il est incompréhensible que de telles aberrations ne suscitent pas une large réprobation internationale.
L’un des leaders du Mejlis, Congrés Déstatar de Crimée, Ahtem Chiygoz a été arrêté et est jugé. Même leurs avocats sont harcelés. Ainsi, à la fin de janvier, l’avocat Émile Kurbedinov a été arrêté et condamné à 10 jours de prison. D’arrêt administratif. Il avait été interpellé alors qu’il se rendait chez son client, Seyran Saliev, victime d’une perquisition. Seyran Saliev avait été également condamné à 15 jours.
L’organisation « Hizb ut-Tahrir » avait une existence légale en Crimée ukrainienne. Elle a été mise hors la loi en Crimée russe. Ces membres sont poursuivis et emprisonnés par les autorités russes. À présent, la seule adhésion « Hizb ut-Tahrir » est une infraction pénale lourde de sanctions graves. Les membres de cette association sont persécutés en Russie et en Crimée. Des témoignages anonymes suffisent à faire emprisonner quiconque pour longtemps. Déjà en 2014, il y avait eu une vague de perquisitions dans toutes les mosquées des Tatars de Crimée pour rechercher de la littérature interdite. Les Tatars de Crimée ne savaient pas que cette organisation était interdite en Russie. Beaucoup ne le savent pas encore.
Le pouvoir tente d’accuser les membres de « Hizb ut-Tahrir » de « tentative de prise de pouvoir par la force. » Cela est passible de10 ans de prison et de déportation en Sibérie. Les victimes de ces exactions ne sont pas des extrémistes, mais des gens pacifiques, des travailleurs, dont beaucoup ont de la famille et des enfants.
Le 26 avril, un résident de Sébastopol, Ruslan Zeytullaev, a été à nouveau condamné. Les sept ans de prison, dont il a écopé l’an dernier en septembre, ont paru insuffisants. La Cour suprême sur demande du ministère public a fait appel. Il a été recondamné à 12 ans de prison. Aujourd’hui, Zeytullaev est en grève de la faim.
Le jeune Arsen Dzhepparov a été arrêté il y a un an, accusé d’être membre de « Hizb ut-Tahrir ». Il est encore emprisonné à Simferopol et se trouve dans un état grave. Lorsque sa situation est devenue critique, son avocat et ses parents ont pu enfin obtenir qu’on le soigne.
Les autorités ne s’opposent pas à ce que les Tatars de Crimée, victimes de harcèlement, puissent quitter la Crimée. Ils les approuvent même. Mais, il a été si difficile aux Tatars de Crimée de pouvoir revenir chez eux ! Et cela a nécessité tant de décennies ! Certains se souviennent encore de la déportation de Staline. Maintenant, il est apparu le terme « déportation hybride », semblable à la « guerre hybride » menée par la Russie au Donbass ukrainien. Il est impossible de mettre tous les Tatars de Crimée dans des wagons et de les déporter en Ouzbékistan. Il n’y a aucune raison de poursuivre ceux qui ont accepté la citoyenneté russe et qui n’ont pas l’intention de s’opposer au pouvoir de l’occupant. Mais, toute personne, qui ne supporte pas ces exactions et qui ne veut pas rester silencieuse à la vue de ce qui se passe, est soumiss à de telles conditions qu’il ne lui reste plus qu'à choisir entre l’arrestation éventuelle ou l’exil volontaire de Crimée.
Héléne Sannikova.
Paru dans grani.ru le 22 mai 2017.
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