Aller simple en Russie.

Denis Bakholdin, opposant russe, s’était réfugié en Ukraine fin 2014. En mars 2017, il a voulu rendre visite à sa mère en Russie. Il a été arrêté à la frontière. Depuis il est emprisonné en Russie. Accusé d’extrémisme, il est passible de six ans de prison.

Denis Bakholdin arrêté en 2014 à Moscou © Grani.ru Denis Bakholdin arrêté en 2014 à Moscou © Grani.ru
Exilés russes, ne revenez pas en Russie ! Vous pourriez ne plus pouvoir en ressortir. Paul Grib, Stanislav Klikh, voilà des noms de personnes qui ont été pris au piège. Une jeune fille russe avait fixé un rendez-vous au jeune et romantique Paul Grib. Il est allé la voir. Il a été arrêté. Il est passible de 10 ans de prison. Stanislav Klikh voulait également rencontrer une jeune fille à Orel. Il a été arrêté et condamné à 20 ans de prison. Depuis, il croupit dans une cellule dans l’Oural. Le journaliste ukrainien Sushchenko a commis l’imprudence d’aller rendre visite à des parents à Moscou. Il a été arrêté et condamné à 12 ans de prison.

Rappelez vous, déjà des émigrés russes blancs étaient retournés en Russie soviétique, beaucoup par nostalgie comme la poétesse Marina Tsvetaïeva. Ils l’ont tous regretté. Ce fut un voyage sans retour. Marina Tsvetaïeva s’est suicidée en 1941. Elle a été réhabilitée en 1955. Un jour, on réhabilitera les victimes du régime actuel, mais ce sera pour la plupart à titre posthume. Depuis 100 ans, le KGB est toujours au pouvoir en Russie en la personne de Vladimir Poutine devenu président à vie. Si vous avez eu la chance de fuir de Russie, ne commettez pas l’erreur de franchir la frontière russe à nouveau, ne serait-ce que pour un court moment. Cela vous serait fatal.

Denis Bakholdin, 2014 à Moscou © Grani.ru Denis Bakholdin, 2014 à Moscou © Grani.ru
Denis Bakholdin âgé de 36 ans était convaincu qu’il pouvait effectuer ce voyage en toute sécurité après plus de deux ans d’exil. Officiellement, on ne lui reprochait rien en Russie. Absolument rien ! Certes, il avait pris part à Moscou à des actions contre la guerre en Ukraine, aux manifestations de soutien aux prisonniers politiques, auxquelles j’ai moi-même participé. Le 6 mai 2012, il avait été arrêté, comme des centaines d’autres Moscovites lors de la manifestation sur la place du Marais. Il avait été condamné à trois jours de prison. En mars 2014, il avait été condamné à dix jours de prison pour avoir manifesté contre l’annexion de la Crimée devant le ministère de la Défense. En octobre 2014, Denis Bakholdin s’était rendu sur la place du Manège avec un masque à l’effigie de Poutine et une tenue rayée portant l’inscription « Criminel de guerre ». Autant d’actions qui n’ont pas manqué d’horripiler le Kremlin. Mais excéder n’est pas un crime.

Le tchékiste Félix Dzerjinsky disait : « Votre innocence n’est pas une de vos qualités, mais une imperfection de notre professionnalisme ». Staline disait : « Pourvu qu’il y ait un homme. Nous trouverons bien un article (répressif) ».

Aucun délit n’est imputé à Denis Bakholdin en Russie. Il sera donc arrêté pour des activités qu’il aurait eues en Ukraine. On l’accuse, sans preuve, d’être membre de « Secteur droit », organisation d’ailleurs tout à fait légale en Ukraine, et d’avoir pris part aux combats dans le Donbass. Rappelons que d’autres citoyens russes, qui ont pris part à ces combats en Ukraine, vivent actuellement le plus tranquillement du monde en Russie. Nous en citerons seulement un : Igor Girkin. Qu’attend la justice russe pour aller l’arrêter ?

Le 6 juin 2018, une nouvelle audience a eu lieu au tribunal de Moscou pour juger Denis Bakholdin qui est passible de six ans de prison. Des activistes courageux le soutiennent en Russie.

Je m’adresse à tous ceux qui ont eu la chance de quitter la Russie avant d’être arrêtés. Ne revenez pas en Russie, sous n’importe quel prétexte, même pour une courte durée. Profitez de votre liberté ici pour aider ceux qui n’ont pas eu votre chance et qui croupissent dans les geôles de Poutine. Réfugiés russes à l’étranger, nous avons fondé une association « Liberté – Svoboda ». Tel est son but !

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