La solution russe : l’Allemagne de 1933 ou Pinochet ?

Poutine ne peut pas briser la dynamique des « Libéraux ». Ces derniers avaient rassemblé le 10 août dernier 60.000 personnes sur l’avenue Sakharov à Moscou. Une semaine plus tard, les nostalgiques de l’empire en déconfiture n’ont pu y réunir que 4.000 participants. Les ultras russes sont paniqués. Ils proposent des solutions plus radicales : celle de l’Allemagne en 1933 ou de Pinochet.

La chute sera brutale © ROY-TV
La comparaison des photos de la même place Sakharov prises les 10 et 17 août démontre l’évidence. La manifestation du 17 août dernier organisée par le Parti communiste russe a été un bide. Elle a rassemblé 15 fois moins de monde que celle des libéraux la semaine précédente.  Les discours de types soviétiques n’attirent pas la jeunesse actuelle assidue des réseaux sociaux et d’Internet, si bien maîtrisés par l’opposition libérale.

Le régime est accusé de laxisme par les ultras. Poutine et son élite auraient les mains liées, car compromis avec les ennemis de la Russie. Les enfants des oligarques et des dirigeants sont installés dans les pays de l’OTAN. Par exemple, la fille de Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères, vit aux États-Unis, la fille de Peskov, porte-parole de Poutine, vit en France, la fille de Zolotov, garde du corps et commandant de la garde nationale, vit en Grande-Bretagne, etc. On doute que ces personnages agissent contre l’intérêt des puissances où leurs enfants ont trouvé refuge.  Les avoirs déposés à l’étranger les empêchent de prendre des mesures drastiques pour éradiquer l'opposition supposée pro-occidentale.

Le Kremlin utilise avec modération ses forces répressives. Il ne gaze pas la foule, sa police n’a pas de flashballs, de grenades de désencerclement et tout l’attirail policier français. Pourtant quand il veut, il sait être beaucoup plus répressif, au Caucase par exemple. Les organisateurs et participants de ces manifestations ne sont poursuivis que pour des chefs d’accusation mineurs passibles de quelques jours de prison, sans plus. (Effectivement, la police et la justice russes sont plus douces à Moscou que celle de Castaner ou de Nicole Belloubet en France. P.H. ).  

Les nationalistes affolés par la faible réaction du régime et une prise du pouvoir possible par les forces pro-occidentales renouvellent leurs appels aux forces armées, aux officiers subalternes non compromis avec le régime.  Ils ne doivent pas rester passifs comme en août 1991. Leur inaction avait fait du putsch du KGB un coup d’État d’opérette, qui aurait entraîné la dislocation de l’URSS. Aujourd’hui, il faut sauver la Fédération de Russie au moment où Poutine négocie des abandons territoriaux : les Kouriles aux Japonais, et la Sibérie en flammes aux Chinois.

L’élite russe est divisée en fonction du camp dans lequel elle doit basculer pour conserver le maximum de ses avoirs. La menace du coup d’État est réelle. Il est temps de prendre une décision ! L’expert militaire Constantin Sivkov lance un appel aux oligarques. « Vous avez intérêt à rapatrier votre famille. Faites une croix sur vos biens abandonnés à l'étranger. Ici, on vous sera reconnaissant, matériellement et moralement ».

Notre article précédent, « Ne pas chuter de l’avenue Sakharov en place Tiananmen » exposait les inquiétudes du journaliste Igor Yakovenko. La menace se confirme. Cette vidéo pose une question complémentaire : « Qui sera le Pinochet russe aujourd’hui ? »  Des hommes aguerris aux feux de Bosnie, de Tchétchénie, du Donbass ou de Syrie ? Certains, comme Igor Girkin alias Strelkov, agiront les armes à la main, comme nos ultras de l’OAS en 1962 qui voulaient conserver notre empire au prix de leur vie. Igor Strelkov est accusé du meurtre des 289 passagers du Boeing malaisien abattu au Donbass. Si l'empire chute, il finira sa vie dans une prison hollandaise comme les criminels de guerre serbes qui voulaient empêcher la dislocation de la Fédération yougoslave. Igor Strelkov et d’autres se battront à mort.

Colloque ROY-TV © ROY-TV.

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