L’indépendantisme prétexté ou arme de guerre hybride.

Indépendantistes de tous les pays (ou presque) réunissez-vous autour de l’impérialisme russe !

Dialogue des nations © currenttime

Un tribunal espagnol a ordonné une enquête sur une éventuelle ingérence des services militaires russes de renseignement, GRU, lors du référendum sur l’indépendance de la Catalogne. Le Russe Sergey Fedotov est visé par cette enquête.

Denis Sergeyev voyage sous le nom opérationnel de Sergey Fedotov. Il est arrivé à Barcelone le 5 novembre 2016. Après avoir passé six jours en Espagne, il est rentré à Moscou via Zurich. Il a effectué une deuxième visite le 29 septembre 2017, deux jours avant le référendum. Il est resté en Espagne jusqu’au 9 octobre, puis il a pris l’avion pour Moscou via Genève.

Le drapeau basque au Donbass. © http://www.confusionnisme.info Le drapeau basque au Donbass. © http://www.confusionnisme.info
Les médias « Bellingcat » et « The Insider » l’ont identifié en tant qu’agent du GRU pour avoir effectué des voyages en Bulgarie et en Grande-Bretagne. En 2015 lors de son séjour en Bulgarie, l’homme d’affaires bulgare Emelyan Gebrev ainsi que son fils et ses collègues ont été empoisonnés avec un agent neurotoxique de la classe « Novitchok », dont seuls les militaires et les services secrets connaissent la formule. En 2018, alors qu’il était en Grande-Bretagne, le transfuge des services secrets russes Sergey Skrypal et sa fille Julia ont été empoisonnés à Salisbury avec un produit de même classe. Sergey Fedotov a effectué ces voyages avec des personnes de nationalité russe, toutes formellement identifiées en tant qu’agent du GRU. Elles appartiennent à l’unité militaire n° 29155 impliquée dans d’autres actions déstabilisatrices en Europe, notamment la tentative de coup d’État au Monténégro en 2016.

Le 4 octobre, dans la province de Gérone alors qu’ils conduisaient une Mercedes avec des numéros biélorusses un Russe et un Ukrainien ont été arrêtés. Dans le sac de l’un d’eux, la police a trouvé une grenade M-75 de fabrication russe.

Dans la bataille cybernétique que se sont livrée le pouvoir espagnol et les indépendantistes catalans, les informaticiens séparatistes ont reçu un soutien non négligeable de l’armée des trolls russes pour cloner des sites et créer des robots diffusant sur les réseaux sociaux. Ce corps informatique est commandé par Alexandre Ionov, membre du présidium des « Officiers russes » et président du « Mouvement antimondialiste » totalement financé par le Kremlin. L’organisation soutient les indépendantistes du Texas, Californie, Puerto Rico, Hawaii, Irlande du Nord, Catalogne, Écosse, Sahara occidental, Kurdistan à l’exception de ceux de Russie, Chine, Inde, Kazakhstan, Brésil, Syrie et de tout autre pays avec qui le Kremlin ne veut pas se fâcher. En Russie, la seule évocation de séparatisme est punie d’une peine d’emprisonnement de cinq ans.

Sous la présidence de Alexandre Ionov, le « Mouvement antimondialiste » a déjà organisé, dans le prestigieux Président-hôtel à Moscou, des conférences sur le thème : « Droit des peuples à l’autodétermination et construction d’un monde multipolaire ». Il s’agit d’un forum mondial des séparatistes, à la géographie restreinte tout de même. Les séparatistes de Russie, Tchétchènes, Ingouches, Tatars de Crimée n’y sont pas invités, ainsi que la centaine de nationalités qui peuple le territoire de l’actuelle Fédération de Russie. On a remarqué dans l’assistance la délégation catalane conduite par Jose Enrique Folch de la « Solidarité catalane pour l’indépendance ». Les séparatistes du Donetsk et Lougansk ont suggéré à leurs homologues occidentaux de créer des Républiques populaires indépendantes par voie de référendum, comme eux-mêmes y ont procédé sur « l’espace post-ukrainien » (voir vidéo). Dans leur discours, ils revendiquent un « Monde russe » du Kamtchatka à Odessa et à la Transnistrie. Cela ne s’appelle pas l’indépendantisme, mais le nationalisme ou globalisme russe. Poutine réunit les indépendantistes et leur contraire dans une même lutte. Le tour de force doit être remarqué.

Poutine suscite chez les autres ce qu’il ne veut pas chez lui. Les rues de Paris ou de Barcelone en flammes sont un faire-valoir pour sa propagande qui voudrait prouver que seule la Russie est stable, car dirigée par lui.

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