Le GRU russe à la manœuvre chez les indépendantistes.

Denis Sergeev alias Sergey Fedotov est général-major des services secrets militaires russes (GRU). Il voyage beaucoup. Ses mystérieux déplacements coïncident avec des empoisonnements, avec des référendums, Brexit ou indépendance catalane. Mais, qu’est-ce que peuvent manigancer les services secrets militaires russes avec des séparatistes qu’ils soient britanniques, catalans ou basques ?

Les voyage de Fedotov © Radio Svoboda

Le Kremlin n’aime pas les indépendantistes chez lui et chez ses amis. Les Tchétchènes savent cela. Dès que ce courageux peuple du Caucase a déclaré son indépendance, Moscou lui a fait deux guerres terribles qui ont emporté 300 000 vies. Poutine lui a imposé la dictature sanglante de Razman Kadyrov. Mais pourquoi, le Kremlin soutient-il le séparatisme, si maudit chez lui, à l’étranger ?

Le drapeau basque au Donbass. © http://www.confusionnisme.info Le drapeau basque au Donbass. © http://www.confusionnisme.info
En 2014, des indépendantistes basques sont allés au Donbass guerroyer pour l’impérialisme russe, contre les petits peuples : Tatars de Crimée, Ukrainiens, Tchétchènes et bien d’autres minoritaires, mais en lutte de la Carélie au Kamtchatka contre l’occupant moscovite. Ces parias ont été abusés par une propagande rabâchée ici sur les bords de l’Adour. Ce prosélytisme résonne avec beaucoup de force encore aujourd’hui. Mais qui tire les ficelles du judas basque ? Et où sont les trente deniers ? On commence à y voir plus clair à présent.

Denis Sergeev voyage sous le faux nom de Sergey Fedotov noté sur son passeport, faux, mais officiel, car remis par les autorités russes. Sergeev alias Fedotov a séjourné à l’étranger simultanément avec des Russes munis, eux aussi, de faux passeports officiels. Leur nom postiche est Alexandre Petrov et Ruslan Bashirov. Ils ont été accusés par les autorités britanniques d’avoir empoisonné le 3 avril 2017 avec l’agent chimique Novitchok l’espion transfuge réfugié en Grande-Bretagne Andrey Skrypal et sa fille Julia. Les barbouzes ont quitté le jour même l’Angleterre pour rejoindre la Russie. Les sites Bellingcat et The insider ont révélé plus tard leur vrai nom : Anatoli Chepiga et Alexandre Mishkine. Tous deux sont agent du GRU, des services secrets militaires russes. Sergey Fedotov était le troisième homme. Il a le grade de général-major. C’est leur chef. Fedotov a raté son avion et n’a pas pu partir le jour même de l’empoisonnement comme ses deux collègues. Il a rejoint le lendemain la Russie en passant par Rome.

Dans des circonstances semblables, en 2015, Sergey Fedotov a été remarqué à Belgrade au moment où le commerçant en armements Emilian Grebev fut empoisonné au Novitchok. Sergey Fedotov avait alors précipitamment quitté la Bulgarie pour la Russie.

Sergey Fedotov est lié également aux agents du GRU qui avaient tenté un coup d’État au Monténégro. Parmi eux, Vladimir Moïssev opérant sous le pseudonyme Vladimir Popov porteur d’un faux passeport de même type que celui de ses collègues.

Le général-major du GRU Fedotov s’intéresse aussi aux référendums de type séparatistes. Il avait séjourné en Grande-Bretagne en 2016 lors de la campagne du Brexit et à Barcelone avant l’indépendance catalane. Une première fois, le 5 novembre 2016. Il est resté six jours en Espagne, après quoi il s’est envolé pour Moscou via Zurich. Un an plus tard, le 29 septembre 2017, deux jours avant le référendum en Catalogne, il est revenu à Barcelone. Il y est resté jusqu’au 9 octobre, après quoi il est retourné à Moscou via Genève.

STRATÉGIE MILITAIRE.

La Fédération de Russie dispose de plusieurs services d’espionnage à l’étranger.

  • Le Service des renseignements extérieurs dont les effectifs sont de 12 000 membres.
  • Le FSB, ex-KGB, dont l’activité est principalement intérieure. Néanmoins, le FSB dispose d’un département pour son activité extérieure.
  • La direction générale des renseignements de l’État-Major des Forces armées, soit le GRU, selon son ancienne appellation. Il s’agit de militaires agissant dans le cadre d’une stratégie militaire définie par le chef d’État-major des Forces armées, Valéri Guerassimov. L’effectif officiel du GRU est 25 000 personnes. En réalité, il serait plus important.

C’est au GRU que ces opérations sont confiées, car sont des opérations de guerre de type « moderne » : assassinats, piratages cybernétiques, constitution de réseaux d’agents de renseignements et d’influence. Elles sont des éléments de la « Guerre hybride » définies dans la revue russe « Pensée Militaire ». Selon cet ouvrage, pour mener cette guerre de type nouveau, des mesures asymétriques à caractère politique, diplomatique, informationnel, économique et militaire doivent être mises en œuvre. Denis Sergeev alias Sergey Fedotov, général-major du GRU, est chargé d’appliquer cette stratégie dans les pays qu’il visite. Voilà sa mission et les raisons de ses voyages.

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