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Le 4 mars 2018 à une heure du matin, des agents du FSB de la région de Kaliningrad ont arrêté Alexandre Zakamsky âgé de 26 ans. Depuis deux ans, il pratiquait la plongée sous-marine et recueillait de l’ambre sur le fond de la mer Baltique. Il avait été déjà victime de menaces. Des racketteurs voulaient lui imposer leur « protection » contre une grosse somme d'argent. Dans le cas de non-paiement, Alexandre pourrait se retrouver en prison.
Sa jeune épouse, Élisabeth, s’est immédiatement inquiétée de sa disparition. Elle l’a appelé sur son portable et lui a envoyé des SMS. En vain ! Le 4 mars à 19 heures en rentrant chez elle, elle a vu son mari Alexandre, menotté, accompagné d’agents du FSB. Il avait été roué de coups. Les policiers se sont adressés à Élisabeth. Ils lui ont dit qu’elle ne reverra plus jamais son mari.
Elizabeth s’est adressée à l’avocat Rostislav Kulikova. Ce dernier a assisté Alexandre Zakamsky. Il l’a interrogé et a recueilli son témoignage concernant les tortures infligées par les agents du FSB qui voulaient lui faire avouer la possession et le négoce d’amphétamines. Alexandre a montré à son avocat les traces de brûlures occasionnées par les décharges électriques sur son corps et ses parties génitales. Il lui a décrit comment on l’avait contraint à se déshabiller. Ses bourreaux l'ont coiffé et aveuglé avec un sachet plastique. Ils ont tenté de le violer avec un bâton afin de le forcer à témoigner contre de tierces personnes. La détention n’a fait l’objet d’aucun procès-verbal. Les parents n’ont pas été prévenus. Les sévices ont eu lieu dans un garage dans la zone portuaire de la ville.
Ces témoignages font écho à ceux des personnes arrêtées et torturées dans les villes de Penza et Saint-Pétersbourg (Victor Filinkov et bien d'autres) quelques jours plus tôt. La répétition de ces sévices de la part de fonctionnaires du FSB permet de supposer de l'existence d'instructions secrètes pour procéder à l'interrogatoire des suspects et obtenir d’eux des aveux.
Alexandre Zakamsky a décrit en détail les tortures subies à son avocat. Le 5 mars, il en a également fait état à l’inspecteur de police A.A.Bykovtsu de Kaliningrad. Ses déclarations ont été consignées dans un procès-verbal.
Le 7 mars, un juge a ordonné sa mise sous écrou. Constatant son grave état de santé, le magistrat a attiré l'attention sur la nécessité d’apporter en prison des soins médicaux appropriés à Alexandre Zakamsky.
Les marques de torture sur son visage et son corps ont été constatées par sa femme Elizabeth, son avocat Rostislav Kulikov, un juge, le personnel du convoi et les médecins à qui Alexandre Zakamsky a été présenté. Sous la menace d’être torturé à nouveau, Alexandre Zakamsky a été contraint de dire « qu'il était tombé dans les escaliers » pour expliquer ses blessures.
Les soins appropriés : la mort !
Le 7 mars Alexandre Zakamsky a été emprisonné préventivement dans une cellule qu’il occupait communément avec plusieurs prisonniers. Dans la soirée, il a été transféré dans une cellule individuelle. Le lendemain matin, on a retrouvé Alexandre Zakamsky pendu avec un drap.
Il avait 26 ans.
Il s’était marié avec Élisabeth le 1er décembre dernier. Ils s’aimaient et espéraient vivre heureux. Après son arrestation, elle lui avait dit qu’elle l’attendrait et qu’elle lui serait fidèle. Son avocat avait rapporté qu'il est plein de volonté et déterminé à obtenir sa libération et la punition des sadiques qui l'avaient torturé.
Alexandre ne s’est pas suicidé. Il a été assassiné par ceux qui craignaient son témoignage.