Sauver Nadezhda Petrova !

Nadezhda Petrova, journaliste russe réfugiée en France, a été enlevée en pleine nuit par la police au centre de rétention de Nîmes et conduite à Marseille pour être déportée en Tchéquie. Elle avait été une première fois arrêtée en France sur mandat d’Interpol ordonné par la Russie. Cette procédure réactivée à l’étranger peut ramener Nadezhda Petrova en Russie.

Média "Zakon i Poryadok" Média "Zakon i Poryadok"
Les souffrances de Nadezhda Petrova, pourchassée par le FSB au travers de l’Europe, ne sont pas encore terminées. La nuit dernière, à quatre heures du matin, j’ai reçu n SMS sur mon portable. Nadezhda Petrova me prévenait qu’elle se trouvait, avec son mari Gennady Esaulov, dans une voiture de police en route vers l’aéroport e Marseille pour être déportée en Tchéquie. La police venait d’enlever subitement le couple au centre de rétention de Nîmes. Dans ce même véhicule, il y avait une troisième personne soumise également à expulsion. Cette dernière avait été prévenue la veille. Pas le couple de réfugiés politiques russes ! Difficile de croire qu’il s’agit d’un simple oubli, lorsque l’on sait qu’une première mobilisation avait déjà réussi à faire libérer Nadezhda Petrova à Nice.

La police n’y était pas allée alors de main morte. Nos courageux policiers l’avaient saisie dans les bureaux de la préfecture de Nice, où la journaliste russe s’était présentée à son initiative pour formuler une demande d’asile politique. Ils l’avaient couverte d’hématomes et attachée à un radiateur mural par le poignet, d’où ils ne l’ont libérée que pour la menotter à nouveau fermement dans le dos.

Hier, à leur arriver à l’aéroport de Marseille, les deux réfugiés russes ont refusé une deuxième fois d’embarquer dans l’avion qui devait les mener à Prague. Les policiers les ont donc ramenés au centre de rétention de Nîmes en leur promettant que la prochaine fois ils les porteront eux-mêmes à Prague en voiture, séparément et dûment ficelés. Afin que la menace soit complète, ils leur ont promis trois mois de prison s’ils résistent.

Sitôt ramenés à Nîmes, on leur a remis une lettre arrivée la veille les informant que le recours « référé-liberté », qu’ils avaient formulé, avait été rejeté.On a de la peine à croire que le juge ait examiné avec attention ce recours. Nadezhda Pétrova militait dans le mouvement d’opposition « Artpodotovka » déclaré terroriste en Russie et dirigé par Vyacheslav Maltsev. Ce dernier est réfugié en France ainsi qu’une dizaine de ses militants. L’OFPRA a entendu toutes ces personnes au cours d’audition dont certaines ont duré quatre heures. Il a étudié le dossier de chacun d’eux. Les services d’immigration français ont apprécié le danger que ferait courir à ces personnes un retour en Russie. L’office leur a accordé l’asile politique dans notre pays. Le Kremlin n’a lancé aucun mandat Interpol pour faire expulser ces « terroristes » par la France. Il sait que ce serait vain.

Il a demandé à Interpol d’arrêter la seule Nadezda Pétrova réfugiée à Vienne chez son allié autrichien. Le plan prévoyait de rapatrier Nadezhda Petrova via la Tchéquie. L’Autriche a refusé dans un premier temps l’asile politique à Nadejda Pétrova et a décidé de l’expulser en Tchéquie. Dans le même temps, Moscou qualifiait Nadezhada Petrova de terroriste dangereuse et demandait à Interpol de la rapatrier en Russie. La simultanéité de ces décisions surprend.

  • Le 2 août 2018, les autorités autrichiennes ont refusé l’asile politique à Nadejda Pétrova. Dès lors, Nadejda Pétrova pouvait être déportée en Russie.
  • Le 3 août 2018, la justice russe prenait la décision d’arrêter par contumace Nadejda Pétrova et demandait à Interpol son arrestation et sa reconduite en Russie.

Deux jours avant la date fatidique, Nadejda Pétrova et son mari Guennady ont quitté clandestinement l’Autriche et rejoint la France, esquivant ainsi une arrestation en Autriche ou en Tchéquie qui les aurait ramenés à Moscou.

 Cette manigance n’est qu’un aspect du vaste plan répressif engagé par le Kremlin pour éradiquer le mouvement d’opposition « Artpodgotovka ». Les militants qui n’ont pu quitter à temps la Russie sont jugés à huis clos par des tribunaux militaires et condamnés à de lourdes peines. Nadejda Pétrova est accusée de vouloir leur faire exécuter les ordres de Maltsev réfugié en France. Elle risque 20 ans de prison et Maltsev, la perpétuité.

La diatribe du FSB alloue à Petrova un rôle de pétroleuse. La femme devait plonger Moscou dans le noir en faisant abattre un pylône électrique à Alexandre Svichtshev réfugié en Lettonie. Elle devait lui fournir une scie électrique et du matériel d’escalade. Elle aurait eu l’intention de créer la panique à Moscou en faisant incendier les immeubles entourant la place Rouge à Andrei Keptya, Andrei Tolkachev, Oleg Ivanov, Sergei Ozerov. Ces derniers ont été condamnés à des peines allant à neuf ans de prison. Elle devait donner une instruction militaire à une poignée de ses subordonnés pour leur faire affronter l’armée régulière russe (dont chacun sait qu’elle est une des plus puissantes du monde). En mettant la panique ainsi provoquée et en utilisant les techniques de Maïdan qui ont permis de renverser le pouvoir ukrainien, elle devait s’emparer du pouvoir en Russie. Ces lignes ne sont que des citations des rapports du FSB et de la justice russe. Chacun peut vérifier.

Tout cela pourrait être pris sur le ton de la plaisanterie s’il ne s’agissait pas de la vie de personnes.

Nous sommes très inquiets, car ce mandat Interpol peut être réactivé à tout moment, ainsi que des méthodes plus radicales comme l’assassinat. Les réseaux de Poutine sont partout présents. Le FSB (ex-KGB) ne renonce jamais à éliminer ses opposants, où qu’ils soient. C’est sa tradition de Trotsky assassiné Mexico jusqu’à Litvinenko et Skrypal dernièrement en Grande-Bretagne.

 Nadezhda Petrova est en danger. La France doit la protéger et lui offrir l’asile politique.

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