Stanislav Zimovets

Stanislav Zimovets, militant de la société civile russe et prisonnier politique, a été reconnu « Prisonnier de conscience » par l’association « Mémorial ». Libéré de prison, il a été de nouveau harcelé et menacé par les services spéciaux du régime. Il vient de se réfugier en France. Il a l’intention de demander l’asile politique dans notre pays. Voici son récit.

Stanislav Zimovets, © Pierre HAFFNER Stanislav Zimovets, © Pierre HAFFNER
J’ai étudié l’écologie à l’école et je connais bien les problèmes catastrophiques qui menacent ma région. Pour cette raison, dès 2013, j’ai commencé à participer aux réunions sur l’environnement. En Russie, la corruption et la politique sont étroitement liées avec les problèmes d’environnement. J’ai commencé à participer aux actions de Navalny et du mouvement Artpodgotovka déclaré organisation extrémiste et terroriste et interdite en Russie en 2018.

Le 26 mars 2017, le rassemblement contre la corruption organisé par Navalny à Moscou était autorisé par les autorités. Au cours de ce rassemblement, je me suis indigné des arrestations les plus grossières, du passage à tabac de civils et des agissements illégaux de la police de la garde nationale russe. J’ai ramassé un morceau de vieille brique sur le trottoir et je l’ai jeté en direction des hommes de la garde nationale qui étaient en train de tabasser un jeune étudiant. La pierre n’a atteint personne. Mon acte avait pour but de détourner l’attention de la police afin de faire cesser les coups brutaux qui auraient pu avoir de graves conséquences sur la santé et la vie de cet étudiant. Mon action a déplu à la police et j’ai également été sévèrement battu, arrêté, mais relâché du poste de police, après un certain temps, le même jour.

Trois jours après cet événement, à 3 heures du matin, alors que je travaillais de nuit avec mes collègues dans un atelier, un détachement armé de forces spéciales de la police a fait irruption et sous la menace des armes a ordonné à tout le monde de se coucher face contre terre. Elles ont procédé à une perquisition et fouille de mes effets personnels. J’ai été arrêté et inculpé sans preuve en vertu de deux articles du Code pénal de la Fédération de Russie. Il ne m’a pas été permis de prévenir mes parents et un avocat de mon arrestation. À l’audience, un policier présumé victime a été interrogé. Il a menti devant la Cour. J’ai été accusé de violation des articles :

  • 2 : Participation à un rassemblement non autorisé.
  • 318 - 1 : Recours à la violence contre un représentant de l’autorité sans mettre sa vie en danger.

Le 20 juillet 2017, le tribunal de Tverskoy (Moscou) m’ a condamné à une peine de 2,5 ans d’emprisonnement dans une colonie pénitentiaire (procès-verbal du procès, n° 1-180/2017)

Dans mon dossier judiciaire sont apparues des informations sur ma participation en 2013 à un rassemblement contre l’exploitation du nickel dans la réserve naturelle de Novokhopersky, dans la région de Voronej.

J’ai purgé la peine à la prison « IK-12 PKU UFSIN » dans la région de Volgograd, dans la ville de Volzhsky. Là, j’ai été à plusieurs reprises torturé par les geôliers pour avoir prétendument refusé de me conformer au régime et à l’ordre pénitenciers. Les talons de mes jambes ont été frappés avec des matraques en caoutchouc, j’ai été soumis à des électrochocs. Après ces supplices, je me déplaçais difficilement et j’ai souffert longtemps. J’ai eu des problèmes avec le système génito-urinaire.

J’ai pu transmettre des lettres sur les conditions de détention des prisonniers, sur la corruption au sein du Service fédéral pénitencier concernant des violations des droits des prisonniers et de nombreuses affaires pénales falsifiées dont j’ai eu connaissance en prison. Cela a provoqué une colère encore plus intense de la part des autorités et des services de sécurité.

J’ai été placé au mitard. Le 14 mai 2019, alors que j’étais dans la cellule disciplinaire, j’ai entamé une grève de la faim pour soutenir le combattant ukrainien de la liberté Oleg Sentsov et les marins ukrainiens capturés en mer d'Azov.

Mon action a été rendue publique. Cela m’a sauvé de toute nouvelle torture de la part de mes gardiens.

J’ai fait une grève de la faim qui a duré 10 jours sous surveillance vidéo permanente.

« Memorial », organisation publique de protection des prisonniers politiques en Russie, m’a reconnu « Prisonnier de conscience ».

Mon séjour en prison a eu un impact négatif sur ma santé. J’ai maintenant des problèmes respiratoires et une toux constante. Mon état psychologique est affaibli. J’ai maintenant de gros problèmes de sommeil, des sentiments passagers de peur et de danger, mon système nerveux est perturbé.

Après ma libération, les persécutions et les menaces de la police se sont intensifiées et ont aggravé mes problèmes psychologiques. Des appels anonymes m’ont menacé de mort pour avoir fait la grève de la faim en prison, parce que j’avais attiré ainsi l’attention d’organisations de défense des droits de la personne sur les agissements de la direction de la prison, et parce que dans une correspondance avec un avocat j’avais dénoncé et condamné publiquement les violations du droit judiciaire, la corruption et les actes de torture en prison.

Le corps défenestré de la juge Tatyana Sekerina © ren.tv Le corps défenestré de la juge Tatyana Sekerina © ren.tv
Plus tard, j’ai appris que la juge du tribunal de la ville de Volga, Tatyana Sekerina, qui s’était également exprimée publiquement sur les atrocités commises dans le système judiciaire et correctionnel, que j’avais moi — même dénoncées, avait été défenestrée de son appartement situé au sixième étage de son immeuble le 11 juillet 2019.

Les menaces et les avertissements qui m’ont été adressés par des agents du FSB ont été à plusieurs reprises adressés également à mes amis et à ma famille.

J’ai commencé à remarquer des inconnus à l’entrée de mon domicile, des voitures possédant des vitres teintées et des immatriculations de service du FSB. Je n’ai aucun doute qu’une surveillance avait été établie.

Craignant pour ma vie, j’ai été obligé de quitter ma ville et mon pays d’origine.

J’ai réussi à quitter la Russie. Mon choix s’est porté sur la France pour un certain nombre de raisons. Un ancêtre de ma mère était un Français de Paris. L’histoire familiale rappelle qu’après les événements de 1815 à Paris, un russe avait sauvé un orphelin et l’a emmené avec lui en Russie. Il l’a pris en charge comme son fils. Plus tard, le garçon a épousé une femme russe, et ils ont vécu toute leur vie en Russie. Donc, un morceau de sang français coule en moi. Une autre raison importante est que les participants du mouvement Arpodgotovka, ainsi que ceux du mouvement de Navalny, ont été acceptés et protégés par la France, ce qui signifie que mon histoire peut être comprise par les services de migration de votre pays.

J’espère que la France, pays qui défend les droits de l’homme, pourra m’aider à protéger et à préserver ma vie.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.