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Je suis parti assister à un piquet autorisé par les autorités. Je regarde autour de moi et j’ai l’impression que la population « la plus sérieuse » de la capitale avait décidé de faire de même, y compris la Police. Ils y foncent en foule : recrues démobilisées de l’armée, bougres sortis du village, ignares sans profession et esprit. Siffle leur une fois : « Mords-le ! ». Pas besoin de répéter, ils le chopent. Mes pressentiments étaient austères. Mais le rassemblement était autorisé, tout de même.
Je vais, quoiqu’avec écœurement, protester contre le pouvoir à un rassemblement qu’il a autorisé. D’accord, ce soir j’irai me consoler aux piquets de protestation non autorisés : sur la place du Manège et ensuite sur le pont où a été assassiné Nemtsov, en face du Kremlin.
Dès à présent, à Sokolniki nous nous sommes alignés en rang et brandissons nos pancartes, drapeaux russes et ukrainiens. Il semble que ceux-ci sont devenus des capes rouges agitées devant un troupeau de taureaux furieux fulminant de haine et d’agressivité, frétillant des bras et à l’invective injurieuse. Naturellement, nous sommes des traîtres. Il faut tous nous coller au mur, nous renvoyer à notre Obama ou nous envoyer Staline. Mais Poutine est suffisant pour régler notre compte. Le slogan « Notre Crimée » n’a pas été oublié. Il est inutile de discuter. Ils n’écoutent pas et n’entendent pas. Il n’y a aucune logique. Nous faisons un rassemblement contre la guerre, et eux, ils nous accusent de l’enflammer. Il n’y a aucun espoir pour que sur un tel champ de bataille ce troupeau hystérique se métamorphose en citoyens raffinés socialement éduqués capables de renverser le pouvoir actuel.
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Ce dernier s’effondrera de lui-même en fin d’agonie. La meute nous écrasera sur la route, convolant de butin en butin. Nous, opposants, nous ne sommes pas prêts à travailler durement et à long terme. Vous dites : « Nous sommes sur Internet et Facebook ». C’est vrai. Mais la moitié de la Russie n’est pas encore connectée aux réseaux de gaz, d’électricité, au réseau routier. En un mot, à la civilisation ! Dans les années 80, nous propagions dans tout le pays tracts, journaux clandestins, affiches politiques. Nous allions faire des conférences dans les usines, les clubs. Nous faisions même des réunions avec la population des zones forestières du pays. Elle a appris à ne pas avoir peur. Oui, nous étions persécutés, mais elle nous a suivis, et soudain, elle a pris goût à la démocratie. Mais, l’impulsion initiale était trop faible et n’a suscité qu’un espoir de guérison passagère. C’était insuffisant pour une victoire définitive de la démocratie. Il a été facile de la surmonter avec des mensonges en présentant une vie humaine et normale comme illusoire. À présent, je ne sais que faire pour atteindre ce but. Et vous, non plus, vous ne savez pas ! Personne ne le sait, sinon en se mentant à soi-même par une interprétation mensongère se substituant à la lutte. Alors, il y avait de l’espoir. À présent, ce dernier a disparu dans les ténèbres du mensonge et il n’existe plus. La foule est fanatisée. Elle se rue sur nous. Pour comportement « non conforme » dans un lieu public, beaucoup d’entre nous ont déjà été arrêtés. Mais la police épaule la foule. Dans les rangs des manifestants, elle arrête arbitrairement l’un ou l’autre. Les agents du FSB (ex-KGB) supervisent de leurs yeux perçants ces opérations. Ma vieille expérience (de l’époque soviétique) m’a appris à les discerner. Ils arrêtent avant tout surtout ceux qui posent avec des drapeaux et des affiches ukrainiens. Quoiqu’on nous dise que nous ne sommes pas en guerre avec l’Ukraine, le drapeau national de ce pays est considéré comme un symbole hostile chez nous. La main droite ne sait pas ce que fait la main gauche.
Ce 26 mars, lors de ce rassemblement de Moscou, ont été arrêtés par la Police : Michael Krieger, Michael Lashkevich, Oleg Bogdanov, Igor Ivanov, Valery Nadezhdin, Stanislav Pozdnyakov, Roman Petrishchev, Basil Nili et Vladimir Shreydler. C’est ainsi que s’est terminé ce piquet de protestation autorisé par les autorités.
Pensez-vous que c’est la police qui a annulé l’autorisation ? Mais d’après vous, qui dirige le pays ? Les autorités locales, le FSB ?
C’est celui qui accepte le Pouvoir qui est au pouvoir.
PS — Le nouvel article du Code pénal de Poutine punit de cinq ans de prison fermes pour quatre piquets « non conformes » déjà dûment jugés et « expiés » par le « coupable ». Ainsi, Ildar DADIN purge une peine de trois ans de prison fermes pour piquets. Sur l’un d’eux, il y tenait l’inscription : « Je suis CHARLIE »
Les participants aux piquets sont systématiquement et publiquement menacés de mort par les activistes pro-Poutine ! « Nous vous fusillerons tous ! » clament-ils en toute impunité devant des policiers passifs. Prononcés par des éléments nationalistes fascisants, nous savons ce que ces mots veulent dire, en Tchétchénie, au Donbass ou en Yougoslavie, où sur le Pont Nemtsov à Moscou. La semaine dernière, Poutine a renommé l'assassin Kadirov président par intérim de Tchétchénie. Ce dernier se vante d'avoir tué son premier russe à l'âge de 16 ans (son BEPC en quelque sorte). Kadirov possède une armée privée de 30.000 hommes. Les milices Cosaques sont privées. Elles ont reçu le baptême du feu au Donbass. Elles sont revenues en Russie avec armes et bagages. La Fédération de Russie est à la veille d’une (ou de plusieurs) guerre civile. Il y a eu les guerres postsoviétiques dans l’espace ex-URSS. Les guerres post Fédétation de Russie ont déjà débuté. Combien de morts feront-elles ? Combien de fugitifs ? Les guerres civiles Yougoslave et Syrienne ont ébranlé l’Europe. Une dislocation violente de la Fédération de Russie entraînera le monde dans le chaos.