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Billet de blog 27 août 2016

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Pourquoi je quitte la CGT ? par Pierre HAFFNER

J’ai décidé de quitter la CGT. Voici mes raisons communiquées aux membres de mon ex-organisation syndicale. Les réseaux Poutine en France couvrent des organisations les plus diverses, de gauche à droite. Je me rappelle l’époque soviétique de la CGT, mais je croyais close l'ère des « sponsors occultes ». Apparament non !

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Pour lire la propagande de Poutine (http://www.cgt.fr/Cessez-les-violences.html), je n’ai pas besoin de passer par la CGT. Il me suffit de brancher mon téléviseur à Moscou.

Tout d’abord un syndicaliste doit être pour le respect du droit international, donc contre l’annexion de territoire de pays voisins, tels la Crimée, en violation des traités internationaux et la chartre de l’ONU.

Un syndicaliste est pour la Paix dont contre cette « anschluss » qui a déclenché une nouvelle guerre en Europe. L’occupation de la Crimée par la Russie viole une règle de base qui nous a assuré la paix depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale : « Les frontières sont immuables. Deux guerres mondiales, pour des conflits territoriaux. Ça suffit ! » L’agression russe contre l’Ukraine viole le mémorandum de Budapest signé en 1993 par la Russie, les États Unis d’Amérique et la Grande-Bretagne, puis contresigné par la France. Ces pays se sont portés garants de l’intégrité territoriale de l’Ukraine. En échange l’Ukraine s’est défaite de 1200 ogives nucléaires. La Russie est restée ainsi la seule puissance nucléaire régionale. Et c’est elle qui viole l’intégralité du pays qu’elle devait protéger. Poutine a mis les forces stratégiques nucléaires russes en état d’alerte pour couvrir l’invasion de la Crimée, contre une Ukraine démilitarisée nucléairement. Si vous aviez une information indépendante du Kremlin ou des médias français, vous nous auriez informés de cela.

Un syndicaliste doit être contre les politiques ethniques, donc contre « le monde russe » de Poutine qui à l’image du « monde allemand de Hitler » devrait rassembler ou défendre les Russes ethniques ou russophones (à définir) où qu’ils soient. Hitler parlait des « “frères retrouvés” en parlant des Alsaciens. Poutine a tenté ainsi de susciter un retour vers la mère patrie Russie dans les régions de “Novorossia” : de Azov à Odessa. Les “Hommes verts” (ce terme désigne les militaires russes dépourvus de signes distinctifs) et les mercenaires de nationalité russe, je vous citerai le plus célèbre Igor Girkin alias Strelkov, y ont participé. Vétérans pour la plupart des horribles guerres en Tchétchénie, puis de l’annexion de la Crimée, ils sont intervenus en Novorossia. Les affrontements d’Odessa que vous citez n’en sont qu’un épisode. Hélas ! Le bilan actuel de cette guerre pour le monde russe de Poutine est de10.000 morts. L’armée russe intervient quotidiennement au Donbass Ukrainien en particulier lors de l’offensive du 24 août 2014 lorsque l’armée ukrainienne a été repoussée ou encerclée dans des poches.

Un syndicaliste doit être pour le progrès social. La guerre russo-ukrainienne sur le territoire ukrainien du Donbass n’est pas une guerre de partisans comme le suscite la propagande. C’est une guerre professionnelle effectuée avec des moyens très lourds. La destruction en vol du Boeing de Malaisie Air Lines à 10.000 mètres d’altitude avec un missile de l’armée russe “Buk” en est une démonstration. 289 personnes y ont péri. Poutine alimente cette guerre avec des chars T-90, des batteries d’artillerie réactive “Grad”, “Uragan”, “Smertch”, etc., avec des radars et des moyens de guerres électroniques qu’un simple mineur ou tractoriste ne possède ou ne saurait utiliser. La Russie de Poutine est un pays socialement attardé. L’argent dispensé à la guerre fait cruellement défaut aux peuples de Russie pour leur bien être. Une pension de retraite est d’environ 10.000 roubles, soit 125 euros par mois. Les retards de salaires peuvent atteindre plusieurs mois ou ne pas être versés. Cela ne semble pas vous intéresser, ainsi que le chateau de Poutine à Biarritz acheté avec de l’argent volé.

Un syndicaliste n’est pas un perroquet. Vous reprenez les termes injurieux de néonazis, etc., pour qualifier les Ukrainiens qui ont choisi le mode de civilisation européenne. Moscou a toujours traité de “nazis” les peuples voulant quitter son giron : Berlin 1953, Budapest 1956, Prague 1968, les peuples déportés ont été accusés de collaboration avec les nazis : Tchétchènes, Kalmuks, Tatars de Crimée... Les Ukrainiens ont été victimes de la famine des années 1931-33 organisée par Moscou, de la collectivisation des terres bien que les bolcheviques avaient promis la terre aux paysans. Les paysans étaient privés de passeport intérieur, donc n’avaient pas le droit de se déplacer jusqu’à Krouchtchev. Les patriotes ukrainiens ont lutté pour leur libération. Rien d’autre ! Pris en tenailles, ils ont combattu contre Staline et contre Hitler. Bandéra a été une première fois condamné à mort par les Polonais. Ils luttaient contre eux, car ils occupaient en 1939 l’Ukraine occidentale. Puis, il a lutté contre les nazis qui l’ont interné en camp de concentration, et enfin contre les Soviétiques, jusqu’en 1954. Hitler était mort depuis longtemps. Sa famille a été assassinée par les Allemands et par les Soviétiques. Lui-même a été assassiné par ces derniers à Munich en 1959. Vous nous ressortez la propagande internationale de Luis Viannet et de sa VO. L’Ukraine, je connais. En Ukraine on y est libre aujourd’hui. Le fascisme, c’est la Russie de Poutine. Je connais aussi. Pour plus de détails, n’hésitez pas à m’écrire.

Vous parlez “de manifestations de masse (en Crimée) demandant son rattachement à la Russie”. Vous entérinez ainsi les “référendums à la soviétique”. On occupe les peuples et après on demande leur avis. C’est exactement ce qu’avait fait Staline lorsqu’il a annexé les pays baltes. Parlant de la Crimée, vous auriez pu rappeler qu’absolument toute la population tatare a été déportée dans des wagons à bestiaux en Asie centrale en 1944. Les personnes qui ont refusé de partir ont été abattues sur place. Ce n’est qu’en 1989, soit 45 ans après la mort de Staline, qu’ils ont été autorisés à revenir. La moitié d’entre eux ou leurs descendants vivent toujours en Asie centrale, faute de moyens et d’accueil pour un retour. Les Russes, souvent ceux qui les ont chassés, occupent toujours leurs propriétés. Aujourd’hui l’annexion a ramené la peste fasciste de Moscou en Crimée. Les organisations tatares sont interdites, car déclarées extrémistes. En Russie tout ce qui est contre Poutine est extrémiste. Les leaders tatars sont emprisonnés. Leurs médias fermés. Victimes de persécution, 20.000 Tatars ont fui la Crimée après l’annexion et se sont réfugiés en Ukraine.

Je comprends que l’on peut se fourvoyer, je ne vous en fais pas reproche. Je me trompe moi aussi.

Par conte, je n’accepte pas l’information verticale issue exclusivement du haut. La base du syndicalisme est le tissage de liens horizontaux basés sur la fraternité. C’est là que doit se forger l’opinion collective et personnelle de chacun. Sur ce point, je me suis rendu compte que je me suis trompé en adhérant au syndicat des retraités, des membres de cette organisation s’estimant importunés lorsque l’on s’adresse à eux.

Je quitte donc la CGT et prends mes dispositions pour faire cesser les prélèvements, mensuels auprès de ma banque. Cette lettre est adressée à tous mes “ex-camarades”, même si cela ne leur plaît pas.

Vueillez croire à mes meilleurs sentiments syndicalistes.

Pierre HAFFNER

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