11 novembre 1918. Cent ans plus tard, a-t-on compris ?

Macron a invité Poutine aux cérémonies commémoratives du 11 novembre 1918 en France. Est-il décent d’inviter, pour fêter le retour de la paix, un dirigeant qui fait des guerres d’expansion et annexe des territoires étrangers ?

Poutine gestionnaire du chaos © Pierre HAFFNER
L’histoire de l’Europe est constellée de conflits territoriaux qui nous ont conduit, nous les peuples supposés être les plus civilisés de la planète, à nous entre-tuer comme des sauvages ? Les guerres contre l’Allemagne se succédaient avec une régularité impitoyable. Les trois générations précédentes ont fait chacune la leur. La cause de ces boucheries a été le conflit territorial de l’Alsace-Lorraine. Sur la place de chacun de nos villes et villages se dresse un monument aux morts. Chaque famille française a souffert à des degrés divers. Mon arrière-grand-père a été fait prisonnier par les Prussiens. À Verdun, un éclat d’obus a rendu mon grand-père invalide. Mon père a passé cinq ans de sa vie en captivité en Allemagne. Va-t-on sacrifier une nouvelle génération pour modifier quelques frontières ?

En 1945, une règle a été établie en Europe : l’inviolabilité des frontières. Cela nous a assuré la paix. Mais en 2008, puis en 2014, ce précepte a été violé par Poutine. La Russie a annexé par la force militaire des territoires géorgiens, l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud, puis la Crimée ukrainienne. Les armées russes participent directement au conflit du Donbass en territoire ukrainien. Au cours de celui-ci, 15.000 personnes ont perdu la vie. Et ce n’est pas fini. C’est une fusée russe du 53e régiment de missiles de Koursk qui a abattu un Boeing civil malaisien au Donbass. Cette tragédie a fait 289 victimes. Dernièrement, ce sont des militaires russes du GRU qui ont empoisonné avec une arme chimique en territoire britannique des citoyens de ce pays. Poutine est le premier à réutiliser l’arme chimique en Europe depuis la Première Guerre mondiale.

Aujourd’hui, ce n’est pas le pangermanisme qui menace l’Europe, mais le pan-russisme. Dans son discours du 18 mars 2014 à Yalta, Poutine a présenté son projet de « Monde russe » pour justifier l’annexion de la Crimée et pour conquérir la Novorossia. Il s’agit d’une copie du monde allemand de Hitler. Ce dernier voulait réunir dans un grand Reich tous les Allemands, des Sudètes aux Alsaciens dénommés les frères retrouvés. Le coût de cette folie a été de 40 millions de morts officiellement.

Tous nos pleurs, nous permettront-ils de comprendre notre histoire afin de ne pas la revivre ? Macron invite l’homme qui a renoué pour la première fois depuis 1945 avec les guerres d’expansion en Europe. En l’appelant « Cher Vladimir », en le tutoyant et en l’invitant à Paris, il l’encourage à poursuivre son offensive contre la paix. Les Tchétchénes, Géorgiens, Ukrainiens sont les premières victimes. On attend les suivantes, car l’appétit vient en mangeant. Macron se comporte comme Chamberlin et Daladier à Munich. Ces derniers croyaient que par leur reculade ils obtiendraient la paix. Ils ont eu la guerre. Mais aujourd’hui, la guerre de Poutine nous l’avons déjà !

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