«Russie ouverte» et autres indésirables

À Moscou, les locaux de « Russie ouverte », dirigée par Mikhaïl Khodorkovski, ont été perquisitionnés. Cette organisation avait annoncé pour le 29 avril une journée d’action sous le mot d’ordre « Ras-le-bol ».

Perquisition à Russie ouverte © Alexandre Solovev Perquisition à Russie ouverte © Alexandre Solovev
« Russie ouverte » est une ONG fondée en 2001 par Mikhaïl Khodorkovski, dirigeant de la compagnie pétrolière Ioukos. Son but : réaliser des projets de bienfaisance, d’éducation et de sensibilisation. Première fortune russe à la fin des années Eltsine, Mikhaïl Khodorkovski a pris ses distances avec le nouveau président Vladimir Poutine. En 2003, Il a été accusé « d’escroquerie à grande échelle » et emprisonné. Après dix ans d’incarcération, il a été gracié par Poutine et libéré le 20 décembre 2013. Exilé à l’étranger, il dirige depuis « Russie ouverte ». Cette organisation avait annoncé une journée de manifestation pour le 29 avril dans toute la Russie sous le mot d’ordre « Ras-le-bol ». (Ras-le-bol de Poutine. Chacun avait compris). Avant-hier, le procureur général de Russie a déclaré l’organisation « Russie ouverte » indésirable. Hier, ses locaux ont été perquisitionnés par la police à Moscou.

Le 27 avril, à 16 heures des policiers en civils accompagnés par la police antiémeute sont arrivés au siège de « Russie ouverte ». Ils ont exigé du personnel qu’il quitte les lieux.

Un membre du conseil de « Russie ouverte » a précisé que l’opération engagée par la police dans les locaux de l’organisation n’est pas une perquisition, mais une investigation opérationnelle. La nuance a son importance. Selon cette formule, les enquêteurs n’ont pas besoin de présenter une ordonnance du tribunal, indispensable pour une perquisition.

En soirée, Alexandre Solovev, dirigeant de « Russie ouverte », a écrit sur son compte Twitter que la raison de cette intervention policière est un appel anonyme dénonçant le stockage de matériaux extrémistes au siège de l’organisation. 24 policiers sont intervenus.

La police a saisi et emporté 100.000 tracts.

Deux journalistes de « Radio Liberté » ont été arrêtés pour « entrée illégale dans un lieu protégé ». Les forces antiémeutes ont interdit l’accès des locaux aux avocats de « Russie ouverte ».

Ce qu’il faut bien appeler « perquisition » s’est terminé tard en soirée. Le matériel informatique a été saisi et emporté par la police, selon la tradition.

Mercredi, le bureau du procureur général de Russie avait annoncé que l’organisation « Russie ouverte » est indésirable. En outre, une autre structure « Russie ouverte » dirigée par Mikhaïl Khodorkovski, enregistrée également au Royaume-Uni, a été déclarée indésirable. Son champ d’action est le réseau internet.

« Ces organisations agissent sur le territoire de la Fédération de Russie, pour réaliser des programmes et projets spéciaux destinés à discréditer les résultats des élections en Russie, pour les faire valoir illégitime », a déclaré l’autorité de surveillance. « Leurs activités visent à inciter à manifester, et à déstabiliser la situation politique. Cela constitue une menace pour les principes fondamentaux du système constitutionnel de la Fédération de Russie et la sécurité de l’État ».

Le 26 avril, le représentant du procureur général a assuré : « Nos initiatives concernent exclusivement les sociétés enregistrées au Royaume-Uni ». Mais des ONG de droit russe sont enregistrées en Russie sous le nom de « Russie ouverte », et ce sont bien leur local et leurs militants qui sont perquisitionnés et inquiétés par le pouvoir, à Moscou et dans les régions.

La participation aux activités d’une organisation « indésirable » est passible d’amendes allant jusqu’à 15.000 roubles pour les citoyens ordinaires, à 50.000 pour les fonctionnaires, à 100.000 pour les personnes morales. La récidive dans un délai d’un an engage la responsabilité pénale selon l’article 284.1 du Code pénal. Gérer des activités d’ONG « indésirables » est passible de 500.000 roubles, de 5 ans de travail obligatoire ou de deux ans de prison.

Les étrangers participants à des activités d’organisations « indésirables », sont interdits d’entrée en Russie.

Alexey Navalny © Alexey Navalny Alexey Navalny © Alexey Navalny
Il n’y a pas que les ONG étrangères qui sont indésirables en Russie. Le pouvoir par de multiples procédés sait faire comprendre cela. Des ONG russes sont contraintes de se faire réenregistrer sous l’appellation « agent de l’étranger ». Parmi elles, citons « Mémorial » qui a accompli un travail considérable sur les disparus du Goulag, ou l’institut de sondage « Levada », dont les ennuis ont débutés dès lors que ses publications ont été défavorables à Poutine. Autre procédé moins raffiné, dont Alexey Navalny a été de nouveau victime : il consiste à asperger la personne indésirable de produits colorants, irritants ou fécaux, etc.

Pour ma part, le FSB, en la personne d’un de son agent Eugène Platov, m’a projeté et m’a abandonné couché sur la voirie au-devant de véhicules en circulation au centre de Moscou. Effectivement, j’ai compris que j’étais moi aussi « indésirable ».

Les personnes indésirables risquent aussi de recevoir 5 balles dans le dos comme Boris Nemtsov devant les murs du Kremlin.

En réponse, je reprendrai le mot d’ordre de « Russie ouverte » : « Ras-le-bol ! »

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