Ce 22 juillet, Roman a été enlevé dans les rues de Moscou par deux agents du FSB (ex-KGB) en civil. Il a été retenu deux heures dans un véhicule et a été victime de menaces extrajudiciaires. Le FSB est l’instrument de répression politique du pouvoir. Il assassine les opposants, aussi bien en Russie qu’à l’étranger, comme le dissident Alexandre Litvinenko empoisonné au polonium à Londres. Boris Nemtsov a été assassiné devant le Kremlin. Ces dernières années, 320 journalistes ont été assassinés en Fédération de Russie. Des affaires sont montées pour criminaliser l’opposition. Ses principaux dirigeants sont en prison comme Serguey Oudaltsov, Oleg Navalny et bien d’autres. La répression s’accroît. Un dernier exemple : le 20 juillet, l’ingénieur André Bubeev a été condamné à deux ans et trois mois de prison fermes pour avoir reposté sur ses pages Vkontakte un message « La Crimée, c’est l’Ukraine ». Les opposants disparaissent, sont agressés. Les blessures subies les rendent invalides à vie. Seuls quelques opposants ont réussi à survivre, libres, sains et saufs, en s’exilant de Russie. Nous citerons parmi eux le champion du monde d’échec Garri Kasparov, le politologue Andrey Piontkovsky, etc.
L’anschluss avec la Crimée a ramené cette dernière aux heures les plus sombres de 1944. Alors, toute la population tatare, sans exception, avait été déportée en Asie centrale. Le « Congrés tatar de Crimée » a été interdit. La seule TV tatare fermée. Les dirigeants tatars sont emprisonnés. Persécutés, 20.000 tatars ont fui à nouveau leur terre natale pour se réfugier en Ukraine.
La fascisation du régime se poursuit avec les dernières lois liberticides, dont le « Paquet Yarovaya » qui empire les peines. Il établit la responsabilité pénale des mineurs à partir de l’âge de 14 ans et prépare la suppression de l’internet resté encore libre en Russie.
Dans ce contexte, nous prenons très au sérieux les menaces subies par notre ami Roman Roslovtsev. Nous sommes, à juste titre, inquiets pour sa vie, sa santé et sa liberté.
Roman Roslovtsev a décidé de protester contre le nouvel article de loi 212.1 de Poutine qui rend passible de cinq ans de prison fermes la participation à des piquets pacifiques. Un piquet consiste à rester debout immobile en tenant une affiche. Après la quatrième infraction administrative, celle-ci se transforme automatiquement, sans élément qualificatif nouveau, en délit pénal passible de cinq ans de prison. Il s’agit bien plus que d’une double peine, puisqu’on est rejugé une nouvelle fois pour de mêmes faits et condamné d’une manière totalement disproportionné avec les actes reprochés. Cet article de loi est en totale contradiction avec la Constitution russe actuelle qui garantit à chacun la liberté d’opinion, de parole et de réunion. Malgré cela, Ildar DADIN a été condamné a deux ans et demi de prison ferme pour avoir exprimé son opinion à l’aide de piquets pacifiques. Vladimir Younov, Irina Kalmikova ont émigré en Ukraine pour éviter la prison. D’autres personnes telles Mark Galpérin, Helena Sakharova et bien d’autres peuvent être arrêtés et emprisonnés à tout moment pour les mêmes raisons.
Roman Roslovtsev a choisi une forme « médiatique » pour transmettre son message. Il marche sur la Place Rouge tenant une affiche « Je ne crains pas la loi 212.1 » affublée d’un masque de Poutine. Il est arrêté systématiquement par la police et condamné à des amendes d’abord, ensuite à de la prison ferme. Prenant en compte l’aspect médiatique de la protestation, le pouvoir est prudent, car il craint la résonnance internationale qui pourrait nuire à son prestige. Il a condamné Roman à de la prison qu’à la dixième arrestation. 20 jours fermes d’abord, puis 30 jours. Roman est sur écoute, tous ses messages sont lus par le FSB qui a la mission de prévenir une nouvelle protestation. Ceci pour la raison suivante : ce n’est pas tant la marche de Roman Roslotsev qui est médiatique, mais son arrestation. Les photos de la police russe arrêtant un homme à l’effigie de poutine sur la place Rouge sont reprises par les médias du monde entier. Sauf en France, naturellement.
Vous comprenez à présent pourquoi, Roman Roslovtsev a été kidnappé le 22 juillet sur le lieu même où il venait de recevoir des mains d’un courrier un nouveau masque de Poutine.
Prenant en compte la popularité que le militant démocrate a acquise, le pouvoir ne souhaite pas une douzième arrestation publique sur la Place Rouge, ni un nouveau procès, ni un nouvel emprisonnement.
Nous craignons que le pouvoir élimine physiquement Roman Roslovtsev, comme il est de pratique courante en Russie. Notre ami est en danger. Sa sécurité et sa liberté doivent être garanties en Russie par le pouvoir russe. Ildar Dadin doit être libéré immédiatement.
Billet de blog 28 juillet 2016
Sauvons Roman Roslovtsev et Ildar Dadin
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