Sauvez Nadejda Petrova !

La France s’apprête à déporter Nadejda Petrova en Tchéquie. L’Autriche lui avait refusé l’asile politique et l’avait expulsée dans ce pays. L’opposante russe s’était réfugiée en France, esquivant ainsi une arrestation par Interpol. Prague l’aurait remise à Moscou. À présent, c’est la France qui renouvelle le décret d’expulsion pris par l’allié autrichien de Poutine.

Mandat Interpol © Interpol Mandat Interpol © Interpol
Le Kremlin poursuit ses opposants sans répit où qu’ils soient. Nadejda Petrova le sait. Lorsque tous les moyens « légaux » sont épuisés, il emploie des méthodes radicales : piolet pour Léon Trotsky à Mexico, parapluie bulgare contre dissidents, polonium radioactif pour empoisonner Alexandre Litvinenko à Londres. Aucune frontière ne protège les ennemis du Kremlin, mais il est un pays européen qui leur est particulièrement déconseillé : la Tchéquie.

Pour comprendre les dangers réels qui menacent Nadejda Petrova, il suffit de lire le mandat d’Interpol lancé à la demande de la Russie. Celui-ci reprend mot pour mot les chefs d’accusation de la Cour de Mechansky à Moscou qui a ordonné son arrestation, et le rapport de l’enquêteur du FSB en date du 7 novembre 2017. Nadejda Petrova est une « terroriste dangereuse ». « Elle organise, dirige, entreprend des actes terroristes, elle participe et assiste des entreprises terroristes ».

Ces accusations sont terribles. Moscou éliminera Nadejda Petrova par tous les moyens. Nadejda Petrova est en danger de mort. Le Kremlin a décidé d’éradiquer le mouvement d’opposition « Artpodgotovka » où militait Nadejda Petrova. Ses compagnons restés en Russie sont lourdement condamnés. Selon le Kremlin, Nadejda Petrova était leur chef. Son expulsion par la France en Tchéquie met Nadejda Petrova en danger, car les réseaux russes sont particulièrement denses dans ce pays.
Robert Cheda, ancien analyste de l’agence du renseignement polonais et employé du centre d’analyse « Fondation Casimir Pulaski », spécialiste de la Russie et de l’espace postsoviétique, a publié des informations qui font état de l’activité des services secrets russes en Tchéquie. Elles corroborent celles publiées par le contre-espionnage tchèque. Ce dernier prévient constamment que la République tchèque est devenue un paradis pour les services spéciaux russes.
La République tchèque joue un rôle central dans l’offensive russe en Europe. Le contre-espionnage tchèque met en garde que depuis au moins ces cinq dernières années « la Russie est devenue la principale menace et source de risques pour la sécurité tchèque ».
Dans ses rapports, le contre-espionnage tchèque attire l’attention sur le nombre démesuré du personnel des missions diplomatiques et consulaires russes en République tchèque. Elles emploient 130 personnes et jouissent d’une immunité individuelle. Pour comparer, il n'y a au Royaume-Uni que 80 diplomates russes quoique ce pays est beaucoup plus vaste et joue un rôle plus important dans les relations avec Moscou et dans le monde. Le personnel excédentaire en Tchéquie est soupçonné d’avoir des activités d’espionnage. Il s’agit d’agents du FSB et du GRU, renseignement militaire à l’étranger agissant sous couverture diplomatique. Ces derniers sont chargés de la surveillance des opposants politiques russes et de leur élimination. Ce sont des agents du GRU qui ont empoisonné Serguey Skrypal et sa fille en Grande — Bretagne.


En Tchéquie, pays de l’ancien bloc socialiste contrôlé par Moscou, les services secrets russes ont pu créer un réseau de taupes à la faveur du Parti communiste tchèque et de ses alliés soutenus par 18 % de la population, dont le président tchèque lui-même, Milos Zeman. Ce dernier affiche son amitié avec Poutine. Il est surnommé par la presse occidentale le « cheval de Troie du Kremlin ».

Le journaliste Ondřej Kundra, spécialiste du renseignement et auteur du livre « Agents de Poutine », affirme que « les Russes n’ont tout simplement jamais quitté la République tchèque », comme en témoignent les liens des hommes politiques tchèques avec Moscou. Après l’effondrement de l’URSS et la dissolution formelle du KGB, de nombreux officiers et agents sont restés sur le terrain et sont devenus des hommes d’affaires. Ils ont immédiatement établi des contacts avec la mafia russophone, dont la capitale non officielle était Karlovy Vary.
Grâce à la facilité d’obtention de visas, la République tchèque est devenue l’une des principales destinations de l’émigration russe. De nombreux Russes, agents du FSB, ont réussi à obtenir la citoyenneté. Certains sont des communistes et anciens officiers soviétiques qui sont restés en République tchèque après le retrait des troupes, par exemple en se mariant.
L’Église orthodoxe autocéphale tchèque est entièrement subordonnée à Moscou. Il est notoire que l’orthodoxie est un vecteur d’influence des services secrets russes à l’étranger.

En déportant l’opposante politique russe, ennemi jurée du Kremlin, en Tchéquie, pays infesté d’agents russes, la Justice française expose cette personne au danger de se retrouver en Russie dans une valise diplomatique ou de se faire assassiner sur place.

D’autre part, le FSB a obtenu en Russie sous la torture des aveux écrits des « complices » de Nadejda Petrova. Tentant d’alléger leurs charges ils ont accusé Nadejda Petrova d’être un agent du FSB (oui, vous avez bien lu). Ce serait elle qui, en collaborant avec le FSB, aurait organisé leur arrestation le 5 novembre 2017. Ces accusations ont été reprises par « OVD-info » et prises pour argent comptant par l’opposition russe. « OVD-info » a refusé de publier le document principal qui dément cette accusation : le mandat Interpol. Résultat de cette cabale montée par les tchékistes, Nadejda Petrova est en danger de tous les côtés. Elle est pourchassée par Lubyanka et par une partie de l’opposition russe.

La France doit libérer immédiatement Ndejda Petrova, car cette personne a assez souffert.
La France doit protéger Nadejda Petrova et lui accorder enfin l’asile politique.

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