Arrestations et journée du prisonnier politique russe.

La veille de la journée du prisonnier politique, le Kremlin a commémoré celle-ci à sa manière en arrêtant 60 opposants, jeunes pour la plupart. Ils protestaient contre les procès politiques revenus. Dans la Russie de Poutine, il y a toujours des prisonniers politiques. Ils sont 2.000, autant que sous Andropov, mais les peines staliniennes atteignent 20 ans et plus.

Arrestations à Moscou © Temps actuels
Le 30 octobre est la journée du prisonnier politique soviétique. En cet instant, on ne peut ignorer le retour du Goulag en Russie. Hier, une soixantaine de jeunes ont été arrêtés dans différentes villes de Russie. Ils manifestaient contre l’arrestation de jeunes qui s’étaient réunis dans un Mac Donald pour parler politique, contre les pratiques du FSB qui torture à l’électricité les opposants.

Appel des victimes du Goulag à Lubyanka © Facebook Appel des victimes du Goulag à Lubyanka © Facebook
Pourtant, la Russie n’a pas oublié ce qu’est la répression politique. Aujourd’hui, devant l’immeuble du KGB auprès de la pierre de Solovki, symbole des camps, le nom des victimes de la répression stalinienne est épelé à tour de rôle par des volontaires. Une action similaire a cours sur le champ des exécutions à Butovo.

Alexey Murzhenko © istpravda Alexey Murzhenko © istpravda
Cette journée du 30 octobre est née dans un camp en Oudmoutrie. Le 30 octobre 1974, deux prisonniers politiques, Alexey Murzhenko et Kronid Lyubarsky ont été à l’initiative d’un mouvement de protestation.  Ils avaient appelé à la désobéissance dans les camps, à des grèves de la faim, au respect de la dignité et aux droits de statut de prisonnier d’opinion. Ils ont exigé que leurs geôliers ne les confondent pas avec les prisonniers de droit commun. Ils ont exigé que les personnes persécutées pour leur opinion politique soient traduites en justice conformément au droit international, que les observateurs étrangers puissent assister à leur procès et visiter les prisons.

L’expérience de leur lutte prouve que c’est la résistance qui conduit à la chute du régime, et non l’obéissance et la collaboration avec les forces du mal au pouvoir. C’est leur message qu’il faut envoyer aux personnes persécutées aujourd’hui. Si des courageux ne s’étaient pas opposés au régime soviétique, y compris ceux restés derrière les barbelés pendant des années, le mur de Berlin ne se serait pas effondré encore aujourd’hui.

La résistance du dissident soviétique Alexey Murizhenko est tenue secrète aujourd’hui. Ce silence a pour but de faire croire à la population que le Goulag est invincible, que les Tchékistes sont tout puissants et éternels. Il ne nous reste plus qu’à essuyer les larmes et commémorer les victimes.

Cet engouement pour la liberté qui avait renversé le régime soviétique en 1991 s’est mis en veilleuse. Il y a peu de personnes enclines à affronter le régime de Poutine aujourd’hui. Ses structures deviennent de plus en plus insolentes, se complaisent à fomenter des accusations d’« extrémistes » et de « terroristes » et à appliquer d’horribles tortures contre les récalcitrants.

Mais, nous avons renversé le KGB une fois en 1991. Cela veut dire qu’il est possible de le faire à nouveau. Et cette fois-ci, il faudra être impitoyable. Il faudra l’achever pour qu’il ne ressurgisse plus. Une épuration est nécessaire.

Le pouvoir actuel est le successeur des Tchékistes.
Demain, le 30 octobre, nous exprimerons notre solidarité avec les prisonniers politiques actuels qui croupissent dans le Goulag de Poutine. Nous épellerons leur nom auprès de la pierre Solovki à Lubyanka. Aujourd’hui, des centaines de personnes participent, mais elles peuvent bientôt se transformer en milliers, voire en centaines de milliers.

Il est urgent d’agir, car la situation devient effrayante. Pour simple republication sur Internet plus de 500 personnes ont été condamnées, parfois à des années de prison ferme. On arrête les gens pour rien.  Les prétextes les plus farfelus et les plus fréquents sont :

  • « tentative de prise de pouvoir »,
  • « participation à une communauté terroriste »,
  • « justification du terrorisme »,
  • « organisation d’émeutes de masse ».

Ces accusations sont adressées à tout opposant politique, qu’il soit Russe, Ukrainien, ou témoin de Jéhovah, musulman de Crimée occupée, du Tatarstan, du Bashkortostan, du Daguestan, etc. Des mineurs sont manipulés et arrêtés par le FSB.

Oleg Sentsov © Sud-Ouest Oleg Sentsov © Sud-Ouest
Hier, une manifestation spontanée s’est déroulée devant le FSB à Loubyanka à Moscou et dans d’autres villes. Plus de 1.500 personnes y ont participé. Il est évident que la population commence à se mobiliser pour la Liberté. Elle a un symbole : Oleg Sentsov, prisonnier politique ukrainien déporté de Crimée en Sibérie où il croupit dans une prison située au-delà du cercle polaire.

Le combat doit s’amplifier et Lubyanka tombera.

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