Pourchassés par le FSB.

Olga Romanova s’est réfugiée en France ou elle a demandé l’asile politique. Son fils invalide est resté à la maison en Russie. Le portail et les portes de la propriété s’ouvrent seuls la nuit. Les chiens n’aboient pas. Des inconnus y déambulent. Des policiers en civil viennent retirer de sa voiture de curieux appareillages et disparaissent furtivement.

Piotr Romanov © Révolution et conscience

Dès son arrivée en France, une provinciale de bon cœur a offert l’hospitalité à Olga Romanova. Quelques jours après qu’elle se soit installée dans sa nouvelle demeure, des visiteurs sont venus sonner à la porte de la propriété pour demander des renseignements incongrus. Les propriétaires se sont étonnés de ces visites insolites. Ils n’y auraient prêté aucune attention si des signaux bien plus alarmants ne provenaient de Moscou, où Olga Romanova a laissé sa maison et son fils Piotr invalide.

 Il est vrai que Olga Romanova a tout fait pour tomber dans les griffes FSB. Elle a pris l’opposant Marc Galpérin sous sa protection. Marc Galpérin est assigné à domicile en attente d’un procès qui devait le condamner à plusieurs années de prison. Olga Romanova a aidé Marc Galpérin, reclus chez lui, à survivre. Elle faisait ses courses et lui transmettait les dons d’amis, car Marc Galpérin privé de travail et de revenus n’aurait pu survivre sans cette aide. Sans Olga Romanova, Marc Galpérin n’aurait pas pu survivre dans les conditions de blocus qui lui étaient imposées. Un agent du FSB fait le planton devant la porte de Marc Galpérin et photographie toutes les personnes qui lui rendent visite.

Olga Romanova est tombée ainsi dans le champ d’observation du FSB. Avec d’autres volontaires, elle montait la garde après du mémorial improvisé où a été assassiné, face au Kremlin, le leader de l’opposition démocratique russe, Boris Nemtsov. Elle participait à toutes les marches de la Nouvelle opposition. Elle a remarqué rapidement qu’elle était suivie lors de ses déplacements. Elle a été arrêtée maintes fois. La dernière arrestation a été un sérieux avertissement, puisque sa maison a été perquisitionnée, tous ses téléphones ordinateurs et autres objets ont été saisis. Elle a été emmenée à Lubyanka pour interrogatoire. Lorsque les Tchékistes l’ont relâchée, ils l’ont prévenue que la prochaine fois elle sera inculpée pour terrorisme. La peine encourue est de 12 à 20 ans de prison.

Olga Romanova s’est exilée dans les délais les plus brefs en France, où elle a demandé l’asile politique. Elle pensait que dès lors les persécutions cesseraient en Russie. Ses trois enfants, dont son fils Piotr invalide, pourront vivre en paix. Tel n’a pas été le cas. Des agents du FSB en civil sont apparus à plusieurs reprises à son domicile sous des prétextes fallacieux.

Voilà comment Piotr Romanov commente les visites qu’il a reçues :

Je me nomme Piotr Romanov. Je suis le fils de Olga Romanova, militante de la Nouvelle opposition. Il y a plus d’un mois, ma mère persécutée par le FSB a été contrainte de quitter la Russie. Je vis dans notre maison commune en banlieue de Moscou. J’utilise la voiture de ma mère.

Le matin du 27 décembre, j’ai entendu des bruits près de la porte d’entrée de la maison. Cette dernière est disposée sur un terrain privé et clôturé dont les accès sont fermés à clé. Lorsque j’ai ouvert, j’ai vu deux personnes, semblables aux agents du FSB, qui me cherchaient. Il m’a semblé étrange que nos cinq chiens n’aient pas aboyé. Ils réagissent toujours lorsqu’un étranger vient.

Ces visiteurs se sont présentés comme des agents du service d’enquêtes criminelles, mais ils ne m’ont pas donné la possibilité de lire leurs documents. Ils m’ont dit qu’un brouilleur de GPS avait été mis sur notre voiture pour pouvoir la voler. Ils étaient venus retirer cet appareil. Il m’est paru étrange que l’on puisse voler notre voiture située sur une propriété privée et gardée.

L’un d’eux s’est approché du véhicule. Il s’est abaissé à hauteur du réservoir d’essence et a retiré une boîte qui était fixée par aimants. La boîte ressemblait à un grand étui à crayons

J’ai demandé à ces personnes de me présenter leurs pièces d’identité et je suis allé appeler mon frère. Invalide, je me déplace lentement. Alors que je m’éloignais, ces deux personnes ont disparu de la propriété.

J’ai vu cette boîte, mais je ne sais pas ce que c’est. Je crains des provocations. Ma mère est partie de Russie. En son absence, je ne comprends pas l’utilité de ces actes qui visent le reste de la famille.

Il y a quelque temps, des personnes sont venues sous le couvert de courtiers immobiliers. Je ne sais comment elles ont pénétré sur la propriété clôturée et fermée à clé. Je ne les ai pas laissés entrer dans la maison

J’ai peur pour ma vie et ma santé. Ces persécutions, qui ont fait fuir ma mère et qui me visent à présent, m’inquiètent et détériorent ma santé. Je pensais qu’avec le départ de ma mère, les ennuis finiraient. Mais ce n’est pas cas.

Je suis très inquiet pour l’avenir. Le FSB peut introduire dans notre voiture ou maison des objets lui permettant de nous accuser d’extrémisme selon ses habitudes. J’ai peur.

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