C’est un trottoir de quelques mètres de large ouvert à tous les vents au-dessus de la rivière à quelques dizaines de mètres du Kremlin. Certainement, le lieu le plus froid de Moscou à cause de l’humidité qui y règne. D’un côté, la circulation automobile intense rend l’endroit encore plus inconfortable avec son bruit et ses projections et de l’autre, le vide qui surplombe les voiries et les eaux. Au bord de la chaussée, il y a un poteau, sur lequel on peut s’adosser pour alléger sa fatigue, maigre réconfort. Tout mobilier y est proscrit par les autorités. La chaise qui servait au début à se reposer a été interdite également. Il y a une bordure étroite en pierre le long de la route sur laquelle on peut s’asseoir, mais la roche est glaciale.
On peut se réchauffer avec un thé, toujours offert avec le sourire. Pour cela, il y a un thermos que des volontaires réapprovisionnent en eau chaude. Pour couvrir le bruit des véhicules, qui foncent à vive allure à quelques centimètres du trottoir, on est obligé d’élever la voix. Ici, on parle de Liberté.
Le pouvoir refuse qu’une plaque commémorative soit apposée sur le parapet du pont. Les militants démocratiques russes gardent les fleurs apportées ici par d’humbles personnes venues de toute la Russie et d’Ukraine. L’endroit est propre et bien entretenu. Il y a un petit balai, une pellette pour dégager la neige. Des lampes à huile brûlent constamment auprès des portraits de Boris Nemtsov, selon la tradition orthodoxe. Les veilleurs bénévoles du lieu se relaient ici, par groupes de deux ou trois, jour et nuit.
Le pouvoir tente de les en chasser par tous les moyens et parfois avec les plus mesquins. Il utilise la police qui régulièrement, à cinq heures du matin, vient arrêter les gardiens. Alors qu’ils sont retenus au commissariat, des agents du FSB travestis en éboueurs emportent tout dans leurs bennes à ordure, saintes icônes comprises.
Le drapeau russe y est interdit. La police a exigé que les drapeaux russes soient retirés du mémorial provisoire sous prétexte que le pont est la propriété de« Gor-Most ».
Malgré les assassinats, les emprisonnements , les exils forcés, l’espoir démocratique n’est pas mort en Russie. Il vit sur le pont Nemtsov à Moscou. Rendez-lui visite !