La Sibérie brûle dans l’indifférence

3,3 millions d’hectares de taïga ont été déjà emportés par les flammes. Le feu progresse de 183 000 hectares par jour. Indifférent à cette catastrophe écologique, Poutine s’est immergé au fond de la mer Baltique à bord d’un bathyscaphe.

La taïga sibérienne brûle inexorablement. Les centaines d’incendies recensés ont progressé la semaine dernière sur 1,4 million d’hectares en détruisant toute vie. Les pompiers locaux ne disposent d’aucun moyen sérieux pour faire face au cataclysme. Loin des fumées, le président Vladimir Poutine s’est immergé, à bord d’un bathyscaphe, vers les fonds de la mer Baltique. Moscou est indifférent aux malheurs de cette lointaine région qui fait pourtant sa richesse. Le pouvoir qualifie cette calamité de naturelle. Il espère que la nature y mettra elle-même fin. On ne prévoit pas de pluie avant plusieurs semaines. Combien de centaines de milliers ou de millions d’hectares de taïga brûleront d’ici là ? Les représentants du gouvernement ont déclaré qu’il n’est pas rentable d’éteindre ces incendies avec des technologies sophistiquées. Par contre, il est rentable d’exploiter le pétrole, le gaz, le nickel, et maintes ressources naturelles de Sibérie, dont le bois, mais il n’est pas rentable d’investir dans l’écologie de ce quasi continent, selon Moscou.

27 juillet 2019, Poutine en mer Baltique © Kremlin 27 juillet 2019, Poutine en mer Baltique © Kremlin
Dans les 500 villes enfumées, le nombre de personnes ayant besoin d’assistance médicale progresse. Les aéroports ferment. La superficie du territoire pollué a déjà atteint 4,5 millions de km2, soit neuf fois la France. La fumée a franchi l’Oural et a atteint Kazan et la Volga, ainsi que les régions du Kazakhstan. Sur un vaste territoire allant de la Sibérie orientale jusqu’à la Volga, la population est contrainte d’inhaler des produits de combustion toxiques, dont le monoxyde de carbone.

La destruction de la taïga sibérienne se poursuit à grands pas depuis des années. Elle a été livrée aux sociétés chinoises qui la rasent sans pitié. Les grumes exportées en Chine sont ensuite débitées et transformées en produits finis vendus dans le monde entier. Le rythme de la déforestation silencieuse de la Sibérie est le double de celle dénoncée en Amazonie. Pourtant ces deux forêts sont le poumon d’une même planète.

1941, les troupes sibériennes sauvent Moscou © Wikepidea 1941, les troupes sibériennes sauvent Moscou © Wikepidea
On se souvient qu’en novembre 1941, ce sont des troupes amenées de Sibérie qui avaient sauvé Moscou devant la menace allemande. En 2019, Moscou reste impassible alors que la Sibérie est dévorée par les flammes. La capitale coloniale n’enverra pas un seul de ses 400.000 hommes de la Garde nationale pour sauver sa région. Ils sont si occupés actuellement à mater la population et ses aspirations d’élections démocratiques.

Il est temps que la Sibérie se fédéralise afin qu’elle rompe avec son statut colonial. Elle doit avoir son propre parlement et budget. Ce que je viens d’écrire est une atteinte à l’intégralité territoriale de la Fédération de Russie, délit passible de cinq ans de prison. En Russie, on peut revendiquer la fédéralisation de l'Ukraine, mais pas celle d'une région de Russie.

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