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Billet de blog 31 octobre 2018

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Répression des régionalistes à Kaliningrad.

Les militants régionalistes de l’enclave russe de Kaliningrad sont accusés de terrorisme, un délit passible de 20 ans de prison et de la perpétuité pour certains. Moscou pourchasse plus particulièrement les opposants dans cette région balte située sur la ligne de front qui resurgit dans une Europe qui se remilitarise.

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En 2008,

Illustration 1
Alexandre Orshulevich © Page VK Orshulevich

Alexandre Orshulevich a fondé « l’Avant-garde balte de la résistance russe » (BARS). Dans son programme, l’organisation propose une coopération de cette enclave russe avec l’Union européenne. Hélas, Königsberg, devenue Kaliningrad après son annexion par l’URSS, se retrouve otage d’une nouvelle guerre froide. Ses habitants seront les premières victimes d’un conflit qui embrasera en premier lieu leur région. Sa remilitarisation, la relance de la course aux armements, l’annulation des accords sur les missiles à courte et moyenne portées, les manœuvres grandioses qui se pratiquent régulièrement de chaque côté, les inquiètent.

Lors du dernier forum Valdaï à Sotchi, Poutine a déclaré : « L’agresseur doit savoir que la riposte est inévitable et que de toute façon il sera détruit. Nous, les victimes de l’agression, les martyrs irons au paradis. Eux, ils crèveront sans avoir même le temps de se repentir ».

Les habitants de Kaliningrad ne veulent pas mourir en martyr et aller au ciel comme des combattants du djihad, mais ils veulent vivre. Ces considérations théologiques ou géopolitiques les dépassent. En cas de conflit, ils veulent savoir comment ils seront évacués du théâtre des opérations. Aller au ciel est une variante qui ne les intéresse pas.

Ils veulent que leur proximité avec l’Union européenne soit mise à profit, non pas pour faire la guerre, fût-elle froide, mais pour coopérer avec tous leurs voisins. Les partisans de cette coopération pacifique se nomment les « Régionalistes ». Ils veulent que la politique de Kaliningrad se décide à Kaliningrad, en fonction des intérêts de Kaliningrad. Leurs partis politiques locaux  sont le « Parti Baltique républicain » et l’« Avant-garde balte de la résistance russe ».

Mais c’était compter sans le Kremlin qui a décidé d’éradiquer ces mouvements régionalistes. Leurs pages sur internet ont été bloquées par les services de censure russes. Leurs militants ont été arrêtés.

Le 26 octobre, le FSB de la région de Kaliningrad a rédigé le texte d’accusation à l’encontre de Alexandre Orshulevich, Igor Ivanov, Nikolai Mamayev et Nikolai Sentsov, militants de « l’Avant-garde balte de la résistance russe » (BARS). Au cours de l’enquête, les chefs d’accusation ont été requalifiés d’extrémisme en terrorisme.

L’acte d’accusation mentionne également un mystérieux Vyacheslav Popov dont on ne sait qui il est, où il est, bien qu’il existe réellement. Popov aurait été un militant de BARS qui aurait décidé de quitter volontairement l’organisation le 1er septembre 2013. Selon le Code pénal, « une personne qui a volontairement cessé de participer à une communauté terroriste et qui a signalé son existence est dégagée de toute responsabilité pénale ». Il s’agit d’un procédé classique utilisé par le FSB pour infiltrer une organisation et monter un dossier à charge contre celle-ci. Le transfuge accuse les militants d’avoir distribué des tracts contre Poutine et d’avoir fomenté des actions violentes contre lui.

Le FSB fait référence à des armes et à une grenade trouvées lors d’une perquisition chez Nikolai Sentsov. Il est notoire que Sentsov est passionné d’histoire et de reconstitutions historiques. Ces « armes » retrouvées chez lui étaient factices. Il les avait achetées sur internet. Elles étaient utilisées pour des reconstitutions historiques. Quant à la grenade et aux munitions, c’est le FSB qui les a apportées lui même et les a « découvertes » lors de la perquisition. Le FSB a tenté d’obtenir des aveux de Nikolai Sentsov en prison en le soumettant à de mauvais traitements. Il a été battu, placé dans une cellule froide et victime d’un infarctus. Les soins lui ont été refusés. En l’absence d’aveux, le FSB prépare des témoins secrets pour étayer le dossier. La fabrication de cette affaire est un montage désormais classique du FSB.

Le Kremlin réprime tous ceux qui proposent des politiques alternatives, plus particulièrement dans cette enclave balte. Les régionalistes de la région de Kaliningrad sont des combattants de la Paix. En ces temps de guerre froide revenue en Europe, nous devons plus que jamais les soutenir.

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