Journée de l’Europe : avant Schuman, il y avait… Sully

La journée de l’Europe célèbre la déclaration Schuman du 9 mai 1950 comme l’acte fondateur de la construction européenne. Cependant, cet épisode est loin de constituer le premier projet français en la matière. Le premier remonte en effet au duc de Sully, ministre du roi Henri IV.

Sully

La journée de l’Europe célèbre la déclaration Schuman du 9 mai 1950 comme l’acte fondateur de la construction européenne. Cependant, cet épisode est loin de constituer le premier projet français en la matière. Le premier remonte en effet au duc de Sully, ministre du roi Henri IV.

Connu sous le nom de « Grand dessein », le projet nous est rapporté dans les Mémoires de Sully. Il visait à transposer au niveau européen la concorde politique et religieuse que l’Edit de Nantes de 1598 avait cherché à établir au niveau français.

Il s’agissait de placer à la tête des affaires du continent un « Conseil-Général de l’Europe » composé de Commissaires désignés par les différents souverains. Les grands Etats comme la France, l’Espagne ou l’Angleterre devaient y envoyer quatre Commissaires, les petits Etats, deux seulement. Il était prévu que les réunions se tiennent dans une ville du cœur de l’Europe comme Metz, Luxembourg, Cologne, Francfort ou Strasbourg.

Le Conseil-Général aurait eu mission de pacifier les conflits et de traiter toutes les affaires civiles, politiques ou religieuses de l’Europe. Et chaque Etat devait fournir son quota de troupes afin de former une armée européenne. Selon Sully, le projet ne fut avorté que du fait de l’assassinat d’Henri IV, le 14 mai 1610. Néanmoins, les historiens suspectent Sully de l’avoir largement échafaudé après la mort du roi.

Quoi qu’il en soit, le Grand dessein resta une référence pour l’Europe des Lumières. En 1713, lorsque l’abbé de Saint-Pierre publia son Projet pour rendre la paix perpétuelle en Europe, il prit soin de ne présenter son plan d’« Union européenne » que comme le prolongement du plan attribué à Henri IV. En 1715, lorsque Leibniz présenta ses Observations sur l’ouvrage de Saint-Pierre, il rendit hommage à l’autorité d’Henri IV. De même, lorsque Rousseau fit part de son Jugement sur le projet de paix perpétuelle en 1761, il ne manqua pas de louer l’habileté politique du Grand roi. 

A l’aube de la construction européenne encore, la référence à Henri IV était courante. En 1948, dans le cadre des débats préparant ce qui allait devenir le Conseil de l’Europe, l’ancien Président du Conseil français Paul Reynaud évoqua Henri IV parmi les « grands précurseurs » de l’idée européenne. Et au même moment, l’hebdomadaire allemand Die Zeit décrivait en une la nouvelle orientation pro-européenne de la diplomatie française en la rapprochant de la conception « qu’avaient en vue le très grand roi de France Henri IV et son ministre Sully ».

Aujourd’hui, l’Union européenne a largement fait passer au second plan les références aux lointains précurseurs. Pourtant, à l’heure où l’Europe doute d’elle-même, il est important de se rappeler que pour un homme comme Sully dont la priorité était de bâtir un Etat national encore naissant et de rassembler des Français déchirés par les haines religieuses, l’union du continent était déjà l’horizon à atteindre.

Le 9 mai ne prend ainsi tout son sens que si l’on n’y voit pas seulement le point de départ d’une construction institutionnelle, mais aussi et peut-être surtout l’aboutissement d’une vocation séculaire.

 

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