Derrière la crise grecque, le bras de fer franco-allemand

Depuis le référendum du 5 juillet, François Hollande et Angela Merkel sont plus que jamais en première ligne sur le front de la crise grecque.

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Depuis le référendum du 5 juillet, François Hollande et Angela Merkel sont plus que jamais en première ligne sur le front de la crise grecque. Or, ce que révèlent de plus en plus leurs prises de positions respectives, c’est que la dette grecque ne constitue pas à leurs yeux un simple cas particulier, mais bel et bien un précédent qui orientera la gouvernance de la zone euro de façon générale. C’est pourquoi le débat tend à se transformer en bras de fer franco-allemand.

D’un côté, la France, avec un endettement relativement élevé et une croissance faible se sent naturellement proche des pays d’Europe du Sud dont elle craint de connaître le sort à moyen terme. C’est la raison pour laquelle, depuis le début de son mandat, François Hollande n’a qu’un mot en bouche : « solidarité ». Autrement dit, il faut assurer les pays en difficulté (aujourd’hui la Grèce mais peut-être un jour la France) qu’ils seront soutenus par les autres, quoi qu’il arrive.

D’un autre côté, l’Allemagne, avec un endettement relativement plus faible et une croissance plus forte, se voit essentiellement comme un pays créancier. Pour l’Allemagne, le risque est surtout de devenir la vache à lait de la zone euro, systématiquement appelée à payer les dettes des Etats moins vertueux. C’est la raison pour laquelle le maître-mot d’Angela Merkel est la « responsabilité ». Autrement dit, chaque Etat doit assainir lui-même son économie et ses finances avant de compter sur l’aide des autres.

Le 6 juillet, le Président et la Chancelière ont cherché à afficher leur unité en appelant à trouver « un équilibre entre responsabilité et solidarité ». Mais depuis, chacun a agi en fonction de sa priorité propre.

La France a avant tout cherché à éviter le Grexit, comme l’a martelé Manuel Valls à l’Assemblée nationale. Des fonctionnaires de Bercy ont été mis à disposition du gouvernement grec pour l’aider à rédiger son nouveau plan d’économie. Et François Hollande a été le premier à saluer les propositions grecques en les qualifiant de « crédibles ».  

De son côté, Angela Merkel s’est montrée beaucoup plus prudente, poussée par son ministre des Finances Wolfgang Schäuble et par une grande partie de ses parlementaires. Dans le Guardian, Yanis Varoufakis, ex-ministre grec des Finances, a livré son analyse : Schäuble souhaite en fait un Grexit afin d’effrayer les Français et les obliger à se discipliner. Suivant ce raisonnement, les Allemands chercheraient essentiellement utiliser la crise grecque comme une arme de dissuasion adressée aux autres membres de la zone euro. En effet, si un grand pays comme la France ou l’Italie venait à se trouver dans la position de la Grèce, le prix à payer et les répercussions seraient infiniment plus lourds. Pour les Allemands, mieux vaut imposer des règles strictes en amont que de se retrouver au pied du mur.

On le voit, les enjeux vont bien au-delà du seul sort de la dette grecque, ce qui explique la difficulté des négociations actuelles. Mais paradoxalement, le fait que la crise grecque devienne de plus en plus une affaire franco-allemande est aussi peut-être une chance.

En effet, la France et l’Allemagne sont en Europe les deux Etats qui ont le plus besoin l’un de l’autre et qui ont le plus l’habitude de bâtir des compromis audacieux pour rapprocher leurs intérêts. Si le couple franco-allemand a été depuis le début le moteur de la construction européenne, c’est que bien souvent ces deux pays ont incarné, comme aujourd’hui, des positions à la fois opposées et complémentaires, dont la synthèse était susceptible de constituer un point de ralliement pour l’ensemble du continent.

Dans le contexte actuel, les Allemands pourraient accepter de renforcer la solidarité au sein de la zone euro, tandis que les Français accepteraient un contrôle plus étroit de la part des institutions européennes sur les budgets des Etats membres. Cela pourrait apaiser à la fois la crainte d’être condamnés à l’austérité illimitée chez les Européens du Sud, et la crainte d’avoir à signer des chèques en blanc chez les Européens du Nord. A terme, la zone euro pourrait se fixer des échéances afin de parvenir à un véritable budget commun, comme le préconisaient déjà le mois dernier Emmanuel Macron et son homologue allemand Sigmar Gabriel.

La crise grecque pourrait se révéler une épreuve salutaire si elle devenait l’occasion d’un règlement global de la question de la gouvernance de la zone euro. Et en retour, si Français et Allemands étaient rassurés quant à leurs relations futures, la question grecque serait désinvestie des anticipations et autres calculs stratégiques qui en compliquent aujourd’hui le règlement.

Espérons donc que le couple franco-allemand saura se montrer aussi courageux et inventif qu’il l’a déjà été à de multiples reprises par le passé.

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