Gilbert & George, l'art de la carte postale

Harrods, Horny, Change, Cock & Balls, Chinatown, We are, voilà quelques uns des titres des pièces que Gilbert & George présentent jusqu’au 19 février à Londres.

Harrods, Horny, Change, Cock & Balls, Chinatown, We are, voilà quelques uns des titres des pièces que Gilbert & George présentent jusqu’au 19 février à Londres.

Titres facilement déductibles d’œuvres entièrement composées de cartes provenant de deux sources 100 % londoniennes. D’abord des cartes postales classiques que l’on trouve dans n’importe quel magasin de souvenirs, mais surtout, des cartes introuvables ailleurs dans le monde que dans ce lieux si distinctif qu’est la cabine téléphonique. Si Harrods reste Harrods pour des raisons commerciales bien comprises, les citoyens Londoniens ont mis beaucoup d’énergie pour que British Telecom fasse en sorte que leurs cabines téléphoniques demeurent des monuments historiques. Outre le design inimitable et le rouge de rigueur qui doit coller avec celui des bus à deux étages, ces cabines recèlent des trésors pour ceux qui souhaitent étudier les pratiques sexuelles tarifées de la Capitale. Jusque dans les années 2000, les multitudes de cartes collées dans les cabines offraient essentiellement les numéros de téléphones de prostituées femmes qui se différenciaient essentiellement par leurs origines et / ou leurs mensurations. Aujourd’hui, on n’est pas toujours sûr de la nature exacte de la proposition de hot rude fist d’un travesti pré-opéré. On aurait pu imaginer qu’internet et la politique de nettoyage de British Telecom fassent rendre l’âme à ces dazibaos du sexe, mais il faut croire que les anglais ont un sens du patrimonial qui doit largement échapper aux commissaires de l’UNESCO. Gilbert & George ne s’y sont pas trompés, et leur exposition n’est au fond qu’une photographie en temps réel de la ville qu’ils adorent. Une vision qui marie à l’image touristique internationale, l’underground de l’intime.

Pour donner toute la force à leur propos, ils ont choisi de ne pas commenter leur matériau premier en ajoutant des formes. Format unique donc, pour toutes les pièces, un rectangle construit comme un drapeau. On trouve ici, sur le site de la galerie, de nombreuses photos des œuvres et de la scénographie simple et efficace de la salle principale.

Le plus étonnant de l’histoire nous vient sans doute du quotidien The Independent qui se fend sur son site de neuf très bonnes reproductions pour présenter l’exposition, toutes tirées de cartes postales touristiques. Jolie censure par omission du propos des artistes qui en dit cette fois-ci long sur cet autre éternel anglais : No sex, please, we are British!

Le Guardian a lui édité une brève et excellente vidéo des artistes in situ, qui résume parfaitement leur démarche artistique pour cette exposition.

Presque 40 ans après leurs premiers travaux avec des cartes postales, Gilbert & George ont produit un nouveau catalogue raisonné des mouvements socio esthétiques de leur Capitale favorite, les deux ouvrages ajoutés entreront un jour à n’en pas douter dans les rayons anthropologie des bibliothèques.

 

The Urethra postcard art

White Cube Mason’s Yard

www.whitecube.com

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