Démondialisation / altermondialisme, divergences ou malentendus?

La fondation Copernic et Attac organisent le 19 novembre une journée d'étude (1) sur le thème «Démondialisation / altermondialisation, divergences ou malentendus?».

La fondation Copernic et Attac organisent le 19 novembre une journée d'étude (1) sur le thème «Démondialisation / altermondialisation, divergences ou malentendus?».

Le thème de la démondialisation a fait son apparition dans le débat public. Alors que la crise systémique du capitalisme néolibéral s'approfondit de jour en jour et que les gouvernements se prosternent comme jamais devant les marchés financiers, il est bon qu'un débat sur les alternatives se déroule au grand jour. Cependant cette notion fait controverse. Il ne s'agit pas de faire référence aux partisans de l'ordre établi qui assez logiquement condamnent une démondialisation vue comme une démarche visant à sortir du cadre néolibéral. Leurs arguments sont d'ailleurs semblables à ceux qu'ils développent à l'encontre du mouvement altermondialiste. Il s'agit ici du débat qui s'est instauré dans la «gauche de transformation sociale» et dans les mouvements sociaux.

Il porte d'abord sur l'analyse de la mondialisation. Pour les altermondialistes, elle a un contenu précis. C'est le processus qui vise à marchandiser la vie sociale, la vie elle-même jusqu'à la biosphère. C'est la mondialisation de la domination de la logique actionnariale sur les salarié-es et celle de la finance sur les processus productifs et plus globalement sur les sociétés. Ces aspects forment un tout. Il s'agit d'une mondialisation organisée au service des firmes transnationales et des grandes puissances. C'est pourquoi les altermondialistes ne parlent pas simplement de mondialisation mais de mondialisation néolibérale pour caractériser le processus en cours depuis une trentaine d'années. La démondialisation vise-t-elle alors la mondialisation en général ou la mondialisation néolibérale?

Ce premier débat n'est pas simplement d'ordre terminologique. Derrière la terminologie se cache une question fondamentale: quel processus est à la racine du néolibéralisme? Ou pour le dire autrement peut-on réduire la mondialisation au libre-échange des marchandises et la globalisation financière? Pourquoi le libre-échange et la libre circulation des capitaux ont-ils été mis en oeuvre par les gouvernements occidentaux au milieu des années 1980? Cela n'a-t-il correspondu à une transformation de grande ampleur du capitalisme qui a touché le processus de production et mis en place un nouveau régime d'accumulation du capital, dont le moteur est «la création de valeur pour l'actionnaire»?

Ces questions renvoient aux objectifs et aux cibles des combats à mener. Si, comme le pensent les partisans de la démondialisation, l'origine de la désintégration sociale survenue en Occident se trouve dans la concurrence des pays à bas coûts salariaux, des mesures protectionnistes aux frontières de l'Union européenne, voire de la France pour les plus cohérents, suffiraient à résoudre sinon tous les problèmes, du moins une bonne partie. Si tel n'est pas le cas, et si c'est la dynamique du capitalisme actionnarial qui pousse les entreprises à se restructurer, à délocaliser en partie leur production et à réduire la part salariale dans la valeur ajoutée, de telles mesures, au-delà même du débat sur leur efficacité concrète, ne passent-elles pas à côté de l'essentiel?

Dans le prolongement des questions précédentes, celle de la place du cadre national et de l'Union européenne est aujourd'hui en débat. Ce débat est d'autant plus décisif que la crise de l'Union européenne, incapable de sortir de l'emprise des marchés financiers, est patente et que se pose aujourd'hui la question de sa survie. Certains veulent «démondialiser» au niveau de l'Union européenne: peut-on croire cependant que des mesures protectionnistes à ses frontières résoudraient le problème du dumping social à l'intérieur de l'Union européenne? Pour d'autres, la démondialisation revient à faire de l'État-nation le seul cadre de démocratie possible. Il s'agit pour eux de protéger cet espace national contre d'autres pays jugés trop compétitifs, la Chine, mais aussi l'Allemagne par exemple. Le retour à une monnaie nationale qui serait dévaluée est ainsi présenté comme une solution permettant de gagner en compétitivité. Mais est-ce vraiment une solution progressiste que de se situer dans une logique d'aggravation de la concurrence entre États? De plus, si le cadre néolibéral n'est pas brisé, une telle solution ne risque-t-elle pas au contraire de s'accompagner d'une austérité encore accrue, se serait-ce que pour doper les exportations? Cette survalorisation du cadre national n'oublie-t-elle pas que la souveraineté populaire est déjà bafouée dans ce cadre et peut-on laisser de côté le rôle du capitalisme français dans la mondialisation néolibérale?

Altermondialistes et démondialistes, bien que ces deux termes ne recoupent pas des entités homogènes, sont d'accord pour relocaliser le plus possible les systèmes productifs afin de produire au plus près des lieux de consommation et réduire les flux de marchandises et de capitaux. Mais une réponse progressiste peut-elle se limiter à cela? Ne faudrait-il pas plus de mondialisation dans des domaines comme, par exemple, les droits sociaux, les savoirs, la lutte contre le réchauffement climatique, la gestion des ressources rares, la taxation des transactions financières... La démondialisation peut-elle être un processus général comme cette notion semble le suggérer ou faut-il au contraire une transformation radicale de la mondialisation (alter-mondialisation) pour résoudre un certain nombre de défis se posant à l'échelle mondiale?

Toutes les questions évoquées ici sont au cœur du débat sur les stratégies à mettre en œuvre pour sortir de la crise. Elles doivent pouvoir être débattues par toutes celles et tous ceux qui ne se résignent pas à la situation actuelle.

(1) Cette journée d'étude se tiendra le samedi 19 novembre, de 9 heures 30 à 17 heures, à l'AGECA, 177 rue de Charonne, Paris 11ème. Voir le programme précis sur http://www.fondation-copernic.org/

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