Pierre Khalfa
Ancien coprésident de la Fondation Copernic, membre du Conseil scientifique d'Attac.
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Billet de blog 26 déc. 2012

Un décompte malvenu

Pierre Khalfa
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Dans le Monde daté du 15 décembre, la Fédération des Sociétés Juives de France, Fils et Filles de Déportés Juifs de France, l’Union des Sociétés Juives de France publient un encart publicitaire (image ci-contre) en souvenir de la « première exécution massive » de résistants par les nazis au Mont-Valérien. L’Europe, minée par les politiques néolibérales, connaît aujourd’hui une montée de la xénophobie, du racisme et une renaissance des forces d’extrême-droite, dont le mouvement néonazi Aube Dorée, dans une Grèce détruite par les politiques d’austérité, représente le symptôme le plus inquiétant. Dans cette situation, rappeler la barbarie nazie et le courage d’une minorité de résistants est un devoir civique.

Pourtant, à la lecture de cette page, un malaise s’installe. On y lit que 17 % des fusillés au Mont-Valérien étaient juifs alors que les juifs ne représentaient que 0,8 % de la population française. Que veut-on prouver avec cette statistique ? Que les juifs, Français ou étrangers, ayant en proportion plus participé à la Résistance que le reste de la population, l’antisémitisme est à rejeter ? L’argument laisse un goût amer. Supposons un instant que cette statistique ait été inversée, devrait-on en tirer comme conclusion que les juifs, pris comme un ensemble, seraient à condamner ? Rappelons que c’est en prenant prétexte de statistiques comparables - la proportion de juifs dans telle ou telle profession - que le régime de Vichy a promulgué des lois discriminatoires. Aujourd’hui, doit-on, par exemple, en s’appuyant sur le nombre plus élevé de délinquants dans telle ou telle catégorie sociale, en arriver à les stigmatiser ? La condamnation de l’antisémitisme, comme de toute autre forme de racisme, n’a besoin d’aucun fondement statistique et s’en trouve même affaiblie. Elle renvoie à la conception de la société dans laquelle nous voulons vivre. Nous faisons le choix conscient d’une société fraternelle et égalitaire qui n’a pas d’autre justification qu’elle-même.

Rappeler le rôle des juifs, Français et étrangers, dans la Résistance, mais aussi des Français-es de toute origine ou confession, et des étrangers de toute nationalité, est indispensable pour montrer que leur combat contre l’occupant était porteur d’une dimension internationaliste qui visait l’humanité comme un tout solidaire à sauver de la barbarie nazie. Souvenons nous de la phrase de Missak Manouchian, « Je n'ai aucune haine contre le peuple allemand », de celle de Jean-Pierre Timbaud devant le peloton d'exécution, « Vive le Parti communiste allemand ! » ou de celle de Guido Brancadoro, fusillé en 1942 à l’âge de 21 ans, « Ce sont les Français qui me livrent, mais je crie “Vive la France”, les Allemands qui m’exécutent, et je crie “Vive le peuple allemand et l’Allemagne de demain” ». Tout cela n’a rien à voir avec un décompte malvenu, qui, voulant valoriser la place des juifs dans la résistance, relève, de fait, d’une conception communautariste qui était étrangère à ces combattants admirables.

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