Pierre Khalfa
Ancien coprésident de la Fondation Copernic, membre du Conseil scientifique d'Attac.
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Billet de blog 27 août 2022

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NUPES, consolider l’espoir !

La constitution de la NUPES constitue un évènement politique majeur recréant un espoir qui avait largement disparu. Mais une partie importante des classes populaires continue d’être attirée par le RN et la NUPES reste une simple alliance électorale. Des responsables associatifs appellent à son ouverture à des forces non partidaires pour construire un front politico-social enraciné dans la société.

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La création de la NUPES constitue un évènement politique majeur et ce, de deux points de vue. D’une part, elle s’est constituée sur la base d’une rupture claire avec le néolibéralisme et le productivisme, écartant ce qui a été une des causes de l’échec de la gauche en particulier lors du quinquennat de François Hollande dont la politique a fini par apparaître largement au service du capitalisme financier. Certes des divergences, certaines sérieuses, existent entre les différentes forces politiques constitutives de la NUPES. Cela est normal, mais un défi à l’avenir sera de savoir comment construire les débats et les décisions sur ces sujets. D’autre part, élément décisif, ce cadre unitaire qui se veut pérenne a rendu crédible, donc possible, une alternative démocratique, sociale et écologique recréant ainsi un espoir qui avait largement disparu.

Tout est loin d’être cependant réglé. Une partie importante des classes populaires, employés et ouvriers, victimes des politiques néolibérales continue de s’abstenir ou d’être attirée par le RN dont la progression se confirme. S’il n’y a aucune fatalité à cette situation, encore faut-il en analyser les raisons. Le vote RN est certes lié aux difficultés sociales et à un sentiment bien réel d’abandon. Cependant, ce qui rend difficile le fait de détacher les électrices et électeurs du RN, c’est le fait que les questions sociales sont vues à travers le prisme du ressentiment envers celles et ceux qui, dans l'échelle sociale, sont vécus comme en dessous d'eux : les bénéficiaires des minima sociaux traités « d’assistés »  ou les immigrés, ressentiment qui peut tourner à la xénophobie et au racisme surdéterminant des affects puissants comme la peur, où les passions mises en œuvre renvoient surtout à la haine de l’autre. Il ne s’agit pas là d’un simple affect superficiel qui pourrait être facilement éradiqué en se contentant d’avancer des exigences sociales plus ambitieuses que celles du RN ou en luttant seulement contre l’abandon dont elles sont victimes, même si évidemment cela est primordial.

C’est dire qu’il s’agit d’un travail qui ne peut donner des résultats que dans la durée. Ce travail a cependant une dimension proprement politique. Il ne peut avoir d’impact que s’il existe clairement une alternative politique, d’où l’importance de la NUPES et de sa pérennisation. Or cette dernière est fragile. Elle reste encore largement une alliance électorale au sommet même si des formes d’organisation au niveau local commencent à se mettre en place. Elle est étroitement dépendante du travail parlementaire et de ses aléas. Enfin elle est soumise à des forces centrifuges liées au caractère même de sa constitution et des rapports de forces en son sein.

Comment dépasser ces limites ? La NUPES restera d’autant plus vulnérable qu’elle se réduira à une alliance électorale entre des partis politiques soumis à une logique concurrentielle qui n’a pas disparu. Élargir la NUPES à des forces non partidaires - associations de défense des droits, d’éducation populaire et/ou de lutte, féministes, fondations, centres de réflexion et même organisations syndicales - pour en faire un front politico-social est une des conditions pour que cette alternative politique s’enracine dans la société et ne contente pas d’être simplement présente sur le terrain de l’affrontement parlementaire. Non seulement un tel élargissement engagerait une dynamique politique qui conforterait sa crédibilité, mais, en permettant de sortir du face à face entre les partis politiques, ce serait aussi un moyen d’en relativiser les éventuelles dissensions qui pourraient voir le jour. Il pourrait être aussi source d’élargissement des thèmes portés par la NUPES.

Il ne faut pas se cacher les difficultés d’une telle perspective. Elle remet en cause un partage des tâches entre partis politiques et forces du mouvement social. Elle doit vaincre la réticence de ces dernières à s’engager dans une approche qui vise à lier les enjeux électoraux et les mobilisations sociales, réticence paradoxale alors même que toutes leurs actions se situent sur un terrain politique. Elle doit vaincre surtout leur méfiance - justifiée - par rapport aux tentatives régulières d’instrumentalisation et d’hégémonie dont elles sont l’objet de la part des partis politiques. Elle implique donc aussi de la part de ces derniers le fait de respecter l’histoire et le fonctionnement de chacun mais aussi accepter d’avoir des partenaires traités à égalité dans un cadre où les décisions doivent être prises en commun.

La participation à la NUPES n’entrainerait en rien une perte d’indépendance d’aucun des mouvements qui s’y engageraient, car la NUPES n’est pas un parti politique unifié mais un cadre unitaire dans lequel chacune des forces engagées garde sa liberté de parole et d’intervention. Dans une situation marquée par une coupure entre les partis politiques et les forces du mouvement social, il s’agit de saisir l’opportunité historique d’inventer de nouveaux rapports entre eux, nouvelle phase permise par la création d’un cadre unitaire pérenne entre les partis politiques. C’est une occasion qui ne se représentera pas et qu’il faut savoir saisir.

Cette tribune, publiée sur lemondefr, a été signée par : Boris Bilia (Intérêt général), Alain Coulombel (Fondation de l’écologie politique), Léa Ferri (Intérêt général), David Flacher (Mouvement Utopia), Susan George (Présidente d’honneur d’Attac), Denis Guenneau (Archipel de l’écologie et des solidarités), Pierre Khalfa (Fondation Copernic), Yann Le Lann (Espace Marx), Gus Massiah (Cedetim/Ipam), Marie-Pierre Vieu (Fondation Copernic).

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