Père, mère après séparation

Ce petit livre bien construit, les auteurs (cités ci-dessous) s’intéressent à la pratique de la coparentalité en cas de séparation conjugale dont la résidence alternée. Ils interrogent les postures politiques, sociales et professionnelles.

Près d’un couple sur deux se sépare. De nombreux enfants sont amenés à partager leur temps entre leurs deux parents. Dans ce petit livre bien construit, les auteurs (cités ci-dessous) s’intéressent à la pratique de la coparentalité en cas de séparation conjugale dont la résidence alternée. Ils interrogent les postures politiques, sociales et professionnelles. Quels que soient les choix concernant le lieu de résidence des enfants, ils montrent les difficultés et les bénéfices pour le bien-être de l’enfant et celui des parents d’une coparentalité où les fonctions du père et de la mère ne sont pas figées dans des représentations basées sur une hiérarchisation des sexes.

Première de couverture Première de couverture

Les auteurs :

  • Diane Khoury est animatrice et coordonnatrice au sein de l'association Regards. Dans la préface, Diane Khoury s’amuse de la prétendue scientificité du prétendu calendrier de Brazelton [1]. Voici un bref aperçu des propos qu’elle tient (page 17) : « Ainsi, d'éminents psychiatres français mettent en avant dans leurs écrits ce calendrier en sous-entendant qu'il est le fruit de recherches américaines ; il devient donc un cadre de référence scientifique, il peut être préconisé comme modèle et appliqué dans les tribunaux aux affaires familiales. Parallèlement, les médias s'en saisissent et véhiculent ce calendrier. Voilà comment se construisent et se diffusent de prétendus savoirs. ». Un autre passage très appréciable de Diane Khoury est celui-ci (page 11) : « Certaines personnalités sont porteuses de plusieurs casquettes qui pourraient paraîtres antinomiques ; sommité de la pédopsychiatrie et fortement impliquée dans un parti politique par exemple. Ainsi des prises de positions politiques deviennent des « vérités » scientifiques et vice versa. Force est de constater que lorsqu'il s'agit de femme, de mère, de père, d'enfant et de famille, la politique « s'emmêle» tout comme la psychanalyse ! ».
  • Marie-Dominique Wilpert est formatrice et chercheure en intervention sociale et éducative. Elle développe des analyses de pratiques et des recherches participatives avec des professionnels de ces secteurs. Dans sa partie,  Marie-Dominique Wilpert estime que le retard de notre société, à pratiquer la résidence alternée, relève surtout de la responsabilité et du manque de courage des « politiques » (page 52) : « Sur le plan politique, l'enjeu est bien de promouvoir une véritable politique d'égalité homme-femme dans la sphère publique, et son corollaire, une égalité devant la parentalité dans la sphère privée. Si les espaces professionnels peuvent beaucoup dans l'accueil et la reconnaissance de ces souffrances « genrées », ils ne peuvent remplacer le courage politique de lever les ambiguïtés d'une société qui hésite encore à renoncer aux vestiges du patriarcat. ».
  • Gérard Neyrand est sociologue et professeur à l’université de Toulouse. Il est aussi le directeur du Centre interdisciplinaire méditerranéen d’études et recherches en sciences sociales (CIMERSS) à Bouc-Bel-Air. Il aborde les effets des mutations sociales et familiales sur les rapports de génération et de genre, la conjugalité, la place des enfants, la parentalité, et la façon dont s'y intéressent les politiques sociales. Gérard Neyrand a publié de nombreux ouvrages dont : Le dialogue familial, un idéal précaire (érès, 2009), Monoparentalité précaire et femme sujet (avec Patricia Rossi, érès, 2004 - 3e éd. 2007) et Soutenir et contrôler les parents (érès-poche, 2011). Il fait partie du comité de rédaction des revues Dialogue et Recherches familiales. Même si cet extrait n’est pas forcément représentatif de la totalité de son discours, Gérard Neyrand écrit ceci (page 57) : « Ainsi, au tournant des années 1990, la vision de cette pratique était encore très négative, alimentée par une certaine tradition des discours cliniques à orientation psychanalytique, qui la dénonçaient comme déstabilisante pour l'enfant et l'empêchant de se construire dans un rapport apaisé à son environnement, ce que semblait offrir la continuité de la vie quotidienne avec un seul des deux parents. ». Dans sa partie Gérard Neyrand soulève comme facteur retardateur à la pratique de la résidence alternée une explication complémentaire à celle de Marie-Dominique Wilpert (pages 69 et 70) : « Le premier niveau d'opposition s'inscrit dans la continuité des résistances initiales des professions psychologiques à la pratique de l'alternance [NDLR : Par « professions psychologiques », il faut comprendre « psychanalyse ».], tout en se concentrant sur un critère qui, pour elles, est rédhibitoire, l'âge précoce de l'enfant concerné, et vont donc se retrouver essentiellement chez des pédopsychiatres et des professionnel(le)s de la petite enfance. Ce courant se cristallise autour d'une figure majeure du champ psychiatrique, engagée de façon militante à plusieurs niveaux, dont celui de la résidence alternée précoce, dans la défense d'une vision traditionaliste caricaturale de la famille, politiquement marquée, et qui reste indexée aux formulations des années 1950 des fonctions parentales pour lesquelles le seul soignant valable du jeune enfant reste sa mère. Ce mouvement aboutit à l'élaboration d'une sorte de manifeste antirésidence alternée, intitulé Le livre noir de la garde alternée, et dont la parution engendre des réactions que l'on pourrait qualifier de contrastées. ».
  • Gérard Poussin est psychologue et professeur émérite de psychologie à l'université Pierre-Mendès-France de Grenoble. Il est, entre autres, co-auteur de cette recherche sur le taux d'estime de soi des enfants en corrélation avec leurs configurations familiales, notamment ceux en résidence alternée : Poussin, G. ; Lebrun-Martin, E. 2002. « A french study of children’s self-esteem after parental separation », International Journal of Law, Policy and the Family, 16, 313-326. Dans la partie de ce livre rédigée par lui, Gérard Poussin démontre, entre autres, que la publication d’Eugénie Izard  n’a pas valeur « d’étude »[2]. Il s’appuie notamment sur l'absence totale de la moindre précaution méthodologique... Gérard Poussin complète également les propos de Gérard Neyrand sur le sujet de la psychanalyse. Même si cet extrait n’est pas forcément représentatif de la totalité de son discours, il écrit (pages 106 à 108) tout en faisant référence à l'étude de Solomon et George :  « …/… Pour Freud, par exemple, l'enfant s'appuie sur l'objet des pulsions d'autoconservation dans son choix d'un objet d'amour, car pour lui, « à l'origine, la satisfaction sexuelle avait un objet sexuel en dehors du corps propre : le sein maternel ». C'est la théorie de « l'étayage »…/… Pour certains cliniciens pourtant, la confusion est encore présente et ils se réfèrent à la théorie de l'attachement tout en lui attribuant des caractéristiques qui étaient celles de la théorie de l'étayage. On peut ainsi entendre que « seule la mère peut être une figure d'attachement pour le jeune enfant» et qu'il est donc dangereux qu'il ne passe pas la majeure partie de son temps avec elle (notamment la nuit, comme le stipulent Solomon et George). La notion de coparentalité serait alors partie remise et ne pourrait s’appliquer qu'au-delà de l'âge de 6 ans .../…. Mon expérience croisée entre la recherche et la clinique m'amène à conclure au contraire qu'il est souhaitable de favoriser la coparentalité dans l'après divorce dès le plus jeune âge. ».

[1] Le prétendu calendrier de Brazelton n’existe que dans les livres du psychanalyste Maurice Berger, sur le site de WAIMH-fr et sur les sites d'associations dites « anti-pères » allant parfois même jusqu'à se revendiquer du féminisme ! Ce sujet a déjà fait l'objet d'un billet : Lien.

[2] Le 8 avril 2012, lors d’un pseudo-débat sur (contre) la résidence alternée organisé par l’APPEA et le COPES (majoritairement composé de psychanalystes affichés d’emblée anti-résidence alternée), le psychanalyste Maurice Berger avait osé qualifier d’étude une publication de sa consoeur psychanalyste Eugénie Izard, en ajoutant que selon lui : il n’existe qu’une seule étude fiable en France sur la résidence alternée : celle d’Eugénie Izard ! Dans ses livres, Maurice Berger va même jusqu'à valoriser la publication d’Eugénie Izard en la qualifiant de : « recherche » ! On notera que la revue Neuropsychiatrie de l'Enfance et de l'Adolescence dans la quelle cette publication est parue a pris la précaution d'ajouter en marge :  « expérience personnelle » et non pas « étude », ni « recherche ».

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

L'auteur a choisi de fermer cet article aux commentaires.