Chiche ?

Après le révoltant (mais prévisible…) report de la loi de 2005 sur l’accessibilité, et le fameux Ad’Ap (Agenda d'accessibilité programmée), les personnes en situation de handicap pensaient sans doute avoir tout vu… Eh bien non, comme si cela n’était pas suffisant de nous tenir à l’écart de la société « valide », notre cher gouvernement a d’autres idées !

Pour commencer, il est envisagé de tenir compte de l’épargne pour le calcul de l’AAH (Allocation Adultes Handicapés)… Bien sûr, il n’est pour le moment question que du Livret A, dont le taux d’intérêt est de… 0,75% ! D’autres produits d’épargne suivront certainement, il ne faut pas se tromper, mais il est vrai qu’être handicapé et vouloir mettre quelques euros de côté, c’est complètement scandaleux ! Avec un compte en Suisse ou aux Bahamas, nous serions « intouchables », mais un Livret A, c’est impensable, et l’Etat ne pouvait vraiment pas laisser passer ça !

Mais ce n’était pas encore suffisant ! Dans le cadre de la loi Macron, 2 articles ont été voté par l’Assemblée Nationale, dans l’indifférence la plus totale, qui modifient considérablement la législation en ce qui concerne l’emploi des travailleurs handicapés. Avec cette modification, il ne sera plus nécessaire d’engager un travailleur en CDD, en CDI ou de passer par un Etablissement d’aide et de service par le travail (Esat). Pour atteindre leur quota (6%), les chefs d’entreprise pourront accueillir des travailleurs en «période de mise en situation en milieu professionnel» pendant un mois, selon l’article L273. La personne accueillie ne sera pas employée par l’entreprise ni rémunérée. Elle conserve son statut antérieur de chômeur. En clair, si on résume, le gouvernement vient de remettre l’esclavage au goût du jour, pour les personnes handicapées ! Elle est pas belle, la gauche ?

Cela fait déjà un certain temps que je n’attends plus grand-chose des politiques pour la défense des citoyens les plus fragiles et vulnérables, en dehors de quelques élus et responsables politiques directement concernés… Mais nous, les handicapés, qui sommes justement et quotidiennement concernés par toutes ces mesures, que faisons-nous ? Rien. Oh bien sûr, ces informations sont relayées sur les réseaux sociaux, avec de gentillets coups de colère, et autres lamentations. Et puis les pétitions fleurissent, pour ça nous devons être champion du monde ! Une signature, c’est facile, ça donne bonne conscience à certains, et à d’autres l’impression d’agir…

Mais après, il se passe quoi ? Combien de temps allons-nous accepter de subir sans réagir, de prendre des coups sans nous révolter ? Combien de temps allons-nous encore nous conduire comme des assistés ? Combien de générations vont être sacrifiées avant que les personnes en situation de handicap crient leur colère, et prouvent qu’elles sont des citoyens à part entière ? Est-ce qu’il faut attendre qu’un ministre un peu plus cynique que les autres décide de supprimer l’AAH pour qu’enfin quelque chose bouge ? Les personnes concernées n'en ont-elles pas assez d'être assistées, de vivre sous le seuil de pauvreté, de ne pas être maîtresses de leur vie ? Elles s'indignent 30 secondes et se rendorment. D’autres revendications aboutissent pourtant, dans d’autres domaines, comme celles des chauffeurs de taxi récemment, pourquoi pas les nôtres ? Il serait peut-être temps d’y réfléchir et d’agir tous ensemble (je veux dire tout handicap confondus, sans ces stupides querelles qui nous divisent), d’autant qu’il n’y a jamais eu autant d’associations et de mouvements liés au handicap pour nous fédérer… à moins que tout ce petit monde n’ait pas la moindre envie de sortir de sa torpeur ?

Il est vrai que l’organisation de manifestations de personnes handicapées n’est pas simple. Certaines personnes préconisent plutôt de brûler nos cartes d’électeur, et de boycotter les élections… En ce qui me concerne, cela me semble tout à fait contre-productif, d’autant qu’au point où en est rendue l’abstention, les politiques ne se rendront même pas compte de ce boycott ! Et puis je pense au contraire que les handicapés devraient s’investir beaucoup plus dans les organisations politiques et syndicales, car c’est pour moi la seule façon de voir un jour nos revendications prises en compte…. Mais pourquoi ne pas justement profiter des prochaines élections (régionales, 6 et 13 décembre) pour nous mobiliser et hurler notre colère ? Pourquoi ne pas bloquer les bureaux de vote (en particulier ceux où sont inscrits des responsables politiques) ? Ce serait facile, pas besoin de grosse organisation pour rassembler et transporter des gens, tout se ferait localement, et quelques personnes en fauteuil roulant ou couchées sur les trottoirs suffiraient à bloquer chaque bureau….

Ce serait une excellente occasion de nous faire entendre, pendant que toutes les caméras de télé et tous les micros des journalistes seront présents… alors, chiche ?

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.