Handicap + couple = AAH en péril

Le candidat Macron avait fait du handicap une des priorité de son quinquennat, s'il était élu.... Aujourd'hui, et avant le vote du budget, les annonces concernant les personnes en situation de handicap ne sont guère réjouissantes... Florence Méjécase-Neugebauer, présidente de l'association «Handiparentalité», a interpellé Sophie Cluzel, la secrétaire d'Etat chargée des personnes handicapées :

Mme La ministre,

Nous sommes un collectif et nous réagissons au dossier de presse du comité interministériel du handicap et particulièrement à la question de l'AAH (Allocation aux adultes handicapés). Votre gouvernement a dit que vous feriez du handicap une priorité pendant le quinquennat. Nous avons 12 questions auxquelles nous souhaitons que vous répondiez.

L'accent est mis sur l'augmentation de l'AAH, cette allocation qui a pour objet de garantir un revenu minimum aux personnes handicapées pour qu'elles puissent faire face aux dépenses de la vie courante. Le montant maximum est de 810 euros. Le gouvernement veut l'augmenter à 900 euros. Cette mesure a été médiatisée, sans préciser que l'augmentation ne sera que de 90 euros sur 2 ans, au lieu des 100 euros qui devaient venir immédiatement...

Première question : pourquoi augmenter l'AAH en 2 fois en fin d'année 2018 et 2019 pour atteindre 90 euros d'augmentation alors que 100 euros avait été annoncés pendant la campagne électorale ?

En revanche, on passe sous silence le fait que les couples ne profiteront jamais de cette mesure. Les associations sont consultées pour les droits des personnes en situation de handicap et vous demandent de manière unanime que les revenus du conjoint ne soient pas pris en compte dans le calcul de l'AAH. Notre handicap ne s'efface pas dès lors que l'on se met en couple et occasionne beaucoup plus de frais. L’autonomie de la personne en situation de handicap passe aussi par l’autonomie financière et ce nouveau mode de calcul rend la personne en situation de handicap encore plus dépendante de son conjoint et donc plus vulnérable. D'ailleurs, le taux de violences conjugales est beaucoup plus élevé chez les femmes handicapées.
On parle de 250 000 allocataires en couple qui représentent 25% des bénéficiaires de l'AAH selon le dossier de presse du CIH.

Deuxième question : pourquoi tenir compte des revenus du conjoint pour 250 000 allocataires soit un quart des bénéficiaires ?

Pire encore, vous avez tenu des propos selon lesquels les bénéficiaires du RSA sont désavantagés dans le calcul par rapport aux bénéficiaires de l'AAH. Le coefficient multiplicateur de l'AAH est à 2 tandis que celui du RSA est à 1,5. En 2018, le coefficient passera à 1,9 et en 2019 à 1,8 pour les bénéficiaires de l'AAH. Vous avez répondu à l'APF (Association des paralysés de France) que « l'impact de cette mesure doit être neutralisé par la revalorisation parallèle de la prestation. »

Troisième question : pourquoi prendre une mesure de nouveau calcul pour les couples en se rapprochant du coefficient du RSA si cela ne change rien pour les couples comme vous l'expliquez?

Nous avons envie de dire qu'en effet, ça ne changera rien. Les couples seront toujours désavantagés, ils auront toujours la sensation qu'éthiquement ils dérangent, encore plus s'ils font des enfants. Selon le secrétariat d'état encore, « Le rapprochement des règles de calcul ne signifie pas l'alignement des règles de calcul. Il n'a pas lieu d'extrapoler ». Pourtant, nous sommes inquiets ! En effet, on ne nous dit rien sur les années qui suivront. Si on se « rapproche » du calcul du RSA, il restera 3 ans encore pour baisser le coefficient multiplicateur, peut-être qui sait jusqu'à 1,6 ou même 1,5. Avec la nouvelle réforme, la logique est accentuée et certaines personnes risquent de voir leurs ressources encore diminuées voire supprimées.
Sous prétexte d'équité, on nivelle l'AAH vers le bas pour faire des économies. Ce faisant, on diminue l'autonomie financière de personnes qui n'en n'avaient que trop peu et on fait porter au conjoint non porteur de handicap la responsabilité financière des besoins du foyer. Les personnes en couple s'épuisent, et ce, d'autant plus qu'ils se voient réduire leurs droits à une PCH aide humaine sous prétexte qu'ils sont en couple. Ces difficultés du quotidien engendrent inévitablement d'autres difficultés. Ils craignent la séparation...
Écoutez-les :
« Pourquoi je devrais être punie car je ne peux plus travailler ? Mon mari fait déjà beaucoup et gère beaucoup pour nous, pour notre famille. Avec son salaire comment pourrons nous payer nos factures ? »
« Je ne veux pas devenir un boulet financier pour notre foyer ».
«La réforme de l'AAH n'est qu'un des symptômes d'un courant qui va réformer notre place dans la société. »
Les personnes en couple souhaitent vivre dignement.

Quatrième question : jusqu'où vous comptez baisser le coefficient multiplicateur de calcul ? 1,9 en 2018 puis 1,8 en 2019, mais après ?

Cinquième question: si vous vouliez un alignement du calcul des minimas sociaux pour ne pas faire d'inégalité pourquoi ne pas augmenter le coefficient du RSA à 2 au lieu de niveler l'AAH vers le bas ?

En effet, nous rappelons que la situation d'une personne en situation de handicap n'est pas comparable à celle d'une personne bénéficiaire du RSA.

Sixième question : Si le calcul de l'AAH est si fluctuant, comment se projeter ? Sur nos projets de vie ? Sur un loyer ? Sur un crédit déjà rarement accepté ? ...

A une AAH dont le montant fluctue, s’ajoute la problématique de l’insertion à l’emploi des personnes en situation de handicap. Le chômage atteint un niveau record avec près de 500 000 demandeurs d’emploi en situation de handicap. Les contrats aidés sont diminués. Une catastrophe pour les associations au passage. Une absurdité face au travail irremplaçable qu'elles font !
Voici un échantillon de nos témoignages :
« Mon poste ne pouvait pas être adapté ».
« Je suis prise mais ma salle est à l'étage et les toilettes ne sont pas accessibles »,
« Je n'ai pas assez d'expérience »,
« Impossible de me rendre à ce poste à cause des soucis de transport »
Nos projets de vie se voient ainsi très limités par cette nouvelle insécurité financière, dont nous sommes les principales victimes.

Concernant l'emploi des personnes en situation de handicap, celles-ci sont régulièrement confrontées à un manque d'accessibilité du bâti. Elles se voient souvent essuyer des refus, refus d'adaptations de leurs postes et refus d'embauches justifiés par un manque de qualification et/ou d'expérience malgré leurs diplômes et leurs stages. Les personnes sont aussi confrontés à un manque de formations diplômantes ne permettant pas un réel accès à l'emploi.

Septième question : avez-vous une stratégie efficace pour favoriser l'emploi des personnes en situation de handicap ?

Par ailleurs, la fusion des compléments de ressources l'une à 179 euros et l'autre à 104 euros inquiètent les allocataires.

Huitième question : La fusion entre la MVA (majoration pour la vie autonome) et le complément de ressources sera-t-elle faite à l'économie ?

La pension d'invalidité n'est pas revalorisée. Elle ne se cumule pas avec le congé maternité. Les bénéficiaires de la pension d'invalidité ne pourront plus percevoir la prime d'activité.

Neuvième question : pouvez-vous nous expliquer ces décisions ?

Un autre thème est inexistant du programme du gouvernement : celui de la PCH (prestation de compensation du handicap). Le CHA (coordination handicap autonomie) a fourni un travail détaillé sur nos besoins au CNSA. Des particuliers ont clamé en vidéo, par courrier ou avec des grèves de la faim leurs difficultés à survivre. Chaque acte de la vie est chronométré et les minutes accordées pour avoir de l'aide au repas, pour s'habiller ou se laver sont diminuées.

Dixième question: Quand est-ce que la PCH (prestation de compensation du handicap) sera à la hauteur des besoins réels pour l'aide aux actes de la vie quotidienne dans le respect et la dignité ?

Intéressons-nous maintenant à la parentalité des personnes en situation de handicap.
L’IGAS (l'inspection des affaires sociales) avait été sollicité par le gouvernement Hollande pour interroger les associations dont Handiparentalité sur les questions de l’accompagnement à la parentalité des personnes en situation de handicap. L’objectif était alors de proposer des solutions concrètes, notamment à l’aide de la PCH et nous étions enfin, « en marche », vers l’obtention d’une aide à la parentalité. Pourquoi faire marche arrière sous votre présidence ?

Onzième question : Quelle est la position de ce gouvernement quant à l'aide à la parentalité ?

Enfin, votre programme parle d'inclusion de la crèche à l'université. Or à ce jour, beaucoup d'enfants en situation de handicap sont refusés à la crèche comme à l'école.

Douzième question : Quelles sont donc les mesures emblématiques évoquées dans le dossier de presse du comité interministériel, sur l’accueil du jeune enfant

Les personnes en situation de handicap souhaitent une vie digne. Elles sont parfois extraordinaires par leurs capacités et leur détermination à relever les défis, dépassant ainsi leur handicap. Elles sont parfois ordinaires, en souhaitant juste avoir accès à la vie de la cité être un citoyen à part entière. Ne l'oubliez pas. Notre vie ne devrait pas être un combat. Nous mettons déjà beaucoup d'énergie à avancer avec notre handicap. Nous en mettons davantage à nous battre pour nos droits. Ne nous épuisez pas. Nous comptons sur vous, sur votre sensibilité, sur votre professionnalisme et sur votre pouvoir pour nous aider et répondre à nos questions.

" Les réformes sont souvent attendues pour un meilleur pas pour le pire".

L'association Handiparentalité se tient à votre disposition pour vous présenter son travail de soutien, de prévention, d'accès aux soins, d'accompagnement, d'aide à la puériculture et de sensibilisation. Ce dernier point est d'ailleurs soulevé dans votre dossier de presse et nous ne sommes pour l'heure, pas encore soignés ou accompagnés dans les soins comme l’est une personne sans handicap (soins dentaires, kinésithérapie, gynécologie, soins d'optiques, accompagnement à la grossesse...). Il est temps que cela change !

Merci de nous prouver que, pour vous, pour la République en Marche, nous sommes des citoyens à part entière. Nous vous prions de croire, Madame la Ministre, en l’assurance de notre sincère considération.

Le collectif AAH et droits des personnes en situation de handicap en péril,
sympathisant de l'association Handiparentalité

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Pour aller plus loin :

https://www.facebook.com/groups/128914087683590/

https://www.facebook.com/Handiparentalite/

- Parce que nous voulons vivre, aimer et fonder librement un couple et une famille
- Parce que nous refusons que l'on touche à notre AAH en raison de nos choix amoureux et de vie légitimes
- Parce que nous refusons que le gouvernement, qui faisait du handicap une priorité, trahisse ses engagements et nous entraine dans la misère
- Réagissons, tous ensemble

Si vous êtes en situation de handicap, ou que vous êtes en couple avec une personne en situation de handicap, n'hésitez pas à venir déposer ici vos témoignages par rapport à l'AAH, son importance et son utilité dans votre couple. Par écrit, ou, ce qui serait encore mieux, en nous faisant des petites vidéos.
Aidez-nous à trouver des moyens d'actions pour faire échec à ces projets.
Et invitez tous vos réseaux à nous rejoindre, l'union fait la force, ne l'oublions pas !

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Vous pouvez également partager au maximum ces vidéos :

https://youtu.be/_eT_FWTk1DE

https://youtu.be/70LOuzYOtB0

https://youtu.be/QQFXg8P8FSA

La Ligue des droits de l'Homme s'alarme aussi : https://www.ldh-france.org/aah-pensions-dinvalidite-au-recul-droits-laggravation-precarite/

Alors n'hésitez pas à signer cette pétition : https://www.change.org/p/handicap-maladie-stop-precarite

Merci.

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