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Billet de blog 3 juil. 2020

Taxis / VTC : Chronique d'une énième guerre annoncée.

Les rassemblements de chauffeurs se multiplient dans la capitale depuis quelques jours. Taxis comme VTC témoignent de leurs difficultés à joindre les deux bouts. La crise sanitaire a frappé de plein fouet le transport public particulier de personnes. Les clients se font rares, la reprise est timide. Et la colère des chauffeurs désormais paraît inéluctablement difficile à contenir...

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Observez les stations de taxis parisiens. Parfois les "guirlandes vertes" des lumineux remplissent bien au delà de la station, et il n'est plus rare de voir des taxis en double file. Double file, double peine : Non seulement les chauffeurs sont sevrés de clients, mais en plus ils sont verbalisés pour stationnement gênant. 


"Circulez y'a rien à voir..." En effet, il n'y a plus de clients en station. Les clients ne sont plus dans la rue, mais "dans le cloud". Signe des temps, l'industrie du taxi prépare un plan social, le plateau de réception d'appels en fera les frais. Pour financer la crise et faire le dos rond, on gèle les licences  en Préfecture, on vend les véhicules, voire on vend même en masse les licences... Les rumeurs vont bon train, alors il faut entretenir coûte que coûte la spéculation en trouvant toujours davantage d'acquéreurs que de vendeurs sur le marché. Les courtiers en licence s'organisent.


"Circulez y'a rien à voir".... En effet, rue de Rivoli l'accès est désormais réservé aux seuls chauffeurs de taxi. Il n'en fallait pas davantage en pleine crise économique du transport public particulier de personnes pour exacerber les nerfs des chauffeurs VTC... Et les manifestations s'enchaînent ici ou là, les Ministres sont interpellés, on organise des rassemblements autour de Bercy, ou devant le  Ministère des Transports Boulevard St Germain. 


Un jour les taxis, l'autre les VTC, les uns reprochant aux autres leur "illégalité" (comprenez plutôt l'exercice illégal du métier de chauffeur professionnel sur une plateforme, nombre d'entre eux étant enregistrés sans aucune vérification sérieuse des documents exigibles) les autres réclamant finalement les mêmes attributs réglementaires, dont le fameux "numerus clausus"...
Je me souviens aujourd'hui plus que jamais du Président Estival  de la FNAT, et de ses mots que j'avais écouté avec attention en 2008.
"Rappelez vous d'une chose Pierre dans ce métier : Trop de chauffeurs tue les chauffeurs". Et bien nous y sommes.
"En 1931, les chauffeurs se battaient pour charger les clients aux terminaux des tramways, pour faire les bouts de ligne. Au moment de la marque libre, lorsqu'on a libéralisé le métier de taxi, on a compté jusqu'à 32 000 chauffeurs à Paris... Les gars se bouffaient le foie en pleine crise des années trente !".


Les leçons du passé n'ont probablement pas été retenues.
l'Etat a failli dans l'organisation du contrôle des plateformes. Combien y a-t-il réellement de chauffeurs en activité aujourd'hui à Paris, Lyon, Marseille, et les grandes métropoles du pays ? 


Que devient en pratique l'application de l'article 2 de la Loi Grandguillaume, qui prévoit que les plateformes doivent transmettre leurs données aux pouvoirs publics ?

Pour un fichier unique des chauffeurs et ses trois interfaces de contrôle.


Comment garantir la souveraineté d'un Etat s'il ne se dote pas des moyens numériques nécessaires à l'application des Lois qu'il fait voter ?
Il est grand temps de mettre en oeuvre le chantier de la constitution d'un fichier unique des chauffeurs du T3P hébergé, mis à jour sur les serveurs du Ministère des Transports.

Il est grand temps d'interfacer ce fichier avec :
- celui des permis de conduire afin de valider le nombre de points des permis des chauffeurs, 

- celui des assureurs, afin de vérifier les assurances des véhicules et la responsabilité civile passagers transportés, 

- celui de l'imprimerie nationale qui met en circulation les cartes professionnelles des chauffeurs taxis comme vtc. Car les fausses cartes, les faux macarons sont légion.


l'Etat est seul garant de l'ordre public. Il lui revient d'assumer  son rôle régulateur en imposant aux plateformes de se connecter à ce fichier AVANT toute première course transmise à n'importe quel chauffeur. Avant d'exiger des plateformes de transmettre les données, c'est à l'Etat d'assumer sa souveraineté en imposant une interface obligatoire avant distribution de la première course à tout nouveau chauffeur inscrit.


Sans cela, le cycle des troubles à l'ordre public, des médiations, des tables rondes à l'Assemblée Nationale, de l'impuissance politique nourrie de bonnes intentions rédigées dans des rapports préalables aux textes de Lois inutiles car inappliquées dans les faits reprendra.

Il n'y a qu'à écouter les chauffeurs et leur expérience du terrain pour comprendre qu'une nouvelle période de troubles s'annonce :


"Lorsque le frigo est vide à la maison, que tu rentres chez toi avec la  rage et à peine dix balles dans la poche, ton collègue qui charge un client en station devant toi devient ton ennemi... Tu en veux à la terre entière, t'es prêt à faire toutes les conneries pour bouffer. Arnaquer les clients, griller en station, soudoyer les hôtels. Et un jour ou l'autre les pneus finissent par brûler sur le périphérique."

A bon entendeur, salut.

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