#GreveRATP: les nouveaux canuts de Xavier Bertrand sollicités

Vendredi 13 est censé être un jour de chance. Ce sera probablement un vendredi noir pour la mobilité en région parisienne. Dans ce contexte, alors que la mobilisation du mouvement social s'annonce forte contre la réforme des retraites, la RATP a proposé des solutions de substitution fort discutables.

29 Août 2019, aux rencontres des entrepreneurs de France. Xavier Bertrand prend la parole et souhaite revenir sur l'économie des plateformes.
Les plateformes qui mettent en relation leurs clients avec les "gig workers" que l'on pourrait traduire pudiquement par "travailleurs de concert", ou plus cyniquement travailleurs "indépendants". De façon claire et sans complaisance aucune, l'ancien porte parole du candidat Sarkozy à l'élection présidentielle de 2007 démonte et dénonce les effets ravageurs dans la société de ce que beaucoup savent déjà parmi le parterre d'entrepreneurs soumis aux charges sociales et patronales dans l'exercice de leur propre activité. C'est à dire, la création d'une distorsion de concurrence du fait de l'optimisation fiscale mais également une régression sociale sans précédent précarisant et soumettant sans aucune négociation des milliers de travailleurs, qu'il s'agisse de livreurs comme de chauffeurs VTC. Pour illustrer ses propos, Xavier Bertrand convoque l'histoire et nous rappelle en mémoire les  "canuts lyonnais", ces tisserands ouvriers qui se révoltèrent au XIXe siècle dans un contexte de révolution industrielle et de libéralisme débridé. "Cela finira mal tout ça" prédit le Président de la région des Hauts-de-France, comme un écho aux révoltes de 1831, 1834 et 1848, celle des anciens habitants de la "Croix-Rousse" à Lyon...

Intervention de Xavier Bertrand © Xavier Bertrand


6 Septembre 2019, parution d'un article du Parisien
On retrouve certains "nouveaux canuts" de Xavier Bertrand, version chauffeurs VTC, décrivant comment ils obtiennent de faux documents pour exercer leur métier.On y apprend par le menu comment des filières organisées ont infiltré ce milieu, le défi étant de "faciliter" massivement l'accès à la profession au mépris de la sécurité publique élémentaire. Résultat, nombreux sont les clients à se plaindre sur les réseaux sociaux de la dégradation du service proposé initialement, quand cela ne se termine pas par une plainte consécutive à un contrôle de Police, le chauffeur ne disposant d'aucun papier réglementaire (défaut de permis, défaut d'assurance...). Il peut arriver pire aussi, évidemment, jusqu'à l'éjection du client du véhicule, voire l'accident avec blessure, le chauffeur n'étant pas en règle.

12 Septembre 2019, La RATP propose des solutions de substitution à la grève en diffusant des "codes promo" VTC.
La grève est un droit constitutionnel. Il est banal de rappeler que ce moyen d'expression ne permet de porter que si la mobilisation est forte. Ce sera très probablement le cas demain. Les perturbations attendues provoqueront des situations difficilement vécues pour toutes celles et ceux qui se rendront sur leur lieu de travail, ne pouvant poser de RTT ce jour là, ou encore pratiquer le télé-travail. Déjà certains s'élèvent contre la Direction de la régie parisienne qui propose via les réseaux sociaux des moyens de transport de substitution. "Casseurs de grève" s'indigne-t-on ici ou là. A la défense du régime spécial des uns on opposera sans doute la "prise d'otages" des autres. Mais il y a sans doute plus grave : 
En négociant avec certaines plateformes VTC des codes promo pour ses clients, la RATP se rend indirectement complice de l'exploitation des "nouveaux canuts" de la mobilité urbaine chers à Xavier Bertrand et envoie un message méprisant tant pour les uns que pour les autres :
- A ses salariés, elle leur fera comprendre qu'ils sont privilégiés, et que l'épreuve de force est engagée en sous-contractant une main d'oeuvre exploitée, "lumpen prolétariat" sans droit du bitume.
- Aux chauffeurs VTC, elle enverra l'espace d'une journée l'illusion d'un "shoot" ponctuel, où il fera bon enchaîner les courses majorées sans compter ses heures, l'effet d'aubaine ne profitant réellement dans les comptes qu'aux seules plateformes si on analyse le ratio gain sur coût.

Car ces chauffeurs d'un jour justement, sans doute n'ont déjà plus grand chose à défendre. Pas même une hypothétique retraite dont on a peine à imaginer les ressources de financement, alors que, une fois n'est pas coutume, la justice californienne vient de re-qualifier les contrats des chauffeurs UBER en contrat de travail ! Qui l'aurait cru ?

Vers la fin des VTC ? © Axel de TARLE

Au passage, soulignons que les taxis sont les grands oubliés de la RATP dans l'organisation de son nouveau plan de transport anti-grève. Il existe pourtant une application qui permet de partager une course : COTAXIGO quelque soit le taxi sollicité, la RATP semble la méconnaître.

Pour conclure, résumons nous : 

1/ Favoriser l'exploitation des "nouveaux canuts" de la mobilité en finançant des codes promo;
2/ Risquer de mettre en relation des clients avec de faux chauffeurs n'ayant suivi aucune formation en défaut de documents réglementaires au mépris de la sécurité publique;
3/ Oublier ceux qui payent leurs impôts en France et dont les tarifs sont réglementés par l'Etat.

Le compte semble bon n'est-ce pas ?

Voilà assurément un très mauvais signal envoyé par un EPIC de l'Etat français à ses citoyens consommateurs de transport.
Les voilà le même jour informés qu'ils seront consultés, appelés à la concertation par le Premier Ministre dans la gestion de son calendrier de projet de réforme. Pour compenser toute inquiétude infondée, la porte-parole du Gouvernement sera de tout coeur avec "les franciliens qui galèreront dans les couloirs du métro". Ses collègues ministres concernés par la grève et elle-même auront tout le temps de méditer avec compassion aux causes de la cohue du jour, confortablement installés dans l'intérieur climatisé de leurs voitures de fonction...

Demain je serai de tout coeur avec les franciliens qui galèreront dans les couloirs du métro... © Sibeth Ndiaye


Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.