A quelques heures d'un jugement attendu fixant le sort réservé au service Uberpop en France, il est amusant d'observer la campagne numérique de désinformation industrielle dont ce procès fait l'objet.
Partout on voit surgir sur les moteurs de recherche, des billets de spécialistes, de conseillers, des articles de sachants éminents auto-proclamés qui viennent nous expliquer  la "ringardise" de l'administration pour certains, le corporatisme d'un autre âge des chauffeurs de taxi pour d'autres (auquel et c'est nouveau, on associe désormais les plateformes VTC) , ou le manque de cohérence du Gouvernement.

Faudra-t-il leur rappeler, que la Justice est constitutionnellement indépendante ?

On pourra aussi s'interroger sur l'orchestration parfaite de ce "ram-dam" : une belle montée crescendo entre la dernière audience et aujourd'hui. Ce concert des perroquets qui finit par me faire demander s'ils ne trempent pas leurs plumes à l'encre des "codes promo" de leur champion, est tout autant suspect d'intox médiatique qu'il est vain. Car l'opinion ne sera pas dupe.


A ce stade de mon billet, je dois rappeler mon propre parti pris, et dire "d'où je parle".

Je suis entrepreneur, libéral mais légaliste, j'ai choisi d'innover, et de tenter d'accompagner les changements nécessaires dans le secteur tant décrié des taxis. Au risque d'étonner certains, je suis pour la concurrence. Loyale. Je préfère l'accompagnement du changement plus audacieux à la "destruction créatrice", toujours suspecte à mes yeux. Je connais la valeur du temps, et me méfie des  pseudo "moonshots" qui cachent souvent des vices aux conséquences assumées par la collectivité, une fois découverts. Je n'ai pas vu beaucoup de "destruction créatrice" dans les effets de l'éffondrement de la banque Lehman Brothers. Je renverrai ici les lecteurs qui s'interrogent sur le sens de ma comparaison, à l'article d'Audrey Fournier du Monde "Uber le nouveau subprime ?".


Je suis contre l'optimisation fiscale qui conteste indirectement la souveraineté des Etats. Contre l'arrogance publiquement assumée. Contre les pressions sur les journalistes critiques. Contre l'irresponsabilité substituant ses propres CGU, aux règles et lois protégeant les citoyens. Tout ceci me rend méfiant.

Contre la concurrence déloyale, je défends donc d'abord le principe civique du paiement de l'impôt et des taxes dans l'Etat où un service est exploité par une entreprise. Même s'il m'arrive de pester contre la charge fiscale à mon avis trop lourde, qui pèse sur les entreprises et bride l'innovation dans notre pays. Je n'ai rien contre l'auto-entreprenariat, surtout en France où le chômage de masse est un fléau. Mais je redoute les effets de la dissimulation de revenus qu'il pourrait encourager au terme du premier exercice. Je redoute la précarisation des chauffeurs professionnels, et la banalisation de leur métier qu'on tend à déqualifier en incitant Monsieur et Madame "tout le monde" à compléter ses revenus...

Pour les cotoyer chaque jour depuis maintenant près de trois ans, j'ai observé des remises en question des chauffeurs de taxi, de nouvelles pratiques pour certains, une ouverture d'esprit aux apports des nouvelles technologies pour d'autres. J'ai moi-même été chahuté, accueilli parfois fraîchement, pris pour fou ou opportuniste en station de taxi et aux bases arrière de Roissy et Orly. J'ai aussi fait la connaissance des responsables syndicaux, qui pour certains déshonorent la représentation syndicale, et pour la grande majorité d'entre eux sont sincèrement dévoués. Ils attendent beaucoup de l'innovation technologique.

Mais vous, qui êtes vous donc, les "ânes bâtés" qui écrivez anneries et autres billevisées sans nuance sur une profession toute entière sans même avoir pris la peine d'écouter, analyser, comprendre ? Qui êtes vous donc, les "petits procureurs du numérique", qui répandez votre fiel l'espace d'un billet de blog et n'avez sûrement jamais, ne serait-ce qu'au moins une fois, pris le temps de discuter calmement avec un chauffeur ?

La carricature est votre lot ! Les voici donc tous catalogués au rang des rustres trieurs de courses selon la destination, impolis, discourtois, grugeurs du compteur,  tricheurs fiscaux qui font du black, et autres renfrognés rétifs à l'usage du lecteur de carte bleue ! Allez, tous dans le même sac ! Comment pouvez vous écrire, que dis-je "salir" d'un trait de plume la réputation professionnelle de 18 000 chauffeurs parisiens, et au delà 55 000 chauffeurs français, sans discernement ? Abjection.

Pour être crédible il faut être juste. Il m'est arrivé de critiquer certains comportements des chauffeurs de taxi, il m'est arrivé de leur écrire sur leurs blogs, de leur dire aussi. Il m'est arrivé d'en payer le prix. Y compris dans l'exercice de la direction de mon entreprise. C'est plus inconfortable de chercher la justesse du propos. Mais je l'assume, contrairement à vous !

Et au delà des chauffeurs de taxi, savez vous au moins comment sont traités les chauffeurs VTC selon leur statut et les plateformes auxquelles ils sont connectés ? Avez vous cherché à enquêter avant d'écrire, rassemblé des témoignages, etayé vos affirmations par des chiffres ? Foutaises et racourcis, sont vos seuls arguments. Combien vous faudra-t-il encore vous gaver de "codes promos" pour continuer à vomir jusqu'à l'écoeurement votre subjectivité sans borne ?

Venons en à présent au cas UberPop.

A travers Uberpop, le modèle qui nous est proposé, c'est celui du cumul des emplois précaires.. On voit bien la finalité politique recherchée qui mériterait débat : Rendre accessible au plus grand nombre, l'activité du transport public de personnes à titre onéreux (et non le covoiturage participatif) tout en s'affranchissant des risques supportés par la société, en pratiquant la "déresponsabilisation" en cas d'incident (ou d'accident), sous couvert d'un rôle limité à la seule médiation technologique. Où est l'intérêt général ? Est-il justifié de mettre en péril 55000 emplois sur un marché d'aujourd'hui 3 milliards d'euros, pour indirectement faire supporter à la société le manque de recettes fiscales et le coût des accidents qui ne manqueront pas d'être provoqués par les "amateurs du dimanche" ?

Et au delà de la déloyauté concurrentielle invoquée, pour "pratiques commerciales trompeuses" c'est la sécurité publique qu'il faut aussi évoquer.
Car où est-elle la sécurité publique, lorsqu'un gamin de dix-neuf ans à Lyon conduit sans permis un véhicule emprunté pour arrondir ses fins de mois ?
Où est-elle la sécurité publique, lorsqu'un automobiliste est arrêté une fois encore à Lyon au volant de son véhicule alors qu'il est en "arrêt maladie" ? Et un jour ou l'autre je le redoute, où sera-t-elle la sécurité publique, lorsqu'un conducteur pris de boisson un soir de réveillon occasionnera un accident de la circulation avec ses passagers ?

On ne peut pas confier un pouvoir de police à une entreprise privée. Récemment, la presse a relaté le cas d'une jeune femme violée par un chauffeur récidiviste, qui malgré ses antécédents judiciaires a pu tout de même (on ne sait comment !) s'inscrire au service de mise en relation de la fameuse "plateforme technologique".

Rédigez donc encore quelques articles clivants, opposant bêtement "l'innovation à la réglementation" ! Et expliquez nous donc les bienfaits de l'autorégulation. Au fait :

"Combien d'étoiles a donné cette jeune femme violée au chauffeur pour évaluer sa course ?"

 

 

 

 

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