Paris, 15 Décembre 2014 : La grève de taxis la plus bête du monde

"Les agriculteurs ont été entendus, les "bonnets rouges" ont été entendus. Si nous ne sommes pas entendus, nous sommes capables de tenir ce blocage toute la semaine. Nous n'avons rien à perdre."  Et que se passera-t-il donc après cette semaine ? Vous aurez tout perdu Monsieur Sylla !

En réaction à une décision de Justice, le tout jeune Président d'une "association" de taxis récemment créée exprime sa détermination à en découdre... avec les VTC !

Rappelons que l'ordonnance du 12 Décembre rendue au Tribunal de Commerce avait été initiée par deux sociétés de VTC contre le service Uberpop. Donc Monsieur Sylla appelle à la grève des taxis contre des concurrents parce qu'ils ont perdu leur action en Justice contre Uberpop ?

Mais au fait  comment compte-t-il obtenir gain de cause ?
Par le rapport de force ?

Se comparant aux "bonnets rouges" qui démontèrent les portiques de l'écotaxe en Bretagne, aurait-il décidé de démonter les serveurs informatiques d'Uber répartis aux quatre coins du globe ? Bonne chance.

Bloquer Paris n'empêchera pas Uber de maintenir son service Uberpop. Ce sera même l'effet inverse qui sera obtenu. Monsieur Sylla deviendra le meilleur agent publicitaire gratuit d'une campagne qu'il aura lui même improvisée, ce dont la société californienne n'avait pas besoin.

Le voila donc idiot utile,  entraînant dans son sillage des cortèges publicitaires gratuits médiatisés en boucle sur les chaînes d'information ce lundi 15 Décembre.

Inspiré par la colère toujours mauvaise conseillère, sans aucune préparation, ce mouvement improvisé révèle un profond malaise au sein de la profession des chauffeurs de taxi. Il révèle une crise aussi : celui de la représentation. Mais il y a beaucoup mieux à faire !

Puisque le service Uberpop est illégal, et que le Tribunal de Commerce s'est déclaré incompétent pour l'interdire, les chauffeurs de taxi peuvent user du Droit pour obtenir gain de cause, et épargner les parisiens d'une énième grève paralysante qui ternira une fois encore un peu plus leur image. L'exercice illégal de la profession de chauffeur de taxi est puni par la Loi. Déjà plusieurs dizaines d'interpellations et de gardes à vue ont eu lieu un peu partout en France. Des rappels à la Loi, des amendes et des convocations devant les Tribunaux se sont multipliés. Que les chauffeurs portent plainte aux commissariats de Paris, Lille, Toulouse, Bordeaux et Lyon, partout où Uberpop sévit.

Rien de plus simple :

1/ Il suffit de télécharger l'application Uber

2/ De commander un chauffeur Uberpop
3/ De prendre en photo sur le smartphone la commande

4/ D'annuler la commande dans les 30 secondes suivantes, afin de ne pas être poursuivi pour recours au travail dissimulé

5/ De se rendre au commissariat de Police muni de son smartphone pour déposer plainte.

Si les taxis qui comptaient manifester demain pouvaient prendre un instant pour réfléchir, puis une demie-journée de leur temps pour agir ainsi, ils rendaient service à tout le monde :


A eux même, et aux automobilistes qui souffrent déjà assez comme ça des encombrements urbains !


Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.