Un frémissement... de colère.

D'abord exposés en première ligne au plan sanitaire, puis confrontés à une crise économique sans précédent, de plus en plus de chauffeurs de taxi sont gagnés par l'exaspération, notamment à Paris.

 

 

Manifestation de taxis à Paris Manifestation de taxis à Paris

"L'Etat paiera !" c'était le 16 mars 2020, lors de "l'adresse aux français" du Président Macron. Sur un ton martial, l'appel à la mobilisation des taxis pour transporter le personnel soignant n'était pas sans rappeler celui du Général Gallieni, alors gouverneur militaire de Paris en Septembre 1914. Partis de l’esplanade des Invalides, ils acheminèrent plus de 3 000 soldats des 103e et 104régiments d'infanterie  jusqu’à Silly-le-Long et Nanteuil-le-Haudouin, à une centaine de kilomètres de Paris.

"Les taxis du Coronavirus" n'ont pas moins répondu à l'appel. C'est une noria nationale quotidienne qui pendant deux mois achemina de nombreux soignants partout en France. 
Médecins, infirmières, infirmiers, aide-soignantes, les taxis ont assuré la continuité du service public en conduisant nos héros en blouse blanche, parfois même gratuitement. Eux aussi méritaient nos applaudissements chaque soir à 20h.

Les aides de l'Etat sont donc les bienvenues pour soutenir les comptes en banque des artisans, locataires gérants et salariés taxi. La chute de chiffre d'affaires est d'autant plus marquée que l'activité touristique, pourvoyeuse de nombreux clients, est à l'arrêt complet. La clientèle des gares et aéroports a déserté les taxis, le trafic ferroviaire et aérien  étant considérablement réduit. Et les clients en compte "entreprise" abonnés des radios n'appellent plus, convertis désormais au télétravail. Bien malin celui ou celle qui sera en capacité de projeter à l'avenir l'impact et l'ampleur dans la durée de cette crise sanitaire en matière de mobilité. 

S'il ne faut pas se laisser aller au pessimisme, et conserver une attitude positive surtout en temps de crise, il convient d'envoyer de bons signaux à celles et ceux qui sont sur le terrain. Si l'Etat paye, nous savons déjà qui paiera l'addition. Mais les contribuables de ce pays seraient-il les seuls à soutenir "l'effort de guerre" ?

En attendant les taxis souffrent partout en France. Pour le moment, en silence. A Paris, les chauffeurs rongent leur frein avec 3 à 4 courses par jour, pour sortir une modeste recette de 110 euros, guère plus. Les locataires qui doivent s'acquitter de la location du véhicule équipé de la licence, payent l'équivalent de leur recette quotidienne pour financer leur outil de travail. Les parcs sont plein, malgré un "frémissement" ressenti par la centrale radio. Et ceux qui travaillent sans radio ?

La goutte d'eau qui pourrait bien faire déborder le vase, c'est le protocole sanitaire préparé pour le déconfinement par G7. Présenté en  conférence de presse Jeudi 14 mai, les affiliés radio ont appris qu'ils seraient invités à s'équiper à leur frais d'une paroi de protection contre la circulation du virus dans leur taxi. Seuls les taxis affiliés à la  radio s'équipant  de la paroi en question dans trois ateliers agréés  par G7, pourront bénéficier de courses réservées par la clientèle souhaitant voyager à plus d'une personne à bord.

Si on peut comprendre l'aspect sanitaire de cette mesure qui correspond à l'application du décret 2020-545 du 11 mai visant notamment à protéger les clients comme les chauffeurs en son article VIII, les chauffeurs clients de G7 qui avaient anticipé et s'étaient déjà équipés, apprennent en creux qu'ils seront les dindons de la farce, exclus des courses réservées pour plusieurs passagers. 

En effet, G7 impose aux chauffeurs de prouver l'installation fléchée de la dite paroi dans l'un des trois ateliers agréés, en produisant copie de la facture d'achat transmise par mail afin de disposer du nouvel "attribut" sanitaire*.

Cet attribut sera présenté aux clients qui  souhaitent réserver un taxi lors de leur commande. Chacun comprendra le caractère discriminant d'une telle mesure, dans un contexte économique déjà tendu ! C'est ce qu'on appelle un marché captif :
Quelle entreprise pourrait se permettre d'imposer une telle mesure à ses clients  si elle ne se trouvait placée dans une situation de quasi monopole ?

Enfin, cette disposition manque cruellement de tact quand on se souvient que les chauffeurs mi-mars n'avaient pas d'équipement de protection. Les masques manquaient, aujourd'hui ils tombent et révèlent un certain cynisme :

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Quelques chauffeurs de taxi volontaires tentent de recenser le nombre de collègues décédés du Coronavirus, sans parler de celles et ceux qui sont tombés gravement malades, encore en soins intensifs ou convalescents. Pour obtenir ces chiffres à Paris à la Préfecture de Police, peut-être faudrait-il couramment parler "Lallement", si j'en crois les difficultés révélées par mes sources !


Les taxis ont  le droit de savoir, à Paris comme partout ailleurs, combien de leurs collègues sont morts, victimes de cette pandémie, ou souffrent encore dans leur chair. Ne serait-ce que pour organiser des caisses de solidarité aux familles.

Peut-être apprendrait-on que la corporation des chauffeurs de taxi est plus touchée que la moyenne nationale. Et peut-être  aussi parmi ces chauffeurs, certains étaient ou sont encore clients des taxis G7... Ces chauffeurs là c'est certain, n'auront pas les moyens de reprendre le volant de sitôt. Alors s'équiper d'une paroi séparatrice à leurs frais, pensez donc !

 * Le 22 mai G7 a réagit en postant une vidéo à l'attention des chauffeurs clients, les informant qu'ils pouvaient installer d'autres parois provenant d'autres ateliers. La condition d'obtention de l'attribut permettant de charger plus d'un client, restant soumise à la "conformité" de l'installation de la paroi en question, après un examen par ses soins dans ses locaux.

 

 

 

 

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