Un plan Marshall pour les taxis.

La crise du Covid-19 impacte lourdement les 60 000 taxis de France. Mais la crise durera, et les clients ne reviendront pas de sitôt. Personne aujourd'hui n'est en mesure de prévoir l'ampleur et la durée de cette crise économique qui s'annonce. Voilà pourquoi il faut dès maintenant décréter, préparer puis planifier un Plan Marshall pour les taxis.

Le 5 Juin 1947, le Secrétaire d'Etat des Etats-Unis George Marshall déclarait au lendemain de la guerre :
"Il est logique que les États-Unis fassent tout pour aider à rétablir la santé économique du monde, sans laquelle il ne peut y avoir aucune stabilité politique et aucune paix assurée." 

Timbre poste américain à l'effigie de George Marshall Timbre poste américain à l'effigie de George Marshall

 Si la situation actuelle n'est pas comparable, il y a toutefois une similitude certaine. Après avoir obligé les Gouvernements à "débrancher" l'économie simultanément partout sur la planète pendant ces premiers mois du printemps 2020, les effets du Covid-19 seront dévastateurs sans une mobilisation puissante, massive, organisée au plan politique. L'annonce d'un plan de relance colossal de 500 milliards d'euros par la chancelière Merkel et le Président Macron n'est pas sans rappeler le programme de rétablissement européen (European Recovery Program) bien connu sous le nom de "Plan Marshall".

Le Ministre de l'Economie et des Finances Bruno Lemaire annonce quant à lui préparer un plan massif de soutien à l'industrie automobile.
Prochainement, les acteurs du Tourisme plancheront avec leur Ministre de tutelle.

Alors que les plans de relance s'annoncent un peu partout, n'oublions pas les taxis. A plus d'un titre. Car si les chauffeurs de taxi de France comme leurs collègues européens, et des autres continents souffrent et ressentent durement les effets de la crise, ils ont répondu à l'appel présidentiel. Contributeurs logistiques de la lutte contre le virus par les transports quotidiens des soignants, les taxis sont pour le moment "les oubliés de la République" laissés seuls face à la disparition sidérante de la clientèle.

Beaucoup de clients ont en effet disparu, faisons-en la liste :
- Les clients du tourisme international, disparus avec la fermeture aux frontières;
- Les clients en station aux gares, disparus avec l'interdiction des déplacements supérieurs à 100km du domicile;
- Les clients du tourisme d'affaires, disparus avec le développement du télétravail et des réunions en visio-conférence;
- Les clients des hôtels, cafés, restaurants, disparus avec la fermeture de ces établissements;
- Les clients des musées, cinémas, théâtres, lieux touristiques, parcs et jardins, disparus avec la fermeture pour raison sanitaire;
- Les clients des festivals, des concerts, des parcs de loisirs, disparus aussi.

Bien sûr, avec le déconfinement l'activité va reprendre, mais elle sera timide, longue, lente et progressive, lorsque les charges fixes supportées par les chauffeurs demeureront inchangées. Il sera donc nécessaire d'accompagner sur la durée les 60 000 acteurs économiques du secteur, ce d'autant plus qu'on sait déjà, que beaucoup d'établissements aujourd'hui fermés, ne rouvriront pas, que les consommateurs reverront à la baisse leur budget, et que les entreprises impactées par la crise chercheront à faire des économies. Les déplacements d'affaires devraient donc diminuer dans une proportion significative.

Alors que faire ? Un plan Marshall du taxi !

Permettez moi de contribuer en avançant une seule idée mise en oeuvre en trois phases :

Peut-être est il grand temps d'organiser la transition vers une filière taxi verte et durable inscrite dans les nouveaux usages de la mobilité. Plus que jamais, les circonstances sont réunies pour encourager le transfert des conducteurs propriétaires de leurs véhicules thermiques vers la banquette arrière d'un taxi électrique. L'usage de nos véhicules se transforme, et le coût de détention revient cher. 


1/ Les syndicats de taxi, les organisations professionnelles pourraient saisir l'occasion qui leur est présentée par le Ministre de l'Economie et des Finances pour développer un vaste plan de renouvellement du parc automobile taxi soutenu par le plan de relance du Ministre, et le plan européen Merkel Macron. Mais il faudra vraiment mettre le paquet au plan financier, et proposer un soutien étalé dans le temps aux chauffeurs qui se convertiraient à l'électrique.
2/ Dans le même temps, les Maires des communes de France, et autres métropoles autorités organisatrices pourraient financer et installer des bornes de recharge électriques sur chacun  des emplacements réservés aux chauffeurs de taxi, en station. Là aussi, c'est au plan européen qu'il faut aider les Maires dont les capacités de financement sont bien souvent réduites, surtout dans les petites communes.
3/ Pour finir, les éditeurs de plateformes de mise en relation, les centrales, les groupements de taxis doivent accompagner ce mouvement en développant un vaste service public national du covoiturage par taxi, une fois la crise sanitaire dépassée. Là aussi le soutien financier de la puissance publique européenne peut aider, et encadrer les nouvelles conditions réglementaires à imaginer du covoiturage par taxi pour définir le partage du prix de la course. Combien ce plan coûte-t-il ? Je ne sais pas encore, et le soumets bien volontiers au chiffrage des experts.

Toutefois un tel plan de transition écologique avec l'organisation du covoiturage par taxi correspond au cap fixé par le Ministère de tutelle, dénommé officiellement "Ministère de la transition écologique et solidaire" auquel est rattaché le Secrétariat aux Transports.
Ce plan garantit l'attractivité économique de ce mode de transport en divisant les prix au moins par deux, stimulerait fortement la demande de taxis, et en même temps augmenterait la rémunération du chauffeur. Car si le prix au compteur restera encadré, le coût d'exploitation diminuera par le gain sur l'entretien du véhicule, et surtout  sur le poste carburant, tout en réduisant son empreinte carbone.

Reste la délicate question des licences : Il parait sage de geler les transactions de licences pendant la crise, et de soulager les locataires du taxi en déduisant sa part spéculative de la location du véhicule seul. Après tout, ces autorisations administratives de stationnement si elles sont cessibles depuis la Loi Pasqua de 1995, sont d'abord avant tout administrées par l'Etat. Et l'Etat financier et organisateur du plan de relance à venir a son mot à dire, aujourd'hui plus que jamais.






 

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