Corruption, Fantomas et oud électrique. La semaine Maghreb-Machrek

Chaque vendredi, choses lues, vues, entendues, de Nouakchott à Téhéran.

Chaque vendredi, choses lues, vues, entendues, de Nouakchott à Téhéran.

  • À l'honneur cette semaine, l'Algérie, si l'on peut dire. Corruption, procès, meurtre de onze gendarmes... À Alger, on prépare ramadan dans la meilleure des ambiances. Après les affaires de la Sonatrach et de l'autoroute est-ouest, 25 députés sortent du bois pour réclamer une commission d'enquête parlementaire sur le phénomène de la corruption en Algérie. Elaborée par le député Ali Brahimi, ancien élu du RCD, l'initiative est signée par 25 élus représentant diverses formations politiques siégeant à l'Assemblée nationale populaire. Cité par le quotidien El Watan, Ali Brahimi estime qu'«il n'est pas exagéré de dire qu'après le terrorisme, c'est la deuxième menace la plus dangereuse contre la sécurité nationale.»

 

  • Le rayon «barbouzeries» est également bien achalandé en ce début d'été: le 24 juin, les observateurs attentifs ont ainsi pu prendre connaissance, dans le quotidien algérien Liberté, de l'information suivante : «Le tribunal de Batna a prononcé, hier, la peine capitale par contumace à l'encontre d'Abderrazak "El-Para" et M. Farouk, pour constitution et adhésion à un groupe terroriste armé, meurtre avec préméditation, port d'armes prohibées, utilisation de mines antipersonnel contre des civils et vol qualifié.» «Condamné par contumace», quand "El Para", militant islamiste de l'organisation terroriste GSPC, appelée aujourd'hui Al Qaïda au Maghreb islamique, était censé, selon les autorités algériennes, croupir au fond d'une prison algérienne depuis 2004. «Condamné une énième fois par contumace : Où est passé Abderrazak El Para ?», titrait quant à lui le quotidien El Watan.

Fait sans doute anodin : "El Para" est également impliqué dans le meurtre des moines de Tibehirine, ainsi que le révèlait Mediapart le 28 mai dernier.

Hassan Hattab Hassan Hattab
Nouvel épisode du feuilleton le 28 juin : «le fondateur du GSPC, Hassan Hattab, alias Abou Hamza, sera encore une fois jugé par contumace, écrit Liberté, dans une affaire de terrorisme qui sera traitée le 1er juillet prochain par le tribunal criminel près la cour d'Alger.» Or Hassan Hattab s'est très officiellement rendu aux autorités algériennes en... septembre 2006 ! (UNE DES PLUS BELLES RÉUSSITES DE LA RÉCONCILIATION : Hassan Hattab dépose les armes, titrait alors L'Expression daté 3 septembre 2006).
Où sont donc aujourd'hui El Para et Hattab ? Sont-ils encore en vie ? Si oui, comment ont-ils pu s'extraire de leur geôle ? Tous deux seraient désormais «en fuite», selon le ministère algérien de la justice, sans qu'il soit pour l'heure possible d'obtenir de précisions...
Bref, «ça craque dans tous les sens, on a jamais vu ça...», selon le député algérien du RCD Saïd Sadi, qui nous décrypte tout ça dans un entretien à venir sur... Mediapart bien sûr !

La cité Diar Echems d'Alger, avril 2010 © Pierre Puchot La cité Diar Echems d'Alger, avril 2010 © Pierre Puchot

 

  • Une fois n'est pas coutume, j'en rajoute dans l'auto-promo, pour vous signaler cette info péchée par mon voisin de bureau, Laurent Mauduit, qui en dit long sur la réévaluation de la positon française sur Israël depuis que Nicolas Sarkozy est aux manettes. Dans son enquête sur les riches donateurs de l'UMP, Laurent Mauduit rappelle le rôle clé dans le système Sarkozy par une «militante, Valérie Hoffenberg.»
    Peronnage intéressant que cette Valérie Hoffenberg. Représentante spéciale de la France pour la dimension économique, culturelle, commerciale, éducative et environnementale du processus de paix au Proche-Orient depuis la mi-2009 selon le souhait de Nicolas Sarkozy, elle est aussi la présidente du bureau français de... l'American Jewish Committee (AJC), une organisation très proche d'Israël et qui a totalement épousé la communication du gouvernement israélien dans l'affaire de la flottille.
    Est-ce pour cette raison que Valérie Hoffenberg a poussé le conseil de Paris, où elle siège en tant qu'élue, à ne pas condamner Israël dans l'affaire du raid meurtrier des militants de la flottille, après que Bertrand Delanoë a publié un communiqué très ferme à l'encontre d'Israël? « Car, mes chers collègues, explique-t-elle, reprenant quasi mot à mot les arguments du gouvernement israélien, le meilleur moyen d'obtenir la fin du blocus israélo-égyptien serait précisément que le Hamas accepte de renouer ce dialogue avec le Fatah et adhère aux conditions posées non pas par Israël mais par la communauté internationale. Soit la fin de la violence, le renoncement au terrorisme et la reconnaissance de l'Etat d'Israël...»
    Le texte de l'intervention de Valérie Hoffenberg est à lire ici, sur son blog.

  • Pendant ce temps-là, la Turquie annule trois manoeuvres militaires prévues avec Israël et ferme partiellement son espace aérien aux avions de Tsahal. Dans la foulée (mercredi), le ministre turc des affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, et le ministre israélien du commerce, Benjamin Ben Eliezer, se rencontrent mercredi à Bruxelles pour «tenter de surmonter la crise bilatérale», selon la radio militaire israélien. Une rencontre organisée à l'insu du ministre des affaires étrangères israélien, Avigdor Lieberman, que cet entretien a rendu fou furieux.

  • Ce lundi s’est réunie pour la première fois la commission d'enquête israélienne chargée de faire la lumière sur raid meurtrier de la flottille en route pour Gaza. Information d’importance révélée lors du point presse : Israël pourrait étendre le mandat de cette commission en l' «autorisant à citer des témoins à comparaître.» C’est dire toute l'étentue de ses prérogatives actuelles… «Tu vois, tout rentre dans l’ordre, m’expliquait en début de semaine un militant du Likoud. D’ici quelques semaines, on n’en parlera plus de cette commission d’enquête internationale, comme on ne parle plus du rapport Goldstone sur Gaza aujourd’hui.»


Celui dont on continuera à parler en revanche, c’est Guilad Shalit, détenu par le Hamas depuis 4 ans. Cette semaine, l'annonce d'une énième vrai-fausse libération a tenu en haleine les quelque 15.000 Israléiens qui ont participé, dimanche et lundi, à une grande marche pour exiger de leur gouvernement l’échange du soldat franco-israélien contre des prisonniers palestiniens, comme le réclame le Hamas.

 

  • Dans le Guardian, une analyse intéressante sur l'Iran, qui craint beaucoup plus la baisse de ses recettes pétrolières en raison de l'indigence de ses propres infrastructures que les nouvelles sanctions votées à l'ONU. Un point de vue qui reprend les arguments développés ici par le chercheur Thierry Coville en 2009, quelques mois avant la réélection frauduleuse d'Ahmadinejad.

 

Le groupe «Speed caravane» © Pierre Puchot Le groupe «Speed caravane» © Pierre Puchot

 

Et pour finir, je ne résiste pas à vous donner un aperçu de l'édition 2010 du festival gnaoua d'Essaouira, au Maroc, qui s'est achevée dimanche dernier, sous forme de coup de cœur pour Speed Caravane et son oud électrique :

Un compte-rendu en musique est à lire ici.
Et c'est tout pour ce vendredi !

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