«Bezzzef!» est né, vive Bezzzef!

Pour Mediapart, l'écrivain et journaliste algérien Mustapha Benfodil explique les motifs qui l'ont poussé à créer «Bezzef!» (Assez!), collectif d'auteurs et de citoyens (dont on peut découvrir les premières images ici sur Bezzzeftv) récemment formé en octobre pour dire «y'en a marre» au pouvoir algérien.

Pour Mediapart, l'écrivain et journaliste algérien Mustapha Benfodil explique les motifs qui l'ont poussé à créer «Bezzef!» (Assez!), collectif d'auteurs et de citoyens (dont on peut découvrir les premières images ici sur Bezzzeftv) récemment formé en octobre pour dire «y'en a marre» au pouvoir algérien.

 

Mustapha Benfodil, Adlène Meddi et Chawki Amari Mustapha Benfodil, Adlène Meddi et Chawki Amari
«Avec mes amis écrivains Kamel Daoud, Chawki Amari et Adlène Meddi, nous avons lancé, le 30 octobre dernier, à Alger, un groupe « d'agit'auteurs » (comme je les appelle, sobriquet qui ne plaît pas trop à mon pote Chawki) que nous avons baptisé « Bezzzef ! », « c'est Trop », « Y en a marre », « ça suffit ! ». Le mot signifie également « beaucoup », « nombreux », « multitude ». Ce qui donne : nous sommes nombreux à dire c'est trop ! A penser qu'il y en a marre. Marre de la situation politique, sociale, morale, qui prévaut actuellement en Algérie, pays tenaillé par le Système Bouteflika, par l'appareil tentaculaire de sécurité dirigé par le général-major Toufik, et aussi, par la police matraqueuse de Zerhouni, le ministre de l'intérieur. Contre donc cet auguste triumvir, le trio BTZ, nous opposons notre « chahut de gamins » pour détourner la formule d'un haut responsable qui avait qualifié par ces mots le soulèvement populaire d'Octobre 1988. Notre action inaugurale a choisi la date hautement symbolique du 1er novembre, et pour théâtre, le Salon international du livre d'Alger que nous avons rebaptisé « le salon international de la censure ». Nous l'avons copieusement chahuté à coups de « bezzzef hogra » (trop d'injustice !) et « Khalida Démission ! » (Mme Khalida Toumi est notre ministre de la culture). En même temps, nous avons donné quelques « lectures sauvages » autour de textes de Kateb Yacine, le poète insurgé disparu il y a 20 ans. Nous avons également exhibé, lu, gueulé, quelques titres interdits dont « Poutakhine », le roman frappé d'imprimatur de Mehdi El Djazaïri ou encore « Les geôles d'Alger » de Mohamed Benchicou. Le groupe Bezzzef s'élargit de jour en jour. Pour autant, il ne compte guère se bureaucratiser, encore moins se fossiliser en parti politique. Nous n'avons pas, à vrai dire, de grosse prétention. Nous voulons rester un réseau d'actions éphémères (spectaculaires ?). C'est peut-être une marotte d'adolescents romantiques, utopistes, qui s'obstinent à croire que, malgré tout, le changement est possible en Algérie. Quoi qu'il en soit, nous entendons simplement fédérer nos colères impuissantes et solitaires et les capitaliser dans un seul cri : BEZZZEF !

 

Alors, au chapitre actions futures, je ne peux pas m'avancer sans consulter les membres fondateurs mais aussi les quelques 900 membres qui ont adhéré au groupe sur facebook. Cela dit, j'ai lancé une proposition qui consiste à envisager une action devant le siège de l'ENTV : l'entreprise nationale de télévision (Entreprise nationale de Travestissement de la Vérité plutôt), notre chaîne unique et préhistorique qui détient le monopole de l'image et du son à l'ère du multimédia, des hypermédia et des bouquets satellites. Je vois cette action avec un brin d'humour, un ingrédient qui manque cruellement à notre chaîne stalinienne. On attend les premières réactions, les propositions des uns et des autres...Sinon, concernant notre noyau dur, nous avons évoqué aussi l'idée d'écrire un manifeste. Sorte de nouvelle Constitution pour dire c'est quoi être Algérien aujourd'hui ? Et de quelle Algérie nous rêvons. On planche également sur l'idée d'un salon « Off ». Sorte de salon des « Refusés » dédié à tous les livres censurés et les manuscrits rejetés. Il nous a paru utile aussi de créer un prix littéraire qui obéirait à d'autres critères que l'allégeance aux puissants du moment et la promotion d'une littérature de soumission. Par ironie, nous avons lancé un prix dénommé « Prix Fawzi », dans une allusion assassine à un colonel des services secrets militaires (le DRS) qui a la fâcheuse manie de se mêler des prix littéraires en vigueur.

Voilà un peu ce que nous avons sur le FEU et Vivent les marmites populaires!»

Mustapha Benfodil,
auteur et journaliste à El Watan.

 

À lire sur Mediapart, un grand entretien avec Mustapha Benfodil : «Notre combat est de conduire la nation algérienne à l'indépendance citoyenne»

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