La Tunisie, cette petite Corée du Nord

Le syndicaliste tunisien Adnane Hajji dormira donc dans une cellule les huit prochaines années. La cour d'appel de Gafsa, au sud est de la Tunisie, a prononcé mercredi des peines de prison pour 38 Tunisiens jugés pour leur participation à un mouvement de contestation sociale en 2008 dans le bassin minier. Le militant Bechir Laabidi a écopé lui aussi de huit années d'emprisonnement. Pourquoi? Pour vous avoir informé.

 

Avant son arrestation fin juin, Adnane Hajji était le précieux relais médiatique d'un mouvement, immense, porté depuis la fin 2007 par toute une population délaissée par le pouvoir, sans perspectives, sans industrie ni pain.

 

Tunisie: Evénements bassin minier de Gafsa © KalimaPlateforme

 

Interdit en Tunisie, Mediapart avait joint à de nombreuses reprises Adnane Hajji pour obtenir des informations sur l'évolution du mouvement et la sanglante répression de l'armée tunisienne, qui n'a pas hésité, après avoir pillé les magasins de Redeyef, à tirer à balles réelles sur les manifestants, tuant plusieurs jeunes gens à peine sortis de l'adolescence.

 

En France, pas une voix officielle ne s'est élevée pour protester contre ce procès inique, tenu après que les témoignages de passages à tabac, tortures, chantage et faux aveux se sont mulitpliés au cours des six mois de détention provisoire.

 

Dans le sud de la Tunisie, plus d'un an après les premières grèves, le mouvement continue toutefois. Et Adnane Hajji et ses camarades sont les victimes de plus de la répression grossière d'un régime tunisien à bout de souffle, empêtré dans son marasme économique, qui ne dispose plus que de la force pour perpétuer sa domination sur une population dont le sort est ignoré, en Europe, en France. Il est temps que cela cesse.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.