En Tunisie, vive émotion après l’arrestation d'Azyz Amami et Sabri Ben Mlouka

La nouvelle fait l’objet de vives discussions dans les différents programmes radio et de télévision tunisiens. Figure de la révolution tunisienne, engagé depuis dans la vie associative, le blogueur Azyz Amami a été arrêté lundi soir en compagnie d'un ami, le photographe Sabri Ben Mlouka, après un contrôle routier.

La nouvelle fait l’objet de vives discussions dans les différents programmes radio et de télévision tunisiens. Figure de la révolution tunisienne, engagé depuis dans la vie associative, le blogueur Azyz Amami a été arrêté lundi soir en compagnie d'un ami, le photographe Sabri Ben Mlouka, après un contrôle routier.

Aucun motif n'est pour l'heure venu justifier de l’arrestation, la rumeur faisant état d’une détention de cannabis, ce que nient les avocats des deux hommes. Un délit qui, selon loi tunisienne, est passible d’une peine de une à cinq années de prison ferme et de 1.000 (500 euros) à 3.000 dinars d’amende.

L’avocat Bassem Trifi, qui s’est rendu au commissariat de la Goulette (banlieue de Tunis) où sont détenus les deux jeunes gens, confirme qu’ils ont subi des violences lors de leur arrestation, le visage d’Azyz Amami portant notamment des traces de coups.

Ces deux arrestations interviennent alors qu’Azyz Amami menait un combat au sein d’un collectif baptisé «Moi aussi, j’ai brûlé un poste de police», pour soutenir la cinquantaine de manifestants actuellement poursuivis ou déjà condamnés à des peines de prison ferme, pour avoir participé à des manifestations et à la dégradation de postes de police lors de la révolution. « Pendant une révolution, vous brûler des symboles de l’Etat, donc des postes de polices, pas des poubelles», souligne cependant Ghazi Mrabet, l’un des avocats d’Azyz Amami et Sabri Ben Mlouka.

Début mai, lors d’une émission télévisée, Azyz Amami avait dénoncé à l’antenne le fait que, selon ses informations, ce serait en réalité les policiers du commissariat de la Goulette qui aurait eux-mêmes incendiés leur propre poste. Or les policiers qui ont arrêté Azyz Amami et Sabri Ben Mlouka sont issus de ce commissariat. Le comité constitué pour la libération d'Azyz Amami et Sabri Ben Mlouka, qui a reçu le soutien de nombreux partis et associations dont Al Joumhouri (centre), dénonce par conséquent une arrestation pour des motifs politiques.

© Sarah Ben Hamadi

 

Membre depuis mars 2014 du comité pour la révision de la loi 52 (Al Sajin 52, «le prisonnier 52») sur les stupéfiants, Ghazi Mrabet fait par ailleurs état d’un courrier transmis au premier ministre en début d’année pour une révision de la loi : « la sévérité des peines est disproportionnée, juge l'avocat, et cette loi, qui date de 1992, sert de prétexte depuis l’époque de l'ancien dictateur Ben Ali à l’arrestation d’artistes, de blogueurs et d’opposants politiques, qui se sont multipliées ces mois derniers. Dans le même temps, la loi n’a pas donné de bons résultats, puisque le nombre de consommateurs et de personnes condamnées n’ont cessé d’augmenter. Il est donc grand temps d’ouvrir un débat national sur le sujet, pour aboutir à la révision de la loi.»

Azyz Amami et Sabri Ben Mlouka doivent désormais passer jeudi devant le procureur, la procédure permettant à la police tunisienne de les maintenir en garde à vue pendant une période de trois jours, renouvelable une fois. Le procureur décidera alors la remise en liberté ou de les déferrer devant un juge d’instruction.

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