Pierre Puchot
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Billet de blog 15 avr. 2011

Syrie : journalistes en prison, Bachar en sursis

Khaled Sid Mohand, journaliste indépendant de nationalité algérienne, auteur de documentaires pour l'émission «Sur les docks» de France Culture, a été arrêté 9 avril 2011 à Damas.

Pierre Puchot
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Le reporter Khaled Sid Mohand © DR

Khaled Sid Mohand, journaliste indépendant de nationalité algérienne, auteur de documentaires pour l'émission «Sur les docks» de France Culture, a été arrêté 9 avril 2011 à Damas.


«Depuis le début du mouvement de contestation, écrit Reporters sans frontières jeudi 14 avril, les exactions contre les professionnels des médias se sont multipliées. Des journalistes étrangers, notamment travaillant pour les agences de presse AP et Reuters, ont été arrêtés et expulsés. De nombreux journalistes et blogueurs syriens ont également été arrêtés. » Ici, la liste de journalistes actuellement détenus.

Une fois de plus, Bachar El Assad, son frère et l'ensemble de régime syrien montrent qu'ils n'ont rien retenu de l'exemple tunisien, et répètent les mêmes erreurs que son jumeau méditerranéen : même régime policier, même usage des snipers pour tenter de mater les manifestants (au moins 200 morts depuis janvier), même absence totale de liberté d'expression... et d'anticipation. Car tôt ou tard, la révolte devait éclater. D'un côté, la Syrie subissait depuis plusieurs années une sécheresse peu médiatisée, mais qui a contraint des milliers de Syriens à quitter leurs foyers et leurs cultures pour tenter de gagner leur pain à Damas et dans les grandes villes. De l'autre, le régime de Bachar El Assad continuait sans relâche sa politique de fermeture totale de l'espace public, comme l'ont encore montré les arrestations des blogueurs et de journalistes depuis la fin 2010, la condamnation du blogueur objecteur de conscience, Maikel Nabil Sanad, à trois ans de prison ferme le 10 avril 2011, les récits de tortures qui nous parviennent de 36 prisons syriennes où sont détenus les prisonniers. En Syrie, comme sous la Tunisie de Ben Ali, aucune liberté de presse, même dans sa version édulcorée et superficielle, telle qu'elle existe en Algérie ou au Maroc.

«Le monde arabe ne sortira pas indemne de la révolution tunisienne.»
Prononcée par... le président syrien fin janvier, cette phrase prophétique trouve aujourd'hui son expression dans les manifestations qui secouent Damas, Banias ou Deraa. Fin mars et début avril, plusieurs milliers de personnes sont descendues dans la rue dans cette ville du sud de la Syrie, réclamant plus de liberté à l'occasion des funérailles de manifestants tués par la police, qui seraient de l'ordre de plusieurs dizaines. Des scènes, là encore, qui rappellent le mois de décembre et le centre-ouest de la Tunisie...
Le régime syrien, qui faisait bloc autour de ses forces de sécurité depuis la chute de Ben Ali, fait aujourd'hui le choix de la même répression sanglante que l'ancien régime tunisien. A-t-il les moyens de tenir, quand son maillage policier a permis au parti Baas «moderne» de se maintenir au pouvoir coûte que coûte depuis 30 ans? Pas si l'on considère la progression inexorable du mouvement, qu'aucune répression, aucun embastillement, n'est parvenu à contenir. Cette semaine, les manifestations ont gagné Alep, deuxième ville du pays. Sans idée, Bachar a une nouvelle fois procédé à un remaniement ministériel, quand les précédents changements n'ont produit aucun effet. Où trouvera-t-il les ressources pour réanimer un régime qui ne dispose pas du pétrole algérien pour acheter la paix sociale, ni les intuitions marocaines pour esquisser un semblant de réforme constitutionnelle, ponctué par la libération de 190 prisonniers ce jeudi ?

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