Tunisie, Syrie, Israël... C’est le retour de la chronique Maghreb-Machrek

  • A Tunis, l’actualité est toujours aussi fournie. Dimanche dernier, nous avons appris que le prochain régime politique tunisien serait mixte, et non pas parlementaire comme le souhaite Ennahda depuis mars 2011. Une copie améliorée en quelque sorte du régime actuellement en vigueur.

Pendant ce temps là, les députés frondeurs poursuivent leur efforts pour permettre l’audition du président, Moncef Marzouki, visé par une motion de défiance signée par 77 élus à l’Assemblée nationale constituante. Les explications de la député Karima Souid, jointe ce jeudi matin, membre du bureau de l’ANC qui étudie en ce moment-même le texte et sa validité : « Nous sommes dans le cadre du contrôle de l’action du président de la République tunisienne, qui doit fédérer les Tunisiens, et non les diviser. Il y a eu des dépassements (irrégularités, selon le vocable adopté en Tunisie) comme ses déclarations en Allemagne et au Qatar, sur lesquels le président doit s’expliquer devant l’Assemblée.» Moncef Marzouki avait notamment évoqué l’existence en Tunisie « d’extrémistes laïcs ».

 

 

Signe d’une transition démocratique en souffrance, contrairement au discours d’un optimisme parfois confondant du président tunisien dans son ouvrage L'invention d'une démocratie, le jeune Jabeur Mejri patiente toujours depuis dix mois en prison, coupable de publication de contenu jugé « insultant » envers l’islam. Le site Nawaat se mobilise pour sa libération. Pour mieux comprendre toute l’histoire et comment elle s’insère dans un cadre législatif et judiciaire pour le moins contestable, on lira avec intérêt ici le bon article de Lilia Blaise sur les procès intentés aux rappeurs tunisiens.

A signaler enfin le bon texte de Jean-Pierre Sérini sur le nouveau lien qui unit la Tunisie au Fonds monétaire international (ici).

En Syrie, retour sur la démission du chef de l’opposition, et ses conséquences immédiates pour le conflit, avec ce très bon papier d’Al Monitor.

Pour les Parisiens, l’excellente photographe Agnès Varraine Leca expose sa série "Exodus" à l’espace Confluences. Vernissage le 2 mai, plus de détails ici.

 © Agnes Varraine Leca © Agnes Varraine Leca

  • A Bagdad, dix ans après l’invasion en Irak, un joli portrait du gouvernement autoritaire et corrompu de Maliki, par « Muftah », disponible pour les anglophones.
  • Israël toujours aussi capricieux avec ses visiteurs. C’est cette fois le coordinateur du tribunal Russell pour la Palestine, Frank Barat. De retour à Bruxelles mercredi, il nous raconte son interrogatoire et son expulsion de Ben Gourion, l’aéroport de Tel-Aviv : 

«“Donnez-moi votre numéro de portable, votre numéro chez vous, les noms de votre père et votre grand-père et toutes vos adresses email” sont les premiers mots que l'officier des services de renseignements intérieur israélien (Shabak) a prononcé quand je suis rentré dans son bureau.

Environ une heure avant, la demoiselle au guichet avait simplement prit mon passeport et m'avait dit : “mettez-vous sur le côté, nous voulons vous poser plus de questions”. Mon but lors de ce court voyage était de rendre visite à des connaissances sur place et aussi de participer à une réunion sur les prisonniers politiques palestiniens, à l'occasion des 11 ans d'emprisonnement de Marwan Barghouti. L'interrogatoire dura environ 4h. Je fut conduis dans différents bureaux, interrogé par différentes personnes, parfois plusieurs en même temps. Les ¾ de mon interrogatoire furent à propos de mon voyage d'une semaine en Israël. L'officier principal me disant : “Je sais tout ce qu'il y a à savoir sur vous, depuis la première minute, donc arrêtez de mentir”. Refusant de lui divulguer ma réelle adresse email (les services secrets intérieurs peuvent maintenant demander un accès a vos emails, voir ici), il m'annonça que vu mon refus de coopérer et mes mensonges, il allait me déporter. Je fus ensuite fouillé au corps (de près, plusieurs fois) et mon bagage fut passe au crible fin (plusieurs fois, par plusieurs personne).

Après 23h en cellule de déportation, je fut escorté dans un avion à 1h du matin.

Ce genre de chose arrive de plus en plus souvent et de nombreux activistes, palestiniens ou pas, vivent la même chose à leur arrivée à Ben Gourion. Un des problèmes étant qu'il est impossible de se rendre en Palestine directement puisque Israël contrôle tous les accès aux territoires. (A part Gaza où l'on peut aller par l'Egypte). Il paraît évident que ce “traitement de faveur” est mis en place à titre d'exemple. Soyez solidaire envers le peuple Palestinien mais il y a un prix à payer. Il est aussi crucial de remettre tout cela dans son contexte. Prêt de 4500 prisonniers politiques palestiniens pourrissent en ce moment dans les geôles israéliennes. Certains en grève de la faim depuis des mois, au péril de leurs vies. Si la déportation d'un activiste peut servir à quelque chose, il est important que ce soit de mettre cela en avant. Remettre sur le devant de la scène les droits du peuple palestinien. Principalement son droit à la résistance contre un occupant plus puissant que jamais qui malgré tout, s'enfonce de plus en plus dans un système le plus antidémocratique qu'il soit, pour maintenir à tout prix, son emprise sur un peuple qu'il occupe. »

 

La semaine Maghreb-Machrek, l’actualité du Très Grand Moyen-Orient, c’est tous les jeudis soirs, ici même (Une remarque, une info, une envie ? C’est là: pierre.puchot@mediapart.fr, et sur twitter @PierrePuchot)

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