Netanyahou, Ammar et Al-Thani sont dans un bateau…

  • Tout d’abord, cette semaine, une rectification utile. Ou plutôt deux. Pour beaucoup de Tunisiens et d’observateurs, Rachid Ammar est toujours ce chef de l’armée tunisienne, héros de la révolution qui a dit « Non » à Ben Ali, lorsque l’ancien président lui a demandé de participer à la répression. Cette semaine, à la suite du départ à la retraite du général, France 24 et l’AFP s’emballaient jusqu’à faire d’Ammar « le garant de la révolution ».

C’est tout simplement faux. Contrairement à ce que nous avions nous même écrit à chaud le 10 janvier 2011, Rachid Ammar n’a pas dit «Non», puisque l’ordre n’a pas été donné, comme il l’avait reconnu lui-même au lendemain de la révolution. Il était d’ailleurs à la tête de la salle des commandes du ministère de l’intérieur le 14 janvier, comme nous le révélions en aout 2011, là. L'analyse qui tend à faire un héros de Rachid Ammar est d’autant plus problématique qu’elle tend à valoriser le rôle de l’armée tunisienne dans son ensemble, quand on sait aujourd’hui que nombre des victimes tombées après le 14 janvier le furent du fait de bavures imputables aux militaires (notre enquête ici).

  • Tunisie toujours. Le 24 juin, c’est le Parisien qui donnait la parole sans contradicteur à Beji Caid Essebsi, le leader de Nida Tounes, entré en campagne électorale depuis plusieurs mois maintenant et dont les propos sur l’islamisation de la Tunisie n’ont que peu de rapports avec la réalité du terrain, faite de tensions entre un ministère de l’intérieur incontrôlé, un système judicaire vérolé et un gouvernement sans stratégie cohérante pour réformer l'appareil d'Etat. Pis, le journal reprend à son compte une fausse information, relative à la condamnation d’un couple coupable de s’être embrassé « dans les transports », pour étayer la thèse de BCE.

 

  • Las. Pour éclairer un peu cette actualité tunisienne abondante, complexe et tordue par les différents agendas médiatiques, souhaitons la bienvenue au Huffington Post Maghreb, lancé le 25 juin. Huit journalistes, davantage de reportage que dans la version parisienne, moins de people aussi, un bon live-tweet du procès du rappeur Weld 15… A suivre de près.
  • En Israël, la recomposition politique se fait par la droite, et même la droite de la droite. Pour assurer à son parti le plus grand nombre de sièges possible à l’issue des dernières législatives du 22 janvier et noyer les oppositions montantes, le premier ministre Benjamin Nétanyahou avait décidé de faire liste commune avec Israel Beiteinou, entérinant un nouveau glissement à droite du Likoud. Pris à son propre jeu politique, Nétanyahou vient d’être à son tour « dilué » et mis en minorité au sein des principaux organes de direction du parti, mercredi 26 juin, par le ministre de la défense Danny Davon, qui conduira désormais le comité central. Pour l’heure, Benjamin Nétanyahou n’est toutefois pas menacé en tant que président du Likoud. Mais l’unité de son cabinet se désagrège, rapidement, sûrement.
  • Au Qatar, le cheikh Hamad Ben Khalifa Al-Thani a réussi son coup. En abdiquant au profit de son fils, il parvient à assurer la continuité du régime, lui qui avait pris le pouvoir par la force au dépend de son père en 1995. François Hollande s’est d’ailleurs empressé de féliciter le nouvel émir, avec « la conviction que les nouvelles autorités du Qatar travailleront au développement du partenariat de long terme établi entre nos deux pays dans tous les domaines ». A lire, « 12 choses à savoir sur le Qatar », une analyse du Guardian ici.
  • « Au delà de la Méditerranée…» Bienvenue également au second numéro de la revue Gibraltar, qui propose une série de récits, reportages et fictions. Au menu ce semestre, Kurdistan syrien, Brazzaville et Perpignan, Camus, « Dolorès » et les « bébés volés du franquismes». Avec, en bonus, un beau site internet, .

 

  • Pour finir cette semaine, un superbe webdoc, « Les voyageurs », consacré aux parcours impossibles des migrants, et partagé en trois parties/pays : Turquie, Algérie, Mali. Sur le site de TV5, à ne pas rater.

La semaine Maghreb-Machrek, l’actualité du Très Grand Moyen-Orient, c’est tous les jeudis soirs (sauf quand il y a des ponts), ici même (une remarque, une info, une envie ? C’est là: pierre.puchot@mediapart.fr, et sur twitter @PierrePuchot)

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