Révolution en Libye, démission en Tunisie, concussion au Maroc... c'est la semaine Maghreb-Machrek

27 jours pour la Tunisie, 17 pour l'Egypte... Le cycle des révolutions s'accélère. En Libye, on est déjà dans l'après-Kadhafi, 13 jours après le début des manifestations.

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27 jours pour la Tunisie, 17 pour l'Egypte... Le cycle des révolutions s'accélère. En Libye, on est déjà dans l'après-Kadhafi, 13 jours après le début des manifestations.

Les villes de l'est s'organisent désormais de manière autonome et créent leurs propres comités populaires, comme le raconte en images un reportage d'Euronews à Benghazi, dégustable ici. «La création d'un Conseil national a été annoncée dans toutes les villes libérées de Libye», a même déclaré Abdelhafez Ghoqa dimanche après-midi, lors d'une conférence de presse à Benghazi.

 

  • En Tunisie, le premier ministre tunisien Mohammed Ghannouchi a annoncé sa démission ce dimanche 27 février, lors d'une conférence de presse. Interrogé par Mediapart dimanche après-midi, Hammami Ayachi, avocat et secrétaire général de la section de Tunis de la ligue des droits de l'homme, se réjouit du départ de Ghannouchi, mais craint néanmoins la réaction de l'armée. Vendredi, une immense manifestation pacifique d'au moins 100.000 s'était réunie à la Casbah de Tunis, pour réclamer le départ du gouvernement de Mohammed Ghannouchi, un premier ministre qui était en poste depuis... 1999, hormis un intérim de moins de 24 h, entre le 14 et le 15 janvier. Les milices pro-Ben Ali n'ont toujours pas disparu. On les a vues ce week-end dans la région de Gafsa, selon deux contacts joints ce samedi, et à Kasserine notamment. Dans la capitale, ce sont elles qui ont affronté les forces de l'ordre, selon des témoignages anonymes de policiers cités par l'AFP. Trois personnes sont décédées dans les affrontements samedi entre manifestants et forces de l'ordre en plein centre de Tunis, a annoncé le ministère de l'intérieur dans un communiqué.

 

  • En Algérie, on commence à y voir (un peu) plus clair, avec la scission de la coordination nationale: d'un côté les partis, qui ont marché derrière le RCD ce samedi, et la société civile de l'autre. Mercredi, le politologue algérien Rachid Tlemcani nous donnait à lire un scénario qui n'épargne guère le parti se Saïd Sadi : « Les élites, les partis comme le RCD, qui ont joué un temps le jeu du pouvoir avant de passer dans l'opposition, espèrent maintenant récupérer le rôle que tient Bouteflika, et assurer la transition politique. Derrière, il y a la société civile, les grévistes, qui ne veulent pas de ce scénario, de ce simple changement de façade. En fait, c'est vraiment une lutte des classes qui est en train de se jouer en Algérie. »

Jeudi, l'annonce de la fin de l'état d'urgence n'a pas suscité d'enthousiasme particulier. «Les marches ne sont toujours pas autorisées, nous n'avons toujours pas la possibilité de créer de nouveaux partis. On n'a donc rien fêté du tout», déséspère d'une militante engagée dans la coordination à Oran.

L'Algérie, on en parle peu, mais il se passe pourtant bien des choses. Voici un petit texte très évocateur, un appel posté sur Facebook pour un rassemblement dimanche midi, place des martyrs à Alger, et dans les 48 wilayas : «Le changement en Algérie est devenu la priorité numéro 1. C'est devenu une urgence. Et c'est à la femme algérienne d'être la deuxième aile avec l'homme pour permettre à la colombe de la liberté de voler et de se sauver des mains de ces criminels généraux qui la tiennent depuis des années.» Autre texte réjouissant, l'édito de Chawki Amari dans El Watan, qui explique aux sceptiques de tout bord que «le régime n'est pas fort, il est simplement là et n'a rien d'autre à faire qu'à tenter de mater les révoltes, contrairement à ses adversaires.»

  • Au Maroc, le ministère de l'intérieur à interdit toute marche ou manifestation. Mais dans les journaux en ligne et sur les blogs, s'échappent quantité de petites saillies contre l'ordre établi, la régression de la liberté d'expression et la corruption qui gagne du terrain. C'est le sens de l'entretien que nous a accordé samedi l'homme d'affaire Karim Tazi, qui estime qu'il faut s'acheminer au Maroc vers «une séparation des pouvoirs.» Un Maroc pas si tranquille d'ailleurs, et où des émeutes auraient éclaté dans la nuit de samedi à dimanche, dans le sud, à Dakhla, site somptueux où se tient en ce moment même un festival de musiques du monde très en vogue.

 

  • Pour faire plaisir à Henri Guaino, qui racontait ce mercredi sur France inter que le soutien la France à Kadhafi s'expliquait par la nécessité de ne pas laisser le pays tomber entre les griffes d'Al Qaïda, alibi totalement invalidé par la révolution en cours, une petite dose de terrorisme : «Il n'existe que très peu d'images de Abdelhamid Abou Zeid, de rares photos et des vidéos de mauvaise qualité. C'est sans doute pour cette raison que l'homme responsable de l'enlèvement de cinq Français, un Togolais et un Malgache, le 16 septembre dernier au Niger, nourrit tant de mythes.» Paru dans El Watan week-end en octobre 2010, ce bon portrait d'Abou Zeid est à lire sur le blog Visa pour l'Algérie, par Mélanie Maltarese et Adlène Meddi.

 

  • UMP toujours : pour guérir Nicolas Sarkozy de son obsession de l'islam et de l'étranger, je ne saurais trop lui conseiller la lecture de l'ouvrage remarquable de l'historien tunisien, Saber Mansouri, intitulé Athènes vu par ses métèques, qui a les honneurs de la presse en ce moment, notamment depuis cette petite chronique que lui a consacré Audrey Pulvar sur France inter. L'idée principale de l'ouvrage ? Les métèques n'éprouvaient guère de difficultés à s'intégrer au sein de la cité athénienne, qui voyait en l'étranger un apport économique et intellectuel indispensable à sa survie...


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