Visas, mini gel et petit futé… C’est la rentrée de la semaine Maghreb-Machrek

Chaque vendredi, choses lues, vues, entendues, de Nouakchott à Téhéran.

Chaque vendredi, choses lues, vues, entendues, de Nouakchott à Téhéran.

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  • Au Proche-Orient, c'est l'été que ça se passe. Commission d'enquête sur la flottille, découverte de réserves de gaz au large du Liban, accrochage à la frontière israélo-libanaise, Et pendant que le gouvernement israélien se déchire pour décider du futur chef de l'armée, on assiste tout béat à la naissance de facto du service d'action extérieur de l'Union européenne. Certes, tout n'est pas encore rodé, et les chancelleries européennes semblent plus intéressées par la perspective d'imposer leurs propres vues que de collaborer ensemble. Mais tout de même : quand Obama fait pression sur Abbas pour pouvoir annoncer la reprise des négociations, Catherine Ashton, Haute représentante de l'UE pour les affaires étrangères, se dressait droite dans ces bottes pour dénoncer la condamnation d'un des animateurs des manifestations des habitants du village palestinien de Bilin, en Cisjordanie, contre le mur israélien. Abdallah Abou Rahma, détenu depuis décembre 2009, a été reconnu coupable mardi par le tribunal militaire de la prison israélienne d'Ofer, près de Ramallah de «participation à des manifestations illégales et non autorisées», ainsi que «d'incitation à des rassemblements illégaux», selon un communiqué de l'organisation palestinienne Stop the Wall.


Sa peine doit être prononcée en septembre, selon Stop the Wall, qui s'attend à des réquisitions de plus de deux ans d'emprisonnement. Mme Ashton s'est donc déclarée «préoccupée» par cette décision, soulignant que « l'UE considère Abdallah Abou Rahma comme un défenseur des droits de l'homme engagé dans une protestation non-violente ». Une prise de position originale et salutaire que celle de Mme Ashton, à contre-courant de l'euphorie qui gagnait les autres membres du Quartette.

  • Encore plus audacieux, cette semaine, un certain... Nicolas Sarkozy, dont on a décrit en long et en large dans Mediapart le tournant pro-Israël qu'il fit prendre à la diplomatie française. Et pourtant... Pour le président de la République, le futur Etat Palestinien s'établira sur les frontières de 1967. Il inclura donc nécessairement la partie orientale de Jérusalem. Pas sûr que la déclaration du chef de l'Etat à l'ouverture de la conférence des Ambassadeurs soit du goût d'un gouvernement israélien qui lui aussi, décidément, se montre très inspiré, en cette fin de mois d'août. Après le gel partiel de la colonisation inventé par Nétanyahou et validé par Hillary Clinton, voici le «mini gel». De quoi s'agit-il ? Alors que le gel actuel doit prendre fin le 26 septembre, «Bibi», qui ne veut toujours pas entendre parler de moratoire sur la colonisation, a soumis l'idée à six de ses ministres de prolonger le moratoire concernant la construction dans les colonies isolées, mais «sans l'annoncer publiquement», selon le quotidien israélien Yediot Aharonot. En revanche, le premier ministre donnerait le feu vert aux constructions dans les blocs de colonies. Les ministres sont enthousiastes, paraît-il.


Il faut dire qu'en Israël souffle un vent de bonheur ces dernières semaines, comme le titrait cette semaine le même Yediot, sur la foi d'une étude. En 2010, Israël se classe parmi «les pays les plus heureux du monde», loin les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Pas sûr que l'ambiance soit la même à Gaza, où Israël continue ses bombardements occasionnels mais très réguliers. Ou même en Cisjordanie, où la police de l'Autorité palestinienne a dispersé cette semaine un rassemblement de Palestiniens opposé à la reprise des négociations, du moins à la manière dont Mahmoud Abbas a cédé sur toutes ses revendications, y compris le gel de la colonisation.

  • Ça leur pendait au nez : Le petit futé (vous savez, les guides touristiques) se fait tailler cette semaine dans le quotidien algérien El Watan, dans une chronique qui fait le tour des groupes facebook dédiés à l'Algérie, et ils sont nombreux. Au lieu de proposer, comme c'est la vocation des guides de voyages, adresses utiles et conseils pratiques, le Petit futé Algérie 2010 se lance dans une série de litanies fumeuses sur un pays «raciste» à «la prostitution apparente». De la géopolitique de comptoir qui a fait frémir plus d'un journaliste algérien. Mais comment pourrait-il en être autrement, de la part d'un guide qui sous-paie ses employés, contraints de travailler d'abord gratuitement pour établir un audit du précédent ouvrage, proposer un plan du nouveau guide, de nouveaux itinéraires, et présenter un «essai d'écriture»... Au final, la rémunération pour quatre mois de travail et 1.000.000 signes, se monte à... 2100 euros (!), en droits d'auteur bien sûr, 400 euros de défraiement, et un aller-retour pour le pays. Encore faudra-t-il que le journaliste auteur du guide trouve des annonceurs pour nourrir les pages du guide de publicités payées rubis sur l'ongle à l'éditeur... Lecteur et journaliste pigiste, passez donc votre chemin !
  • La Tunisie, «pays de soleil et culture» celui-là, plait toujours autant aux Français, malgré les récits de tortures quasi-quotidiens et la féroce répression qui s’y déroulent. Et à Frédéric Mitterrand en particulier, qui vient de faire nommer l’un de ses protégés, Valéry Freland, conseiller de coopération et d'action culturelle en Tunisie. L’actuel conseiller diplomatique du ministre de la culture prendra en outre la direction de l'Institut français de coopération.
    La Tunisie, pays de cinéma, aussi, comme le démontre s’il en était besoin ce court-métrage pince-sans-rire sur la politique de visa, qui date un peu (2007), mais qui demeure diablement d’actualité :

 

Et c'est tout pour ce vendredi !

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