Pierre Puchot
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Billet de blog 28 mars 2014

En France, sept militants égyptiens menacés d’expulsion

La France s’apprête-t-elle à expulser sept militants révolutionnaires égyptiens vers un pays où la torture demeure quotidienne et la justice expéditive ? Interpellés le 28 janvier 2013 après une manifestation devant le bureau militaire de l’ambassade d’Egypte à Paris, ces sept militants, qui résident illégalement en France, ont été arrêtés alors qu’ils s’apprêtaient à rentrer chez eux en métro.

Pierre Puchot
Reporter Maghreb & Moyen-Orient
Journaliste à Mediapart

La France s’apprête-t-elle à expulser sept militants révolutionnaires égyptiens vers un pays où la torture demeure quotidienne et la justice expéditive ? Interpellés le 28 janvier 2013 après une manifestation devant le bureau militaire de l’ambassade d’Egypte à Paris, ces sept militants, qui résident illégalement en France, ont été arrêtés alors qu’ils s’apprêtaient à rentrer chez eux en métro. Trois d’entre eux ont été placés en rétention au centre de Vincennes, puis relâchés, sur décision du juge des libertés.

Un rassemblement était organisé ce vendredi 28 mars à partir de 19h à la Bourse du travail à Paris, à l’appel du comité de soutien qui réunit plusieurs associations telle Attac, partis politiques (Parti de gauche, PCF, EELV, NPA) et de forces syndicales. Le comité demande l’annulation des ordre de quitter le territoire français (OQTF).

Que craignent ces militants révolutionnaires, qui ont régulièrement manifesté pendant la révolution et au lendemain du départ de l’ancien président Moubarak en février 2011 ?

Connus de l’ambassade égyptienne à Paris pour leur activisme, membres pour certains de l’association « 25 janvier Paris » qui a organisé de nombreuses manifestations contre le pouvoir militaire mais aussi celui des Frères musulmans avant la destitution du président Morsi, les militants craignent de subir le même traitement que nombre d’opposants emprisonnés en Egypte (lire notamment le témoignage du bloggeur Nabil Maikel après sa libération).

En Egypte, le tournant autoritaire se confirme chaque jour un peu plus. Après la répression sanglante cet été contre les manifestations pro-Morsi et l’interdiction des Frères musulmans, puis la mise sous tutelle de l’opposition, l’arrestation de nombreux journalistes, dont ceux de la chaîne Al Jazeera, la condamnation de 529 personnes à la peine capitale, lundi 24 mars (deux jours après l’ouverture du procès !), a marqué les esprits, montrant à quel point la justice égyptienne s’était muée en une machine expéditive et implacable. « Si le pouvoir égyptien se permet cela aujourd’hui, c’est aussi parce qu’il n’y a pratiquement plus de contestation du pouvoir en Egypte, juge Françoise Clément, chercheuse spécialiste de l’Egypte, militante altermondialiste et membre du comité de soutien. C’est dire la nature du régime égyptien actuel. » La manifestation spontanée du 28 janvier avait d’ailleurs pour but de montrer que les Egyptiens de France n’étaient tous en accord avec les agissements du nouveau pouvoir militaire mené par le maréchal Sisi, désormais candidat à l’élection présidentielle.

Depuis plusieurs mois, les rapports des ONGs se multiplient (Human rights watch utilise les termes de « torture endémique » ) sur les atteintes aux libertés et la répression en cours en Egypte.

Autre preuve que leurs craintes ne sont pas sans fondements, l’un des militants a obtenu après un recours devant le tribunal administratif que l’Egypte ne figure plus comme pays de destination sur son OQTF. Une décision prise conformément à l’article 3 de la Convention européenne des droits humains, compte tenu du danger que ce militant égyptien encourt en cas de retour dans son pays.

La France, qui a longtemps réservé un accueil tolérant envers ces militants en raison du contexte politique égyptien, considérait-elle le régime militaire égyptien actuel comme propice à accueillir ces opposants ? Depuis la destitution du président Morsi issu des Frères musulmans - organisation dont la presse égyptienne annonçait cette semaine l’inscription prochaine par les autorités françaises sur le liste des groupes terroristes, sans que cela ne soit confirmé par Paris -les vues du gouvernement français se rapprocherait-elles de celles des autorités militaires égyptiennes ? Les militants arrêtés fin janvier affirment que les policiers ont reçu l’ordre de les contrôler d’un coup de téléphone. Un signe, pour la chercheuse Françoise Clément, d’une collusion entre l’ambassade, dont le personnel connait bien ces militants, et les services de la préfecture.

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