La Tunisie enlève le haut, des armes en Syrie, Hollande et ses amis saoudiens…

© Selim

...Et surtout des exclus, des infos, des documents! Mais d'abord, cette semaine, la chronique Maghreb Machrek en a ras-le-bol, des tweetos trop malins, de l'Union européenne, des policiers tunisiens qui arrêtent les miltants de toutes sortes et les journalistes qui filment ces militants, des complotistes qui inondent nos boîtes mails pour expliquer que la Syrie et l'Irak c'est pareil, que vous ne nous la ferez pas, avec vos armes chimiques et vos reportages. Chers lecteurs, de grâce, lisez les articles au lieu (ou du moins avant) de les commenter, ou même de téléphoner au journaliste sur sa ligne directe.

Bref, ceci dit, comme rien ni personne ne saurait faire douter le chroniqueur enthousiaste, voici les news de la semaine.

  • Sur la Syrie, vous avez tous suivi le débat sur les armes, chimiques ou pas (si ce n’est pas le cas, voici le papier qui résume le tout). Le pic du sommet a été atteint ce mercredi par l’Union européenne, qui a levé l’embargo sur les armes en Syrie, mais refuse toujours d’en livrer à l’opposition syrienne.

En rédigeant cette chronique qui vous réserve bien des surprises, je pense à cette brigade de l’ASL, rencontrée en septembre 2012 en Syrie dans la région d'Idlib pour ce reportage : Avec les combattants syriens : « Cette guerre serait finie si nous avions des armes ». Plus de la moitié des trente hommes –musulmans sunnites et alaouites commandés par un lieutenant chrétien– oui, plus de la moitié de ces trente hommes ont aujourd’hui péri dans les combats.

  • Des armes, en revanche, nous en avons pour les Saoudiens : un nouveau partenariat stratégique va se nouer entre la France et l’Arabie saoudite, selon la presse officielle saoudienne. Mardi 28 mai, le ministre de l'intérieur saoudien Mohamed ben Nayef ben Abdelaziz a été reçu par François Hollande et Manuel Valls. Toujours selon la presse saoudienne, le ministre s’est aussi entretenu avec Jean-Yves Le Drian, le ministre de la défense de chez nous, pour discuter du nouveau matériel de surveillance que les Saoudiens veulent acquérir.

Rappelons que c’est à l’initiative de l’Arabie saoudite que le Conseil du Golfe a décidé d’écraser en 2011 la révolte au Bahreïn, l’armée saoudienne entrant chez son voisin et causant la mort de plusieurs manifestants. Depuis, sunnites et chiites y sont parqués dans des villages séparés par des check-points, et le pays tenu d’une main de fer grâce notamment à la vigilance des Saoudiens.

A-t-on vraiment envie de vendre du matériel de surveillance à ces gens-là ? Apparemment, oui.

  • Comment définir l’essor ou le recul d’une société ? Alors que l’intelligentsia de Rabat vente le modèle marocain à longueur de conférences, sur le mode : « les révolutions, c’est bien pour la Tunisie, mais pas pour le Maroc, grâce au Roi nous avançons vers le progrès », une enquête approfondie d’Economia montre que dans ce pays qui compte 45% d’analphabètes – un chiffre sans équivalent à travers notre cher Grand-Moyen-Orient – la classe moyenne est en régression, et constitue «plus un sablier qu’une montgolfière». Pour le rêve marocain, on repassera. 
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    En Algérie, Bouteflika va toujours « bien », nous explique la présidence. La pêche. Ce n’est donc pas le président qui agonise, c’est plutôt la Casbah d’Alger, comme nous le raconte en images le site de la sympathique association Chouf Chouf (« Regarde-Regarde »). Et aussi accessoirement la compagnie Air Algérie, désormais classée parmi les vingt compagnies à éviter (tiens, on retrouve aussi la Royal air Maroc dans le classement.)
  • Mercredi en Tunisie, suite à l’arrestation de trois militantes Femen venues d'Europe qui ont manifesté seins nus devant le palais de justice pour soutenir leur camarade tunisienne Amina ( :

 

 

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) mercredi à Tunis donc, plusieurs journalistes, dont l’un des correspondants de l’Agence Reuters, ont été emmenés et retenus au poste de police, puis transférés dans un autre poste pour être interrogés sur le déroulement de la manifestation, avant d’être finalement libérés en début d’après-midi (les journalistes, pas les Femen, qui, elles, vont rejoindre leur camarade Amina en détention en attendant leur jugement). Résumé en un tweet du dit correspondant :

© Mohamed Haddad

Avec tout cela, le ministère de l’intérieur nous promet une belle saison touristique.

  • Pendant ce temps-là, UNE BONNE NOUVELLE, le projet de loi sur la justice transitionnelle (Dont vous pouvez lire le texte avant amendements en exclusivité, ou presque, et en français dans votre chronique préférée en cliquant ICI), élaboré avec cinq coalitions d'associations de la société civile sous l'égide du ministère des droits de l'hommme et de la justice transitionnelle, arrive devant les députés. Fruit des mois de consultations à travers la Tunisie, le texte passe cette semaine à l’Assemblée. Enfin, pas tout à fait, puisque avant d’être examiné par l’ensemble des députés d'ici deux semaines, le projet de loi est examiné par la commission de législation géénrale. Sur le fond, le texte prévoit notamment :

- une commission «vérité et dignité» chargée d'établir la vérité sur toute violation contre les droits de l'homme depuis l'indépendance;

- plusieurs mécanismes judiciaires spéciaux pour les violations massives (torture, viol, disparition forcée, assassinat. cf. art. 8);

- un fonds de réparations «pour les victimes de la tyrannie»;

- un comité d'arbitrage et réconciliation qui pourra alléger la peine, voire amnistier, les responsables de violations qui coopèrent avec la commission. (Art. 48)

Pas mal, a priori, sur le papier. Bonus du jour: le président de l'Assemblée nationale constitutante a annoncé mercredi que seul un malentendu entre les députés avait retardé l'examen du projet de loi d’immunisation de la révolution et qu'il n’y a pas eu d'atermoiement concernant ce dossier. Achevé début avril, ce projet de loi vise à interdire de toute participation à la vie politique pendant dix ans (être élu, être gouverneur, maire, ambassadeur, ministre, membre de cabinets...) tous les anciens membres du RCD (l'ex-parti de Ben Ali), des gouvernements successifs depuis 1987, et quiconque a appelé à réelire Ben Ali en 2014.

Que demande le peuple?! Et bien, que la loi antiterroriste soit retoquée, car elle besoin d’un sérieux lifting selon Human Rights watch, qui s’est fendu d’un communiqué.

Personne non plus n'a encore discuté de ce qui était prévu pour la délégation incluant des membres de plusieurs partis d'opposition tunisiens, dont Al Joumhouri, qui s'est rendue en Syrie la semaine passée pour soutenir l'armée régulière, être reçue par Bachar Al Assad et rencontrer le ministre des affaires étrangères syrien.

Pour revenir à la justice transitionnelle, on lira attentivement la philosophe Kora Andrieu, en poste à Tunis pour le Haut commissariat des droits de l’homme de l’ONU (HCDH, admis comme observateur du comité de rédaction du projet de loi), et interrogée ici pour Mediapart par l’excellent Joseph Confavreux. La justice transitionnelle, pour reprendre la définition de Kora Andrieu dans son ouvrage (La justice transitionnelle, chez Folio) vise « l’acte de naissance effectif et symbolique d’un nouveau régime, le moment d’un nouveau contrat social». Crucial, donc.

A sa façon, l'Union européenne y met du sien, puisque qu’elle a tout simplement annulé les sanctions qui frappaient les proches de l’ancien président Ben Ali, si (lire ici l’article des amis de Nawaat sur cette décision consternante.)

  • Le livre Le Syndrome de Siliana, pourquoi faut-il abolir la peine de mort en Tunisie, résultat d’une enquête dans les couloirs de la mort réalisée en décembre 2012 dans cinq prisons tunisiennes, vient paraître aux éditions Cérès. L’ouvrage concentre le travail quatre auteurs, Hela Ammar, juriste, Hayet Ouertani, psychologue, et la bloggueuse Olfa Riahi sous la direction du journaliste Samy Ghorbal. La présentation du livre aura lieu vendredi à 17 heures à l’hôtel Africa, avenue Bourguiba à Tunis. Rien que pour vous, chers lecteurs, voici les bonnes feuilles, en l’occurrence l’introduction de l’ouvrage.

La semaine Maghreb-Machrek, l’actualité du Très Grand Moyen-Orient, c’est tous les jeudis soirs (sauf quand il y a des ponts), ici même (une remarque, une info, une envie ? C’est là: pierre.puchot@mediapart.fr, et sur twitter @PierrePuchot)

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