Si la culture a intéressé les politiques jusque dans les années 90, force est de constater que, depuis, ils s'en sont détournés d'habile manière pour ne se préoccuper , dans le majorité des cas, que des outils culturels inscrits dans une économie de la culture . Certes, ces outils, infrastructures et autres répondent à des besoins , des demandes, mais pour quel projet culturel clairement exprimé?...Du fait des alternances,cette politique s'est muée en " économisme", qui a laissé en jachère les territoires de la culture, laissant grignoter par la droite tous les acquis obtenus en faveur de la condition de l'artiste /auteur / compositeur.
A gauche, les projets n'ont pas manqué. Toutefois il apparait, au fil des années, qu'ils aient pris forme et réalité dans les territoires: communes, départements, régions. Mais au niveau national, qu'en est-il? Défendre les droits des salariés du spectacle, dits intermittents, défendre le spectacle vivant, combattre la loi HADOPI, sont de justes causes, mais ce ne sont pas des projets culturels. Protester contre la création du Conseil supérieur de la création artistique est légitime, d'autant que nous revenons aux pratiques de Napoléon le petit, comme le dénommait Victor Hugo, mais ce n'est pas non plus un projet culturel...
Que la plupart des propositions faites concernent le cinéma, l'audiovisuel , les musiques actuelles, les nouvelles technologies de l'image et du son, cela se justifie car ce sont des moyens d'expression populaires à large diffusion. Mais c'est dans le " marché culturel" que cela se complique, où les techniques de communication les plus élaborées, les plus sophistiquées sont mises, trop souvent et prétendument, au service d'actions culturelles alors qu'elles sont inféodées à des systèmes de marketing, à la limite du "deal", qui créent des besoins potentiels afin de mieux y répondre...
C'est ainsi que chez les adolescents et les jeunes adultes, la notion de " virtuel" a été magnifiée afin qu'ils s'y réfugient, qu'ils en redemandent et par voie de conséquence, qu'ils en consomment plus, " sans perdre leur temps à faire appel à leur imaginaire"...Bien sûr, le virtuel n'est pas en cause. C'est un extraordinaire moyen de modélisation et de représentaton, quand il est au service... de l'imaginaire. De même, le " concept" devient tendance et s'empare des habits trop grands de la "démarche de création"...
"Liberté d'accès à la culture et liberté de choix des cultures": à l'évidence, superbe projet culturel, mais qu'il faut nourrir pour lui donner sens. Si de nombreuses propositions existent pour les expressions et les outils culturels de large diffusion, qu'en est-il de la condition des artistes auteurs, compositeurs, écrivains? On nous parle d'aide à la création comme Jean-Paul II parlait des bons rapports de l'Eglise avec l'art. Dans les deux cas, les aides et les bons rapports concernent les oeuvres et non les auteurs.
A part le programme de résidences d'artistes, qu'est-il proposé concernant les conditions de vie et d'exercice d'un compositeur, d'un écrivain ou d'un artiste plasticien? La plupart du temps, cela est consigné ( en principe) sur des fiches techniques en annexe aux projets. Et pourtant, ce sont eux, les auteurs , qui sont les initiateurs du message artistique, donc culturel. Il y aurait-il donc une hiérarchie parmi les catégories d'auteurs en fonction de leur appartenance ou non à une industrie ou à une économie culturelle? Si tel est le cas, comment défendre la diversité culturelle si cette dernière est tributaire de son potentiel de diffusion? La société marchande , qui règne sur le marché culturel, n'agirait pas autrement...
Il est de bon ton d'adopter un profil " réalité optimiste" et de déclarer que la culture est en jachère , qu'ainsi elle se régénère pour mieux etc...Mais gérer une jachère serait inutile, à la limite inconséquent,si ne sont proposés pour la " remettre en culture" que les effets fluctuants et fugitifs des modes, tendances et subterfuges qui sont, la plupart du temps, des exigences générées par de fructueuses opérations de marketing, subtilement adaptées et gérées par la société de marché, en pleine économie culturelle...
Certes, les priorités actuelles sont nombreuses et prègnantes, elles ont noms Egalité des chances, Emploi, Justice sociale, Pouvoir d'achat, Lutte contre la précarité, Justice équitable...Mais le libre accès à la culture et le libre choix des cultures sont aussi des priorités.
Jachère ou pas, la création est individuelle. Collectifs, troupes, équipes peuvent aider à la réalisation du projet artistique. Mais la création dite collective est une synergie de créations individuelles. Alors, prêtons plus d'attention , dans les projets de politique culturelle, aux artistes auteurs de quelques diciplines qu'ils soient et pensons à proposer des améliorations à leurs conditions de vie et d'exercice de leurs professions.