Artistes - militants et politiques territoriales

Les rapports entre artistes-militants et les politiques sont compliqués. En effet, si les artistes se retrouvent souvent dans des comités de soutien, à leur initiative ou sollicités, il existe relativement peu d'artistes, dans le même temps militants, qui acceptent les contraintes inhérentes au militantisme dans un parti. Les élus de gauche, en général, préfèrent des créateurs qui ont une sensibilité de gauche à ceux qui, militants, exercent des responsabilités ( quelles qu'elles soient) au sein d'un parti.. Cerise sur le gâteau pour un élu: un Président d'une association culturelle qui soit militant. C'est l'interlocuteur privilégié des politiques ( quand ces derniers s’intéressent à la culture...) Il est vrai que la situation est complexe. L'artiste auteur( appelé créateur), pour mériter ce statut, doit être en constante transgression ( " Penser, c'est dire non..." affirmait le philosophe Alain ) et non pas se conformer, comme trop souvent, à une " tendance" ou pratiquer le " Bidouill’art", c'est à dire procéder à un assemblage à partir d'un " concept" et bidouiller un texte justificatif , souvent aussi abscons que dérisoire... Mais lorsqu'il y a symbiose entre le travail du créateur et celui du militant, les élus le considèrent comme un " spécialiste de la culture" et ne font, à aucun moment, appel à lui en qualité d'auteur. Devrions-nous en conclure de ne pas se mêler de politique quand on est artiste ?... Assurément pas. C'est tout simplement le revers de la médaille , qui n'a pas que des désavantages puisque cela permet, en certaines circonstances, une liberté de ton dans les échanges et d'expression dans les prises de position... En 1981, nous avions faim de culture et de justice sociale. A partir des années 90, la culture servait encore dans les déclarations d'intentions ou les discours électoraux, mais en fait, elle était devenu un élément strictement comptable. Pascal Bruckner ( dont je ne partage pas toutes les analyses, loin s'en faut...) affirme que l'on est , alors,entré dans l'ère de ' l'économisme"...Et comment ne pas le croire quand nous constatons que les bilans, diagnostics et projets culturels sont avant tout des documents gestionnaires... Certes, l'économie culturelle exige une gestion rigoureuse, mais en qualité d'outil au service de projets ambitieux et non en véritable système qui crée ses propres besoins....Des tentatives encourageantes ont été entreprises par les nouvelles équipes municipales. Encore faudrait-il que les aspects bilans et diagnostics n'immobilisent pas la capacité à imaginer, à proposer. Et c'est là que la confusion est la plus grande: que la culture traverse tous les domaines de la vie en société est un fait acquis. C'est pourquoi, en dépit des apparences, il ne peut y avoir de politique publique sans projet culturel. Il ne s'agit pas seulement de ce que j'appellerai les " institutionnels", grosses machines culturelles , bien rodées ( avec parfois quelques mauvaises surprises...) , mais bien de l'ensemble des initiatives culturelles et artistiques faisant appel à l'imaginaire, qui devraient permettre à tous , à toutes, l'accès à la culture et le choix culturel. Et, en tout premier lieu, l'éducation culturelle et artistique, trop souvent délaissée, trop souvent dénaturée... Car il ne suffit pas de mettre un artiste en présence d' enfants ou d' adolescents; l'artiste est un témoin, un médiateur souvent , mais ni un animateur, ni un pédagogue d'emblée. Pour que son intervention soit bénéfique au plan de l'éducation culturelle et artistique, il faut qu'elle soit incluse dans un contexte programmé.

Car il s'agit là d'une condition indispensable dans le cadre d'une politique d'encouragement aux pratiques dites « amateures ». Le désir de pratiquer une discipline artistique nait très souvent de l' intérêt suscité par l'éducation artistique. Chez nos voisins européens, les artistes professionnels consacrent une parcelle de leur temps pour donner les bases d'une pratique « amateure ». Pourquoi ne serions-nous pas capable de le faire ici?... L'artiste transmettrait et le militant prendrait part à une action conforme à ses engagements. Les deux seraient en symbiose...

 

Pierre RATERRON

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