La Responsabilité de la France...

Le Président de la République a eu raison de reconnaître la responsabilité de la France dans l’abandon des harkis à l’indépendance de l’Algérie et de l’accueil honteux que la France a réservé à ceux qui ont pu être rapatriés, très souvent grâce à l’unique volonté de leurs chefs de corps qui ont désobéi sciemment aux ordres de leurs supérieurs, qui étaient de les abandonner sur place

En cela, il a agi à l’égal de Jacques Chirac, alors Président de la République, qui reconnut la responsabilité de la France dans la déportation des Juifs et particulièrement dans la rafle du Vel d’Hiv’.

Les Français en avaient assez de cette guerre d’Algérie, longtemps camouflée en « z’évènements… ». Cela tombait bien, De Gaulle, visionnaire , savait dés 1958 que l’Algérie devait retrouver son indépendance, à terme. Même quand il déclarait le 10 novembre 1959 que « les musulmans qui acceptent volontairement de verser leur sang pour la France sont six fois et demie plus nombreux que ceux qui se battent contre elle à l’intérieur de l’Algérie » (lesquels étaient 28 000 en janvier 1960)   C’était l’homme des grandes décisions qui avait coutume de dire , avec un certain cynisme : «  L’intendance suivra !... »  Sauf qu’en l’occurrence, l’intendance c’était de 200à 250.000 supplétifs de l’armée française dont seulement 60.000,avec leurs familles, ont pu être rapatriés en France.

Là, à de rares exceptions prés,  ils ont été parqués en  baraquements dans les coins les plus reculés de notre territoire, sans confort minimale, parfois sans eau potable, mais en revanche, subissant l’opprobre d’une grande partie de l’opinion, alors orchestrée avec persistance par les marxistes, léninistes, trotskystes ou maoïstes, au choix. Et comme les seuls qui prenaient leur défense étaient des pieds noirs ou d’anciens membres de l’OAS ou encore les bardes de l’extrême droite, leur cause était inaudible, ce qui arrangeait bien les différents gouvernements en place. Il y eut heureusement quelques exceptions, des dénouements heureux dans des communes, mais ce fut l’exception. Mais dans leur grande majorité, ces harkis et leurs familles « furent victimes d’une relégation sociale quasi institutionnalisée ». 

Et ceux qui furent abandonnés à leur sort, en Algérie ?... Silence radio… La raison officielle : «  Pas d’ingérence dans les affaires intérieures algériennes, pays indépendant et souverain !... »  A l’époque, j’avais pu convaincre notre Ministère de la Culture et surtout , après de longues discussions avec la Direction des Affaires Culturelles Algériennes de la nécessité de faire accepter  aux jeunes algériens la notion de « patrimoine universel ». Ce n’était pas une tâche facile car tout à leur joie d’être indépendants, l’arabisation intégrale était dans l’air du temps et tout ce qui avait été découvert par les « Franssaouilles » devait être détruit !...Grâce  à des hommes comme Ben Chiekh au Ministère de l’Education Algérien, Hamdani aux Affaires Culturelles, Boualga au Ministère du Tourisme, le pire pu être évité . J’ai pu ainsi créer le « Centre d’Inventaire et de Préservation des Biens Culturels du Sahara » , d’abord à Laghouat, puis à Béchar  ( Saoura).

En attendant la création de ce Centre, j’enseignais le dessin dans le Constantinois et j’effectuais des fouilles dans des nécropoles pré-berbériennes, autorisées par  les Professeurs Kempf du Musée d’Alger et Février du Musée de l’Homme ( Paris). Comme je parlais l’arabe, je reçus certaines confidences des témoins de massacres perpétrés sur des harkis, en particulier celui de Villars, une commune du Constantinois , prés du col de La Verdure  où des centaines de harkis furent torturés à mort et le macabre jeu inventé pour châtier les harkis , sur l’ancienne ligne Marette, frontière entre l’Algérie et la Tunisie, truffée de mines . Cela consistait à envoyer les harkis déminer à mains nues  et s’ils perdaient un bras ou une jambe, ils devaient continuer jusqu’à être déchiquetés par la prochaine mine…

Oui, le Président de la République  François Hollande a eu raison  de reconnaître la responsabilité de la France . Et pour ceux qui opposent à cela des raisons électorales, ils font bien peu de cas de l’honneur de notre pays, préoccupés qu’il sont par leurs propres trajectoires personnelles et par l’idée dérisoire qu’ils sont capables d’accéder, comme cela, à la  fonction présidentielle !... 

 

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