Cette vidéo amène au constat, confirmé dans la presse écrite, que les pouvoirs publics, obstinés à vouloir coûte que coûte réaliser ce projet, n'écoutent plus ni les militants écologistes qui dénoncent la bétonisation accélérée du pays et la destruction de la biodiversité, ni les agriculteurs qui s'inquiètent d'une pollution de leurs champs, ni même les 1500 scientifiques - dont Valérie Masson-Delmotte, vice-présidente du GIEC - qui soulignent que le coût environnemental est démesuré par rapport aux avantages qu'on peut en retirer. Le Président du Conseil Départemental de Haute Garonne appelle lui aussi à "réinterroger le projet d'autoroute Castres-Toulouse" suite au rejet unanime par les scientifiques d'Atecopol de ce projet et aussi des mesures de compensation annoncées, qui sont un véritable enfumage.
Les situations semblables à celle de l'autoroute A69 sont multiples. Pour n'en citer que quelques-unes, il y a eu le projet d'aéroport dans le bocage de Notre-Dame des Landes, qui s'est conclu par un abandon et un énorme gaspillage d'argent public.
Dans le cas des mégabassines - construites dans les Deux-Sèvres et la Charente en contradiction des décisions d'une justice en pleine déconfiture car n'ayant pas les moyens de faire respecter ses décisions - les rapports concluant à l'inutilité de ces projets ont été largement ignorés en faveur d'autres plus complaisants, élaborés par des entités qui étaient à la fois juge et partie.
Pour le triangle de Gonesse, le débat se cristallise autour d'un projet insensé, la construction d'un "lycée d'excellence" avec internat au-dessous des couloirs aériens de Roissy et toutes les démarches des associations n'ont rencontré, jusqu'alors, aucun écho. En réponse à cette politique du non-recevoir, un groupe de "vieux campeurs" du Collectif pour le Triangle de Gonesse s'est résolu à occuper un terrain communal à Villiers-le-Bel, pour demander la mise en place d'un débat sous la conduite de la Commission Nationale du Débat Public (CNDP). Mais qui parle encore de la CNDP ? Sa mise en veilleuse depuis plusieurs années est le symptome le plus criant d'une absence de volonté de concertation.
Un autre projet non moins insensé est celui du Boulevard Intercommunal du Parisis (BIP), avec l'ensemble des perturbations qu'il apportera aux habitants des communes traversées. Comme si l'Est du Val d'Oise n'avaient pas assez avec les avions qui survolent à basse altitude les villes concernées par ce projet. Pensons aussi aux dix mille élèves de quarante établissements scolaires situés sur le trajet : le cas du collège Descartes à Soisy, situé à cent mètres du futur trajet de la voie autoroutière, est significatif de ce que le maire de Soisy entend faire subir aux élèves pour mener à bien un projet qu'il soutient.
Le "piège des coûts irrécupérables" - c'est à dire la tentation de poursuivre un projet commencé plutôt que de passer par pertes et profits les coûts déjà engagés - fait partie de la stratégie de nos goudronneurs autoroutiers, tout comme nous l'avons vue à l'oeuvre dans l'affaire des bassines déjà mentionnée plus haut. Cette stratégie est fondée sur la carence de la justice. Cet état de fait est tristement illustré par le cas de la voie de contournement de Strasbourg : s'asseyant sur sept avis défavorables émanant d'organismes d'état pour "atteintes à l'environnement jugées non compensables", le Préfet a délivré l'autorisation environnementale en aout 2018. Comme le Préfet n'est rien d'autre qu'un sous-fifre de l'Etat, c'est ce dernier qui est en cause. Cet arrêté préfectoral a été conforté par le refus du Tribunal Administratif de donner droit à un référé suspensif émis par les associations , ce qui a permis à la société Arcos de mettre en route les travaux. Et, en 2021, au moment où la justice donnait raison aux opposants au projet, il était trop tard : l'autoroute était quasiment terminé et à été mis en service.
En présence d'une rupture d'équilibre aussi évidente entre pouvoir exécutif et judiciaire, toute référence à "l'état de droit" comme le fait Clément Beaune fait figure de sophisme indécent : l'état de droit résulte de la séparation des pouvoirs et d'un équilibre entre ceux-ci, manifestement rompu aujourd'hui. De plus, limiter la conception de la légitimité démocratique au résultat d'une élection qui a lieu tous les cinq ans est extrêmement réducteur : dans le cas de l'autoroute A 69, lorsque l'avis de 1500 scientifiques signataires de la tribune du Nouvel Observateur est systématiquement ignoré, que l'avis défavorable des experts du Conseil National de protection de la Nature confirme les craintes des militants écologistes, on en arrive à se demander à quoi servent ces instances si on ne les écoute jamais.
Enfin, comment peut-on prétendre qu'un projet est conforme aux voeux de la population lorsqu'un sondage de l'IFOP réalisé sur les deux départements concernés (Tarn et Haute-Garonne) révèle que 61% des sondés sont opposés au projet, que seulement 8% des sondés juge l'autoroute indispensable, que respectivement 67% et 59% des sondés estiment que l'effet sur la biodiversité et le climat sera négatif ? La charte de l'environnement annexée à la constitution proclame que chacun a le droit de vivre dans un environnement sain (article 1) et le devoir de s'opposer aux atteintes à l'environnement (article 2). Dans tous les cas mentionnés dans cet article, le refus d'écouter les scientifiques et les citoyens légitime les actes de désobéissance civile comme seul moyen de se faire entendre, contre le bulldozer d'un Pouvoir pour qui les mots "biodiversité", "neutralité carbone" et "environnement" sont des gros mots et qui détruit tout sur son passage sans le moindre discernement.