Un projet inutile : la vague de surf de Sevran

Le maire de Sevran aurait bien voulu que les épreuves de surf des JO se déroulent chez lui. Pour cela, il aurait fallu créer une vague artificielle dans une structure en béton. Clémentine Autain, députée de Seine-Saint-Denis et ferme opposante à EuropaCity, exprime dans l'article ci-après tout le bien qu'elle en pense.

                             Un projet inutile : La vague de Surf de Sevran
                                    
Par Clémentine Autain, Députée de Seine Saint Denis

La création à Sevran d’une vague de surf artificielle pourrait prêter à sourire, si elle n’était pas aussi révélatrice de l’incongruité de certains projets déconnectés de leur territoire, et à rebours du sentiment écologique qui devrait dominer.

Comme d’autres projets avant elle, cette vague artificielle semble cousue de paradoxes. D’abord, elle nous vient d’un élu qui fut membre (entre autres !) d’EELV (Stéphane Gatignon, ancien maire de Sevran). C’est pourtant peu dire que la perspective de créer un parc de loisirs nautiques capable de produire 1000 vagues à l’heure, dans une immense cuvette de béton approvisionnée en eau par la nappe phréatique, ne correspond pas au modèle écologique auquel nous aspirons. Alors que le surf est l’un des sports les plus écologiques qui soit, ce projet de vague en fait une pratique polluante et totalement artificielle. Le constat est d’ailleurs partagé par le Comité d’Organisation des Jeux Olympiques qui a estimé vouloir « ne pas utiliser de vague artificielle pour accueillir les épreuves de surf et privilégier plutôt un site naturel ». En matière de cohérence, la question sociale ne peut pas non plus être contournée. Quand nous entendons Stéphane Blanchet, nouveau maire de Sevran et défenseur du projet, dire que la vague sera une « destination pour les Sevranais », nous sommes tentés de lui rappeler que Sevran n’est pas connue pour sa concentration de surfeurs, et que le tarif d’entrée moyen de plusieurs dizaines d’euros la rend inaccessible à la plupart des bourses…

Nous voici donc devant un projet chapeauté par Bouygues qui présente toutes les caractéristiques de ces grands projets inutiles, pris dans l’inertie d’un modèle de développement périmé et inadapté à la crise environnementale que nous traversons. A vrai dire, les exemples se bousculent.

A 10 kilomètres de Sevran, le projet Europa City entend faire du Triangle de Gonesse un immense centre commercial, avec toutes les conséquences que cela peut impliquer en matière d’artificialisation des sols et sans aucune consultation démocratique. A quelques kilomètres aussi commencent les travaux du Charles de Gaulle Express, une ligne ferroviaire inutile qui va saturer le réseau, ne profiter qu’aux plus riches, et n’apporter aucune plus-value par rapport aux lignes déjà existantes.

Devant ces projets, nous aurions cependant tort de vouloir baisser les bras. Face à la politique du bulldozer – progresser dans les travaux pour les faire paraitre irréversibles -, nous devons nous mobiliser collectivement pour proposer aux habitants un avenir plus désirable.

Ils veulent construire une vague de surf artificielle ? Nous nous battons pour y bâtir un pôle universitaire qui fera de Sevran un territoire de formation en Île de France, à l’heure où nous manquons d’universités pour accueillir tous les étudiants. Ils n’abandonnent pas leur projet d’Europa City ? Nous continuons à défendre le projet Carma, qui veut faire du triangle de Gonesse un pôle de recherche et de formation à l’agriculture innovante, ainsi qu’un lieu de maraîchage et de production céréalière. Ils veulent un CDG Express absurde et inégalitaire ? Nous poursuivons la lutte pour la rénovation du RER B et de tous les transports du quotidien, pour leur modernisation et leur accès généralisé.

Alors que tout nous invite à davantage de simplicité et de respect de notre écosystème, alors que tous les indicateurs nous poussent urgemment vers un changement de paradigme et l’abandon de ce consumérisme qui cloisonne nos imaginaires et les appauvrit, ces projets sont les dernières aberrations d’un système à bout de souffle. Ils nous font penser à ce buveur rencontré par le Petit Prince, qui ne cesse de boire pour oublier sa honte de boire. Il est temps de vider sa coupe.

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